Des hésitations avant de s’engager pour cette suite ?

Jim Carrey : Juste dix ans d’hésitation à peu près ! (Rires) Faire des suites, c’est pas trop mon truc, je préfère consacrer l’instant présent à quelque chose de nouveau, à créer. Initialement, je ne voulais pas vraiment le faire parce que je me disais que si je faisais ça, je pouvais tout aussi bien faire une suite pour Ace Ventura, une autre pour The Mask et d’autres choses que j’aurais été incapable de faire, Eternal Sunshine of the Spotless Mind ou The Truman Show... Mais finalement, j’ai senti que le moment était venu de redonner vie à ces personnages.

 

 

OK, mais en vrai, pourquoi avoir accepté ?

Jim : (Il mime un geste évoquant l’argent) Non vraiment, vraiment pour le fun.

Jeff Daniels : Oui.

Jim : J’ai suffisamment d’argent pour manger désormais, donc tout ce que je fais maintenant, c’est vraiment pour ma satisfaction personnelle.

 

Vous seriez partant pour un troisième volet ?

Jim : Pas un troisième - un quatrième, parce qu’on ne sait pas vraiment compter.

 

Bobby Farrelly, Jeff Daniels, Peter Farrelly et Jim Carrey sur le tournage du film.

 

Peter, pourquoi une suite de Dumb and Dumber et pas d’un autre de vos films ?

Peter Farelly : Ça n’avait de sens que pour Dumb and Dumber parce que les personnages ne grandissent pas. Ils finissent là où ils commencent. Donc vous pouvez les récupérer et raconter une autre histoire. Les autres films, il y avait des fins, des évolutions... Il ne semblait pas logique de faire des suites.

 

Le premier volet est sorti en 94. Vingt ans plus tard, vous êtes satisfaits de votre carrière ?

Jeff : Avant toute chose, pour les acteurs, dans une industrie hollywoodienne qui n’en a vraiment rien à faire si vous êtes là ou non la semaine prochaine, être encore là des décennies plus tard, c’est déjà une victoire. Parvenir à mener sur la longueur n’importe quel type de carrière en tant qu’acteur aux Etats-Unis, c’est quelque chose d’énorme. Avoir du succès tout au long de cette carrière, c’est un bonus.

 

 

Peter, en vingt ans, ton approche de la comédie a-t-elle changée?

Peter : Non, mon approche est la même. L’écriture, c’est beaucoup de travail. La partie la plus difficile dans la comédie, c’est écrire le script. Faire le film, c’est fun, mais écrire le script, c’est ce qui compte - et mon approche est restée la même. Il faut mettre le temps nécessaire dans l’écriture, y réfléchir, y réfléchir et encore y réfléchir. Mettre le script de côté, le récupérer et encore y réfléchir. C’est comme ça que nous faisons.

 

En 1994, Jim était le roi de la comédie avec Dumb and Dumber, The Mask, Ace Ventura (tous sortis à quelques mois d'intervalle, ndlr). C’est qui le roi aujourd’hui ?

Jeff : Il y a une sorte de salle pour les grands comédiens, les grands performeurs. Aujourd’hui, il y a quelques comédiens contemporains qui ont mis un pied dans cette pièce. Il y a d’autres personnes qui ont vraiment été dans cette pièce. (Il désigne Jim) Et puis quand vous remontez dans le temps, jusqu’à Peter Sellers

Jim : Ha oui !

Jeff : Des types comme ça, il y en avait beaucoup plus.

Jim : Ils étaient largement au-dessus du lot.

Jeff : Chaplin, Keaton, les Marx Brothers… Si vous pouvez juste pénétrer dans cette pièce à un moment de votre carrière, c’est déjà une réussite.

Jim : Ouais.

 

La géniale campagne promo du film aux USA.

 

Peter, tu n’as pas fait d’études de cinéma. Ca t’a aidé à faire des films plus originaux ?

Peter : Je pense que ça m’a aidé d’une certaine façon. J’ai étudié l’administration des affaires à l’université, donc je n’écrivais pas. Et je me dis toujours que si j’avais écrit lorsque j’avais dix-sept ou dix-huit ans, j’aurais été médiocre et on me l’aurait dit - et peut-être que j’aurais abandonné. Comme je n’ai commencé à écrire que vers vingt-cinq ans et que je le faisais de mon côté pendant deux ou trois ans, j’ai écrit des centaines de pages seul. Ainsi, je me suis amélioré, et lorsque j’ai montré mon travail, j’étais un auteur correct. Donc je suis heureux d’avoir commencé plus tard, effectivement. De plus, je n’étais pas véritablement enclin à me lancer dans l’écriture jusqu’à mes vingt-cinq ans, c’est comme si mon cerveau n’avait pas achevé sa croissance. Et un jour, je me suis dit : «j’aimerais écrire». Et boum !

