Vous vous êtes rencontrés au quick de Metz ?

Benoît (chanteur et guitare) : Plus au Quick de Gare de l’Est.

 

C’est une légende cette origine messine alors ?

Benoît : Pas du tout, mais on est à Paris depuis six ans. Luc et Vincent étudiaient ensemble et on avait des amis communs, c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. On a commencé à jouer de la musique ensemble à Paris. Le truc c’est qu’à Metz, c’est assez facile de jouer, il y a moins de projets et surtout, il y a une salle qui est proche des jeunes groupes et ils nous ont fait jouer. On est vraiment un groupe messin dans le sens où on a joué pendant un an à Metz avant de jouer à Paris.

 

Vous êtes venus à Paris pour vos études : quelles sont-elles ?

Benoît : Luc et Vincent ont étudié l’ingénierie sonore, Camille a fait du management musical et moi de la littérature.

 

Du coup vous avez un manager ou vous faites les choses vous mêmes ?

Vincent (basse) : Non, on a un manager, Yannick, il est à Los Angeles là.

 

 

From Metz to L.A quoi…

Benoît : Attends, il a commencé sa carrière en organisant des free parties gabber et hard-tek dans les bois, le mec !

 

C’est un vrai.

Vincent : Oui, il porte des T-shirts chats et des baskets orange.

 

Vous êtes bien entourés dis donc. Ca fait longtemps que Grand Blanc existe ?

Benoît : Deux ans, mais on n’a pas encore tant tourné que ça : l’année dernière, on a dû faire 15 dates. Puis les choses se sont accélérées quand on a rencontré Entreprise.

Vincent : Ils nous ont trouvé une date à l’international et puis on a commencé à rencontrer des gens à Paris, et ça s’est enchainé.

 

C’est Entreprise qui est venue à vous ?

Vincent : En fait, on aime beaucoup Blind Digital Citizen. Ben les a contactés pour qu’on fasse un co-plateau à Metz - qu’on joue ensemble, quoi - et en fait, c’est eux qui ont fait écouter notre musique à Michel et Benoît d’Entreprise.

Benoît : C’était pile le moment où j’avais eu l’idée stupide de prendre une année sabbatique afin de voir ce que ça pourrait donner avec Grand Blanc. L’objectif était de trouver un label à la fin de cette année-là, mais le deal avec Entreprise s’est fait au tout début - donc c’était parfait.

 

À quoi reconnaît-on un Lorrain ?

Benoît : Il y a un léger accent. Nous sommes des Lorrains citadins par exemple, donc on ne l’a pas. On reconnaît un Lorrain à sa manière de prononcer un «putain».

 

 

Tu me fais une démo ?

Benoît : Je ne peux pas. Il faudrait que je sois en condition, il me faudrait du Picon, et il faudrait que tu sois chiante. Il faut savoir que le Lorrain aime le Picon. Il n’y a pas très longtemps, on a fait une session de production chez Vincent à Mantes-la-Jolie, et on s’est retrouvés dans un putain de bar de la ville - le seul - et le mec nous a servis des putains de pintes de Picon. Moitié Picon-moitié bière, on en a bu trois on était raides. On était en mode Polonais, on ne marchait plus debout, on se pétait la gueule de nos skateboards.

Vincent : Oui le tenancier est un Turc, il n'a pas l’habitude, il ne sait pas comment il faut servir ça.

Benoît : On a failli mal finir. Je me voyais faire le cousin avec les cailleras de Mantes-la-Jolie, ça n’allait pas du tout. Ça a failli partir en couilles tout ça. Faut pas déconner avec le Picon !

 

Quand on grandit à Metz, on rêve à quoi ? De ce que vous avez raconté, ça avait l’air assez sordide, une sorte de Manchester dans les années 70.

Benoît : Non, mais il suffit que tu racontes une anecdote à quelqu’un pour que ça s’emballe. J’ai raconté qu’on a fait des soirées dans des bunkers avec des binouzes, et les gens ont repris cela. Ils n’ont pas repris le fait que le samedi soir suivant, on jouait à la Playstation avec notre petite sœur, tu vois. En revanche, je pense que quand t’es jeune à Paris, t’as plus de choses à faire qu’à Metz, forcément. Nous, on était sur des bancs à boire des bières. Bon c’est sympa aussi, mais c’est pas pareil. Vu de l’extérieur ça peut paraître glauque mais en fait quand tu le vis de l’intérieur, ça te paraît tout à fait normal.

 

Vous écoutiez de la chanson française quand vous étiez plus jeunes ?

Benoît : Oui, très tôt j’ai beaucoup écouté Mano Solo. Quand je suis bourré, je chantonne du Mano Solo sur le Canal Saint-Martin. Je suis désolé, c’est cliché, mais on n’a jamais prétendu à l’originalité. Après, le nom «chanson française» me pose problème. Ça sacralise vachement le truc, comme si c’était un genre musical à part entière, alors que c’est faux.

 

Ah oui, je suis d’accord avec toi, il y a toutes sortes de chansons françaises - comme il y a toute sortes de rock en fait.

Benoît : Pour moi, la chanson française ça veut dire deux choses : il y a la scène Inter (France Inter, ndlr) où c’est souvent produit de la même manière, aucun parti pris, pas vraiment d’originalité. Ce n’est pas la scène qui m’intéresse. Et puis il y a aussi la néo-chanson française type Debout sur le Zinc, que j’ai écoutée à un moment donné d’ailleurs.

 

 

Ah, mais c’est interdit par la fédé ça...

Oui mais bon, j’avais 14 ans, je jongle hyper-bien du coup. Mais j’ai jamais eu de sarouel ! Le truc qui m’a sauvé, c’est que j’étais un roots urbain, donc j’ai commencé à faire du skateboard, j’ai écouté du hardcore.

