Kennedy a environ 25 berges, il s'appelle Ali Touré, il vient de Villeneuve-le-Roi, dans le 94. Son flow, on l'a entendu dans des morceaux tous plus cinglants les uns que les autres. Il a tringlé nos oreilles dans Nique sa Mère (Autopsie Vol. 2), ou dans Je me Souviens en featuring avec Booba (Ouest Side). Il a torché nos tympans avec du papier de verre en featuring avec Seth Gueko dans Fallait pas (Barillet Plein). Il nous a foutu le palpitant en pièces avec ses morceaux Flashback et Quoi de Neuf. On le voit, Kennedy a déjà rappé avec les poids les plus lourds. C'est parce que Kennedy est précoce. Kennedy est un autiste, un enfant prodige qui commençait le rap à quatorze ans pendant qu'on abîmait nos nouvelles Globe à courir vainement après Aurélie au collège. Kennedy, le mec qui a grandi comme les autres mais toujours en cogitant sur ce qui lui arrivait. Kennedy est une tête, ce genre d'élève qui frustre une prof parce que, soi-disant, il gâche son potentiel en n'en branlant pas une en cours.

Tu sais c' qui m' fait rire, peut-être qu'ils m' trouvent débile
Mais à la récré c'est ferme ta gueule et donne-moi toutes tes billes


Kennedy a commencé à vivre très tôt, et a déjà les épaules plus lourdes et plus écorchées que nous dans dix ans. Vingt-cinq ans, tout vécu. Les fusillades, la taule, les khôs morts au combat, les khôs morts pas au combat mais dans la rue, par hasard. A dix-sept ans, Kennedy a déjà rappé dans la France entière en faisant les premières parties de Diam's, et a déjà raccroché. Loin de moi l'idée de jouer la carte du « ce mec a une vraie street kred' c'est pour ça qu'il faut l'écouter » ; beaucoup de rappeurs ont du vécu mais sont tout simplement mauvais. Mais avec Kennedy, on sent que son vécu imprègne son rap, pointe le bout de son nez cabossé à chaque coin de punchlines. Avec Oseille, Kennedy fait le point, annonce définitivement la couleur pour son album de la rentrée 2008 et dresse la liste de ses exigences : une somme à sept chiffres sur ses fiches de paye, un flingue parce que les jaloux le guettent, un billet d'avion pour se casser loin de la France, une villa pour la mère au bled, un contrat d'artiste à cent patates, un bon joint de seum plus un massage, qu'on parle de lui sur MTV pas dans les faits divers, faire croquer les soss', etc. La liste est aussi longue qu'alléchante. Tous les rappeurs veulent ça, mais la différence avec le chef d'orchestre du 94, c'est que d'une part il le dit cent fois mieux, et que d'autre part, on sent bien avec lui qu'il arrivera à ses fins, coûte que coûte.

Quand j'arrive tout le monde me regarde
Quand je dis un truc tout le monde en parle


Kennedy est l'avenir du rap français, le génie jeune, la perle chargée au C4, le phénomène, le condensé d'Afrique lâché en plein soleil, Kennedy va faire briller de son ombre tout le XXIe siècle. Kennedy sait que ce monde est dur, alors Kennedy s'est fait encore plus dur que lui. Chaque naissance en France est le début d'un combat entre l'individu et le siècle, Kennedy au fond s'en fout de la société, il veut juste foutre le game à ses pieds, pré-requis pour pouvoir tracer sur une île ensuite : « On veut tout ce qu'on n'a pas pour ensuite prendre le large ». Kennedy est un peu comme nous tous, né dans le mauvais monde, obligé de prendre le problème à bras le corps pour avoir ensuite le choix, de rester ou de partir. Kennedy est trop lourd, de vécu, de rage, de talent. Et Kennedy est salement armé, un 44 derrière chaque chicot. Je te conseille d'aller direct miser sur sa face les 10 000 francs que t'avais planqué sous ton oreiller en attendant la grosse occaz. Kennedy, c'est la grosse occaz. Le truc à pas manquer. Au bout du processus, après le bilan sur les années noires, après l'union des déshérités, après le viol du rap game, la leçon donnée sur l'esclavage, sur la colonisation, le rappeur de Villeneuve quelque part nous promet des jours heureux. Kennedy a dans la poche tout plein de photos d'un monde meilleur, c'est pour ça qu'il est irrésistible pour nous ; nous, assoiffés de bonheur.

Fallait que je revienne pour fermer vos gueules
Votre son c'est un kilo de comm', le mien un kilo de seum
J'aurais pas de flair si les euros n'avaient pas d'odeur
Je suis inscrit à la Sacem pas à Manpower

 

++ myspace.com/kennedydu94

 

Par Dimitri Demont // Photo : Armen.