Quel effet cela fait il d'être le premier français à signer sur ce label Databass ?
K.S :
C'est un bon début surtout que c'est aussi ma première sortie. Mais bon, on est en France, c'est un label de Detroit, de ‘Ghetto music', j'ai l'impression que les gens ne connaissent pas bien cette scène, et du coup ça n'a pas beaucoup d'impact en France. Mais grâce à cet EP je suis en contact avec quelques artistes qui ont aimé et acheté l'EP, donc c'est plutôt cool…

As-tu eu des retombées quant à ce maxi ?
K.S : Oui pas mal de bons retours. Des retours assez improbables parfois. Ce qui est cool, c'est de faire découvrir une musique que certains ne connaissaient pas et de créer des relations.

Improbables ? Comment ça ?
K.S : Je ne vais pas te dire qui m'a envoyé des messages car c'était en privé, j'estime donc que ça doit le rester, mais des gens assez ‘côtés' qui ne jouent pas forcément ce genre de sons ont acheté l'EP, c'est bon signe !

A l'écoute de ton maxi, on est surpris par le fait qu'il n'y a pas de remix extérieur, pourquoi cela ?
K.S : C'est vrai, il y a un edit fait par moi et c'est tout. Je t'avoue que je n'ai même pas pensé une seconde à demander un remix à quelqu'un ! Mais, il y en aura pour les prochaines sorties, que ce soit pour les maxis Ghetto ou House, c'est sûr !
Si tu y avais réfléchi, à qui en aurais-tu proposé un ?
K.S : Ben… Si j'avais eu un budget pour le maxi, j'aurais sûrement demandé à Surkin, Bobmo, Don Rimini, ce genre de gars, qui font une musique plus ou moins Detroit/Chicago… Je n'ai même pas pensé à le faire remixer par Godfather lui-même ou un autre artiste de chez Databass…

Godfather a t-il influé ton travail sur ton maxi ?
K.S :Pas du tout. Il ne m'a même pas dit : « accélère tes morceaux ! ». Les morceaux de ghetto tournent autour de 150/160 BPM, le titre principal du maxi est beaucoup plus lent. Il n'a pas formaté mes morceaux pour qu'ils soient au format ‘ghetto'. J'ai pu faire ce que je voulais, et je suis content de ça, mes morceaux ne sont pas comme les autres sorties du label, et je pense que c'est ça qu'il a aimé.
Ne te sens-tu pas seul dans le sud à évoluer dans cette musique ?
K.S : Non, il y a Raziek qui fait de la booty sur Montpellier, Freeze à Marseille, mais bon ça ne suffit pas à créer un mouvement, les gens ont besoin de temps avant d'écouter une nouvelle musique. Mais je suis confiant.

As-tu l'opportunité de montrer l'étendue de ton talent dans une région comme la Provence ?
K.S : Non… Enfin, j'exagère un petit peu, y a des dates qui se profilent. Mais heureusement que je ne fais pas que de le ghetto-tech.

Raconte-nous la rencontre avec Godfather
K.S : On est rentré en contact grâce à Myspace. C'était en décembre 2006, je venais de faire mon tout premier morceau (Down Widdit), personne n'était sur MSN pour l'écouter… Je l'ai donc mis sur Myspace. Et là, je me suis demandé à qui je pouvais bien l'envoyer !
J'ai mailé DJ Godfather, DJ Slugo, DJ Deeon, DJ Funk. Le soir même, ils m'avaient tous répondu en disant que c'était mortel, et Godfather m'a tout de suite proposé une sortie digitale sur son label… Un peu plus d'un an plus tard l'EP vient de sortir !

Comment est-il en tant que patron de label? Est-il présent avec toi, t'épaule-t-il ?
K.S : La communication est assez laborieuse, entre le décalage horaire, ses tournées, son studio… pas facile de le chopper ! Il est autant businessman que producteur, il gère très bien son label, il prépare plein de trucs pour 2008, de nouveaux artistes vont être signés, mais pour l'instant, pas de nouveaux Français ou même d'Européens à ma connaissance. Mais malgré le manque de communication dû à la distance, c'est un privilège d'avoir son EP sur ce label dont la renommé n'est plus à faire.

