Comme tu viens de Seine-Saint-Denis, je peux comprendre le 93 accolé à ton pseudo. Mais qu’en est-il de Jessica, est-ce ton evil twin ?

C’est le nom que j’aurais porté si j’avais été une fille. Ma mère avait choisi un nom de garçon et de fille au cas où. Au final, il y a quand même une grosse différence entre Geoffroy et Jessica, qui vient quand même avec une certaine connotation. Je pense que je l’aurais senti dans la cour de récré... Ce nom est arrivé comme une blague, et puis en définitive, j’aimais bien l’idée de porter le nom d’une meuf. J’ai un pote à moi de Marseille qui chante sous le nom de Lavinia, je trouve que ça claque, j’aime bien ce décalage. J’ai eu plein d’autres noms de groupes avant, type "J’en chie", ou "Alpha Bondy", parce que je viens de Bondy.

 

Comment tu trouves ces noms, lors d’apéros endiablés ou par le biais d’un kamoulox ?

C’est autour de bières avec mes potes, c’est propice aux conneries ce genre d’ambiance.

 

 

Tu vis de la musique ?

J’essaie d’en vivre - j’en survis, dirons nous. J’ai pas fait d’études, j’ai pas de diplôme, donc j’ai fait des petits boulots. Le dernier boulot que j’ai dû faire, en 2007-2008, c’était balayeur. C’était assez trash, donc je me suis fait une promesse de pouvoir tenir rien qu’avec la musique.

 

Sous l’amas de sons, la mélodie est toujours est hyper-présente dans tes chansons. C’est important de fonctionner comme cela pour toi ?

Ce n’est pas une volonté quelconque, c’est comme ça que j’écris. Ma musique a toujours un côté pop. Même quand je faisais des trucs plutôt trash, il y avait un truc pop. J’ai toujours écouté de la pop en fait, j’ai toujours été sensible aux mélodies. Je peux écouter une chanson de Jean-Jacques Goldman et kiffer quoi, j’aime bien les chansons. Quel que soit le style de chanson, le plus important pour moi est la qualité de la mélodie. J’aime la chanson, en fait.

 

Tu te dis inspiré par Nirvana et tu étais ado quand Kurt Cobain est mort. Qu’est-ce que ça t’a fait ? Tu te souviens de ce que tu faisais à ce moment-là ?

Aucune idée - en fait, j’ai commencé à écouter Nirvana après la mort de Kurt Cobain. Pendant longtemps, je croyais que c’était un rappeur, c’est pour te dire à quel point j’étais largué ! Moi, j’ai grandi dans une cité, donc il n’y avait que du rap autour de moi. Ce qu’on entendait par chez moi, c’était NTM et Tonton David. Vers 14 ans j’ai voulu élargir mon champ musical, donc j’ai écouté Iron Maiden, mais bon, c’était de la merde. (Rires) Et peu de temps après, ça a été la déferlante Nirvana. Un mec de ma classe m’avait prêté une cassette de Nirvana, la première chanson qu’il y avait dessus était In Bloom. Ca m’a scotché. Ensuite, j’ai entendu Smells Like Teen Spirit et j’ai compris que c’était le même groupe qui passait tout le temps à la télé et à la radio. J’avais un profond respect pour le mec héroïnomane qui se suicide. (Rires)

 

Tu trouvais ça romantique ?

Non, je trouvais que c’était la classe d’arriver au bahut en disant kiffer un mec qui se piquait, je trouvais ça classe. Après, mes camarades de classe savaient qu’il fallait pas m’emmerder parce que j’aimais les trucs trash ! (Rires) Les racailles de mon bahut, elles ne comprenaient pas. Elles m’appelaient "le hardos". Moi, je jouais à fond le jeu - tout le monde avait des Air Max, et moi j’avais des Dr. Martens à coque ! (Rires)

 

 

Tu penses quoi de l’évolution de Dave Grohl ?

C’est ridicule. Je n’ai jamais aimé les Foo Fighters, c’est un groupe de stade, quoi. Je sais qu’il y a une vidéo marrante sur YouTube, des images d’un concert des Foo Fighters associées à la musique du Petit bonhomme en mousse à la place de la chanson originale.

 

Oui, il y a la même chose avec Les Sardines aussi. Est-ce que par le biais de Nirvana, tu as découvert tout un nouveau monde musical ?

Ah oui, carrément - disons que Nirvana, ils étaient les têtes de gondoles, et que derrière se cachait le spectre de l’underground américain, le punk. Toute la scène de Seattle, toute la scène de Washington. En fait, il faut savoir qu’à l’époque, il y avait quatre gros groupes : Nirvana, Guns’n’Roses, les Red Hot Chili Peppers et Metallica. Nirvana était le seul qui emmenait vers un monde souterrain mortel. Ca a complètement changé ma vie, je suis devenu hyper-avide de la scène indie.

 

Tu as un jour déclaré que si une chanson te donne l’impression que le type a vendu son âme au Diable pour l’avoir pondue, tu y adhères obligatoirement. Cela signifie-t-il que tu aimes Florent Pagny ? 

En fait, c’est une théorie personnelle que j’ai. Normalement, la musique est un truc du Diable - au Moyen-Âge, elle était perçue comme un moyen de dévier les masses de la religion. Aujourd’hui, la musique n’est plus associée au Diable, certes, mais si le mec réussit à faire une mélodie qui me chamboule un tant soit peu, ça veut dire qu’il a vendu son âme au Diable. J’aurais pu avoir une vie normale, travailler dans une banque... mais le fait d’avoir écouté Nirvana m’a fait dévier. Tu vois, maintenant, j’ai une vie merdique de musicien.

 

 

Tu es donc seul sur scène ?

Oui. C’est un projet solo : c’est facile, j’ai un ampli, une gratte. Jessica93 n'était pas voué à être un projet sérieux à la base, puis ça l’est devenu. Il faut dire que c’est plus facile pour les gens de me faire jouer et moi de me déplacer ; je peux facilement caler des dates, je n’ai pas à valider avec d’autres membres.

 

Qui t’impressionne sur scène ?

Mes potes de Headwar. Ils ont réussi un mélange de noise et d’indus' ultra-puissant, ils jouent depuis dix ans, il y a plusieurs line-ups, ils sont tout le temps sur la route... J’éprouve un profond respect pour eux. Ils ont toujours privilégié l'optique de jouer coûte que coûte plutôt que de chercher à monter une pseudo-carrière un peu trop rapidement. Cest un peu ce que je reproche aux jeunes groupes qui démarrent : d’avoir des objectifs un peu bidons. Normalement, le but premier d’un musicien, c‘est de jouer pour jouer, ce n'est pas pour la hype. J’ai un profond respect pour les groupes qui font les choses dans l’ordre : tu ne refuses jamais rien, les plans pourris, tu ne les refuses pas, tu joues, tu joues et puis tu joues. Ils ont une super réputation, t’as l’impression que c’est Verdun, ça tabasse.

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Soundcloud de Jessica93.
++ Sorti le 3 novembre sur TeenageMenopause Records, Rise est disponible ici ou sur MusicFearSatan. L'album est également en écoute intégrale sur Soundcloud, et le premier effort de Jessica93, Who Cares, est disponible en téléchargement gratuit.

 

 

Sarah Dahan.