 

Pourquoi ton frère n’est-il pas là pour présenter le film ?

Peter : Il jouait au hockey sur glace et il s’est blessé il y a quatre jours.

 

Comment expliques-tu qu’il y ait autant de frères réalisateurs qui travaillent ensemble ? Les frères Coen, les frères Dardenne, les frère - et sœur - Wachowski

Peter : Je pense que la raison pour laquelle on retrouve autant de duos de frères ou de frère et de sœur, c’est parce que lorsque vous faites un film, vous devez vous battre continuellement. Les gens, les studios... tout le monde essaie de changer ce que vous voulez faire. Ils disent non à ceci, ils vous suggèrent cela et finalement, vous êtes épuisé et vous cédez. Vous êtes fatigué de lutter. Lorsque vous êtes deux, c’est plus facile de se battre, et vous pouvez maintenir votre point de vue. C’est pourquoi si vous regardez les films des duos de frères, vous verrez qu’ils sont l’expression d’une vision particulière.

 

 

Vous avez eu des problèmes avec les studios pour faire Dumb and Dumber De ?

Peter : Le premier studio, Warner Bros, ne voulait pas faire le film parce qu’ils pensaient que trop de temps s’était écoulé depuis le premier volet. Ils pensaient que le public ne s’en souviendrait plus. Nous pensions que les gens s’en souviendraient, et nous avons proposé le projet à Universal. Ils nous ont dit : «venez !». Ils étaient heureux de le faire et ils ont été formidables.

 

Jeff, comment as-tu fait pour passer du rôle sérieux que tu joues dans la série The Newsroom à celui de Dumb and Dumber ? Tu avais un psy pour t’accompagner ?

Jeff : On ne peut pas y aller à moitié, il faut le savoir. Vous y allez - peu importe les conséquences, vous plongez. C’est la seule façon de le faire, et c’est très libérateur.

Jim : C’est parce que c’est un acteur brillant. Il s’engage complètement, comme personne. Il ne se préoccupe pas de son ego.

Jeff : J’étais très fier que sur ce second épisode, ils aient eu à me retenir. Quand on me disait que c’était trop, je me disais : «yes !».

Jim : (Rires) Comme quelqu’un qui aurait juste goûté une bouchée d’un plat délicieux. Il voulait tout !

Jeff : Je voulais la glace entière.

Jim : Comme un trouble du comportement alimentaire. (Rires)

 

 

Vous aimez les comédies françaises ?

Jim : Le film Intouchables était extraordinaire !

Peter : Je ne sais pas comment s’appelle le film ici, mais vous connaissez The Valet ? Avec Alice Tagliablue ? (En français, le titre du film est La Doublure, avec Gad Elmaleh, ndlr)

 

Alice Taglioni ?

Peter : Oui, c’est ça !

 

Et vous rencontrez des acteurs français à Hollywood ?

Jim : Régulièrement, je les croise dans un restaurant qui s’appelle The Little Door à Los Angeles. C’est une place forte française (et un «romantic french restaurant» d'après leur site internet, ndlr).

 

 

Vous pensez que la bêtise a le pouvoir aujourd’hui ?

Peter : On voudrait croire que les gens qui dirigent le monde sont tous brillants, mais ce n’est pas toujours le cas.

 

C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’avant ? N’importe qui ou presque peut avoir une audience et du pouvoir, de nos jours.

Peter : Il y a toujours eu des gens comme ça, des gens dont vous vous demandez pourquoi ils sont célèbres, peut-être pas autant qu’aujourd’hui. Mais dans les années 70, vous aviez le Studio 54, c’était un peu la même chose. Ce qui a changé, c’est le pouvoir des réseaux sociaux, je pense.

 

Dans la vrai vie, qui est le plus débile ? Jeff ou Jim ?

Jeff (montrant Jim) : Lui !

Jim (montrant Jeff) : Lui !

 

++ Dumb & Dumber De sera en salle demain, mercredi 17 décembre. Sur un sujet similaire, lire aussi notre Top 10 des héros les plus débiles de la comédie.

 

 

Damien Megherbi.