Comment et quand as-tu découvert ce label auparavant ?
K.S : Assez tard en fait. Je n'avais jamais vu de vinyle Databass à Avignon. C'est quand j'ai eu Internet…j'ai découvert qui étaient les ‘Teachers'. J'ai téléchargé pas mal de maxis de Databass, Dance Mania… Ca été la révélation. La musique ghetto, c'est la plus simple au monde, elle a influencé tellement de monde, et sur le dancefloor elle est redoutable !

Tu composais vraisemblablement des morceaux plus funky house avant, non ?
K.S : Oui et non, disons que je ne produis que depuis peu, donc j'ai testé plein de trucs. J'ai été dans une période où je découvrais la production, la composition, et j'avais besoin de toucher à plusieurs styles musicaux pour trouver le mien. Mais je n'ai pas envie de faire que de la ghetto. Là, je prépare un maxi house club, mais ça ne m'empêchera pas de sortir d'autres maxis sur Databass. Je pense que j'aurai toujours un pied dans chaque style. Faire que de la house, c'est chiant, et faire que de la ghetto, encore plus. Je m'ennuie vite. J'ai besoin de faire des choses différentes pour laisser l'inspiration venir mais aussi pour ne pas me lasser.

Avant cet EP en solo, tu étais scratcheur au sein de ta formation Dizzylez, dis-nous en plus a ce sujet, comment tu as appris le scratch, comment tu as intégré le groupe etc… ?
K.S : J'ai appris le scratch comme beaucoup de scratcheurs dans ma chambre à matter des DVD's de Q-bert, D-Styles etc, et à essayer de refaire la même chose. En ce qui concerne Dizzylez, j'avais vu le MC à une première partie à l'Akwaba, une salle de concert près d'Avignon. Il était à l'époque avec un DJ. J'avais beaucoup aimé ses textes, son flow, et le type qui se cachait derrière le micro. Puis, Avignon, c'est petit, et un autre soir, à mon tour cette fois-ci, je faisais une première partie, il était là, et avant que je parte il m'a tout simplement dit qu'il répétait avec un batteur et que si ça me disait, j'étais le bienvenu. Mais maintenant, je ne fais plus partie du groupe, on s'est séparé. Le MC continue avec une autre formation, un trio il me semble. L'aventure aura duré 4-5 ans environ, on a sorti un maxi, fait quelques bonnes dates, bref, bonne expérience…et bosser avec des musiciens m'a beaucoup appris.

A faire des compromis au service d'un groupe par exemple ?
K.S : Oui, travailler dans un groupe ça a ses avantages et ses inconvénients. Avec Dizzylez, j'ai toujours pu faire ce que je voulais, il n y a pas un titre que je n'aime pas. Mais faire du rap m'intéressait moins, je voulais faire une musique plus personnelle. La musique est quelque chose de tellement personnel que je m'imagine mal la faire avec quelqu'un d'autre maintenant. L'important est de ne pas forcément avoir la même culture musicale, mais d'aller dans une direction bien précise. Enfin, j'espère trouver mon alter- ego un jour !

Comment ressens-tu ta musique dans le paysage musical français ?
K.S : Ma musique est complètement en dehors de cette nouvelle scène française trop influencée par Justice/SebastiAn/Kavinsky à mon goût. Mais je ne m'en porte pas plus mal. J'ai une idée assez précise sur la musique que je veux produire, le mieux est de ne pas écouter ce qu'il se fait autour de soi pour ne pas être influencé.

Quels sont tes projets désormais ?
K.S : Je prépare actuellement un maxi House, je n'ai pas encore de label pour celui-ci, mais j'attends de l'avoir fini pour démarcher. Il y aura sûrement une autre sortie sur Databass prochainement. Un remix pour Missill est en projet, et une sortie digitale si tout va bien sur Dance Mania Inc, la version 2008 de Dance Mania en quelques sortes. Dj Deeon et Dj Slugo en sont les boss.

++ www.myspace.com/MarcelPagnol3

Par Bennbob // Photo :