Luc ( arrangements, pad) : Moi, j’ai évité tous ces traquenards.

Benoît : Oui, Camille et Luc, ils étaient des néo-folks, tu vois. Ils portaient des Clarks et des marinières, ils faisaient des covers d’Oasis. (Rires)

Luc : Moi, j’étais un dingue de Bob Dylan, je n’écoutais que Bob Dylan, je ne jurais que par Bob Dylan. Je suis passé par une période de skate punk aussi, quand j’étais pré-ado.

Ben : Quand t’es en Province, t’es obligé de te rattacher à des codes tous pourris quand t’es ado.

 

Je pense que c’est partout pareil, en fait.

Vincent : Mais oui, souviens-toi des tecktoniks, mec. Ils étaient aussi à Paris.

Benoît : Oui mais attends, ils étaient où ? Ils étaient à Bastille devant l’Opéra, c’est une erreur sur la carte de Paris. C’est la province à Paris, c’est un putain de vortex par là-bas. Il est bizarre, cet endroit.

Vincent : C’est construit sur un cimetière indien.

 

Donc vous dites que vous aimez Bashung, mais en fait vous écoutiez Debout sur le Zinc, c’est ça ?

Ben : J’ai découvert Bashung assez tard grâce à Camille et Luc.

Luc : Oui, moi j’ai découvert Bashung quand il a commencé à bosser sur Bleu Pétrole. Après, du coup, j’ai découvert ses potes, Christophe & co. Quand tu te penches sur sa discographie dans les années 80, tu trouves des sons hyper-bizarres, un vrai parti-pris, une utilisation de la langue hyper-singulière. Il jouait sans codes. Dans les années 80, des mecs comme lui ou Christophe faisaient ce qu’ils voulaient.

 

 

Vous trouvez que ce n’est plus le cas aujourd’hui ?

Luc : Non, les textes sont bâclés. Soit ils ne ressemblent à rien, soit ils en font trop. Tout est codé, de manière générale.

 

En tous cas, depuis ces quatre dernières années, on note quand même un engouement pour le chant en français de la part de plein de groupes assez qualitatifs.

Benoît : Oui, ça correspond sûrement au retour de l’indé et du vinyle. Dans les années 90, les petites prods avaient disparu. Tu vois, par exemple, il n’y avait pas les bonnes structures : un label comme Entreprise n’existait pas il y a cinq ans. Même si parfois on peut se prendre la tête avec nos label managers, ce label est parfait : il ne cherche pas à être plus punk que ce qu’il est, ni à être plus pop que ce qu’il est. Il est entre les deux et ça nous va très bien. C’est à l’image de notre musique, à la fois sombre et pop.

 

Vous faites quoi samedi la nuit ?

Benoît : On boit des coups avec Bagarre au Paloma, dans le 11ème.

Luc : Après on va se finir à La Java, histoire de voir ce qu’il s’y passe. C’est notre vie de quartier.

 

Les chansons de Grand Blanc sont assez cinématographiques : êtes-vous des cinéphiles ?

Benoit : Luc un peu, il a un T-shirt de Godard. (Rires)

Luc : Je ne suis pas très cinéphile dans la mesure où je ne m’intéresse pas nécessairement à l’œuvre entière d’un cinéaste, ni même au message qu’il souhaite délivrer, ou aux plans de cadrages qu’il a choisis. Je suis plus blockbuster, popcorn, tout ça. Hier, j’ai maté La vie d’Adèle pour la première fois ; j’ai trouvé ça très beau, mais les scènes de cul m’ont mis mal à l’aise je crois.

Vincent : Il est dégueu, ce film. 

 

 

C’est-à-dire ?

Vincent : Bah, la morve et la bave en gros plan, c’est pas possible. Et puis c’est un peu absurde, cette histoire.

 

Comment ça ? L’histoire ne t’a pas ému ?

Vincent : Si, ça m’a ému et j’ai aimé le film, mais je ne le vois pas du tout comme une belle histoire d’amour. Ce qu’elle fait, pourquoi elle s’en va, tout ça n’a aucun sens. Le rapport à l’Art du personnage de Léa Seydoux dans le film est ignoble, j’avais envie de la gifler. Ce dialogue sur Klimt là, c’était ridicule. Tu ne comprends pas pourquoi Adèle est amoureuse de cette fille.

 

Elle-même ne le sait peut-être pas : c’est sa première histoire d’amour...

Vincent : Oui, mais le film parle beaucoup de cul aussi.

 

Le cul, c’est inhérent à une histoire d’amour - et puis ça ne parle pas de cul, ça le montre. C’est différent.

Vincent : J’ai trouvé ce film cool, mais je trouve que c’est un peu n’importe quoi.

Benoît : Moi, je n’ai pas vu le film ; la polémique m’a saoûlé, ça m’a empêché de le voir car toutes les histoires avec Kechiche m’ont dégoûté. Je le materai dans un an, au calme.

 

Et toi Benoît, on ne t’a jamais proposé de jouer au cinéma ? Tu as une «gueule», comme on dit...

Benoît : On me dit souvent que je ressemble à Vincent Cassel ou Patrick Dewaere. Récemment, je suis tombé sur une photo de Belmondo - qui a un nez cassé, d’ailleurs - où il portait une moustache. J’ai halluciné de la ressemblance, je dois avouer. Mais il est préférable de souligner que Vincent ressemble à Jacob dans Twilight ! (Rires).

 

++ La page Facebook et le compte Soundcloud de Grand Blanc. 

++ Sorti le 22 septembre, le premier EP éponyme de Grand Blanc est disponible ici.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photo : Guillaume Lechat.