Ta musique mêle la soul, le hip-hop, la pop, l’électro... et on trouve même des accents reggae dans Smoke Dancehall. Tu te définirais toujours comme un rappeur ?

Theophilus London : En 2007, j’étais un rappeur. Je pense que je ne suis plus classifié comme tel depuis 2008. Je me réinvente tous les ans en essayant de nouveaux modes d'expression. En 2009, j’ai commencé à chanter en plus de rapper. Au début, je n’étais pas très sûr de moi en chant, et puis je m’y suis mis. Finalement, j’ai réalisé les premières mixtapes dans lesquelles je mélange les genres comme dans Jam! ou encore le titre I Want You sur lequel je chante du Marvin Gaye. J’ai commencé à introduire mon propre style. Dans le courant de la même année, j’ai rencontré Dev' Hynes, avec qui j’ai commencé à écrire des chansons comme Flying Overseas, Why Even Try, Century Girl... Ça sonne sexy comme si ça venait des eighties mais c'est bien un produit des années 2000. Donc non, je ne suis pas un rappeur. 

 

 

Tu as un nom d’écrivain grec, tu as grandi à Brooklyn… Est-ce que tes parents étaient des artistes ?

Oh, c'est cool ça ! C'est la première fois que quelqu'un me dit ça. En effet, c'est un nom grec. "Je suis un poète grec" : c'est ce que je vais dire aux gens, désormais. On me demande toujours ce que je suis et je n'ai jamais la bonne réponse, donc voilà ce que je vais dire. Sinon, ouais, mon père... il était un grand artiste. Il m'a élevé et rendu super fort. Respect, papa.

 

Donc tu as grandi à New-York, mais pour produire ton nouvel album Vibes, tu as bougé en Californie. Il n’y a pas assez de vibes à NYC ? 

Je suis allé à Palm Springs plus exactement. Je sais que pour les Parisiens, la Californie, c'est flou, mais c'est important. Pour se réinventer soi-même il faut se briser en un million de morceaux, afin de pouvoir se reconstruire sous une forme complètement différente. Donc j'avais besoin d'un endroit où je pouvais me mettre à nu, et je me suis dit que Palm Springs était le lieu le plus ringard, le moins musical et le plus spirituel que je pouvais trouver. Hier soir, je parlais de Palm Springs à l'une de mes rich girls, et elle m'a dit "mais pourquoi tu n'es pas allé au Maroc, en Turquie ou en Thaïlande ?". Mec, ces lieux sont bouillants, toujours en mouvement - mais moi, je voulais juste faire de la musique, sans distraction. Après, ne te méprends pas : j'ai commencé la production un peu partout, parce que je suis un touriste du monde. J'ai joué en Europe, et beaucoup à Paris avec Brodinski et Club Cheval, d'ailleurs... 

 

 

En parlant de Brodinski, qu'est-ce que notre produit national t'a apporté ? 

Brodinski, il fait partie de ma famille. On est comme des frères. On se bat, on pleure, on écrit, on aime, on est sexy ensemble dans des magazines de mode... J'ai participé à son single, Gimme Back The Night, et je le voulais pour mon album. C'est moi qui suis allé vers toutes les personnes présentes sur Vibes, personne n'est venu me chercher. Or en plus d'être mon ami depuis longtemps, Brodinski est l'un de mes DJ's et producteurs préférés : il fait le pont entre les mondes du clubbing, de la techno et du hip-hop. Je pense qu'il représente le Paris du futur. 

 

Tu traînes où quand t'es à Paname ? 

Partout. Je ne me fixe pas vraiment à un endroit, tu sais, je suis partout dans le monde. Donc quand je suis ici, j'incarne juste Paris. 

 

 

Kanye West est le producteur exécutif de l'album et il entonne un couplet dans le titre Can’t Stop. C'était comment de travailler avec lui ? 

Travailler avec Kanye était phénoménal. Ça a changé ma vie sur plein de plans différents. Ceci a fait de moi un meilleur écrivain et un meilleur musicien. À la base, nous n'étions qu'amis, tu sais. Je n'avais jamais prévu qu'on bosse ensemble, ça n'a jamais été mon intention. Je pense qu'il a simplement aimé ce que je faisais et qu'il a décidé de m'aider. Bref, Kanye a été dope !

 

Toujours plus loin dans l’éclectisme, tu as fait appel à la légende de la soul et du jazz Leon Ware pour deux de tes titres...

Ouais. Leon a toujours été une grande inspiration pour moi. Mon premier morceau à succès, I Want You, je l'ai fait grâce à lui puisqu'il a produit l'original. Leon est un grand homme, il est entré dans l'Histoire, et c'était franchement énorme qu'il accepte de travailler avec moi.

 

 

Dans l'une de tes chansons, tu convertis une fille qui aime les filles à coucher avec toi. Ça t’est déjà arrivé ou c’est un fantasme ? 

C'est un fantasme, malheureusement.

 

Il paraît aussi que tu veux sortir des préservatifs Vibes, c’est vrai ça ?

(Rires) Non, je ne veux pas vraiment vendre des préservatifs ! C'est plus l'idée de les présenter dans un package qui m'intéresse. Il ne s'agit pas que de préservatifs - le principe, c'est de faire également du vin, du fromage... Le logo de Vibes est aussi bon que le logo Chanel. Je veux aussi faire une paire de Vans, toute noire avec le motif Vibes, et une autre version en blanc avec le logo partout... Je veux emmener Cara Delevingne et toutes mes top-models préférées dans la Napa Valley et leur faire écraser du raisin pour faire du vin !

 

 

En gros, tu dis que tu veux faire partie de la culture mondiale. C’est marrant, ça me fait penser à ce que dirait Kanye. Tu ne copierais pas un peu ? 

Non. Je suis une autre copie de moi-même. C'est dommage que les gens ne se rendent pas compte qu'il peut y avoir plein de créateurs différents. Il y a eu Picasso, Hemingway... Il y en a eu une tonne. Il faut qu'il y ait une révolution dans le rapport que les gens entretiennent à l'Art afin que dans leur tête, qu'il y ait plus d'une seule personne qui puisse dire qu'elle représente la culture. C'est un mode de vie. Le monde doit élargir son horizon. Kanye est un ami et un collaborateur, mais il fait partie d'une multitude d'êtres humains qui portent en eux un potentiel unique. Je ne suis pas le seul gars à faire ce que je fais - je suis simplement l'un de ceux qui réalisent l'ampleur de leurs capacités. J'apprends à les utiliser et à m'améliorer, mais il y a des millions de jeunes comme moi un peu partout. Je n'essaie pas d'être le prochain Kanye West, j'essaie d'être le prochain moi. 

 

OK, donc tu as collaboré avec Kanye West et Solange Knowles, et Karl Lagerfeld a fait tout l'artwork de l'album... T’aurais pas le numéro de Barack Obama, par hasard ? 

(Rires) Nope ! Je n'ai pas le contact de Barack Obama pour l'instant.

 

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Soundcloud de Theophilus London.

++ Vibes, le dernier album de Theophilus London, sort le 3 novembre prochain, mais il est déjà disponible en pré-commande sur iTunes

++ Theophilius London sera en concert à la Gaité Lyrique le dimanche 9 novembre dans le cadre du Howl Festival.

 

 

 

Lina Rhrissi.