Des bruits de couloir disent que Poni Hoax pourrait s’arrêter. C’est vrai cette histoire ?

Nicolas Ker : Hein ?! Mais non pas du tout. On part enregistrer à Pattaya, à Los Angeles, São Paulo… On va passer quatre jours dans chaque pays, à partir de mars. C’est la première fois qu’on fait ça dans plusieurs villes, et ça sera encore un album à thème - tout comme le précédent qui, en l'occurrence, se consacrait à la guerre (State Of War, sorti chez Pan European Recordings, ndlr). On joue super souvent en ce moment en plus, pas forcément en France... Non, ça ne s’arrête pas !

 

Enfin, c’est un peu con de commencer comme ça, mais Laurent Fetis (qui fait la revue du Social Club dans un style pop-art Z'Amours, ndlr) signe la pochette du premier album de Paris. Il a fait quelque chose de très loin de son travail. Pourquoi lui avoir fait faire quelque chose d’aussi épuré ?

Je voulais White Light/White Heat du Velvet Undergound, donc un fond noir avec une typographie blanche, et c’est lui qui a mis le lettrage en énorme. Mais c’est moi qui voulais ça, cette épure.

 

 

OK, Paris alors. Le groupe s’appelait Dior au début, puis qu’est-ce qui s’est passé ? Vous avez eu des soucis juridiques ?

On s’appelait Parade au départ, et un mec qui avait un groupe du nom de Parade – et n’a jamais sorti de disque par ailleurs – nous a emmerdé. Sur quoi on s’est rebaptisés Dior. Et le mec de ma sœur, il est mannequin. Il connaissait bien le mec que j’adorais qui a pété un câble… euh… John Galliano ! Oui, c’est ça.

 

Tu adorais Galliano ?

Je l’aimais bien ce type. Il a perdu son mec et son père en même temps, il devait être en burn-out, et il s’est fait lyncher. On lui avait fait écouter ce qu'on faisait, et sa réaction était «c’est super, mais tout ce qui approche le nom de Dior est déposé, tu ne peux rien faire». Tous les anagrammes, D1or, etc. Galliano nous a fait changer de nom, sinon ils nous attaquaient direct. Dommage, j’aimais bien qu’on s’appelle Dior alors qu’on était au RMI.
 

 

C’est vrai que Paris vous a fait passer des forums internet aux bars rebeux du XIXème ?

En fait, j’ai seulement rencontré Mike - qui fait les machines - sur le forum de Technikart. On faisait le groupe à deux au départ et on jouait dans les bars rebeux du coin, effectivement. Je me suis toujours dit que quand on commence à jouer de la musique, on commence en bas de chez soi. Et ensuite, évidemment si tu as assez de ferveur, tu peux jouer ailleurs. Au bout de deux ans, on s’est retrouvés à jouer avec Alan Vega, mais naturellement, c'est parce que tu as écumé les salles auparavant qu'on t’emmène là… Mon ex-copine voulait être comédienne, je lui disais «mais va lire des textes au bar d’en-bas !».

 

C’est la méthode qui marche ?

Ça a marché pour moi. Les écoles aussi sont bien. Dans le groupe Paris, il y en a deux qui viennent de grandes écoles qui sont très, très bons. Dans leur situation, tu trouves tout de suite du boulot en sortant avec ton diplôme. Moi dans une école, je ne vois pas ce que j’aurais foutu en chant lyrique, et pour l’instant au Conservatoire, tu n’as que des classes classiques ou jazz. Par contre, ça donne un bagage hallucinant. Les mecs de Poni Hoax jouent comme des dieux. Arnaud Roulin avec son oreille parfaite, il joue ce que tu dis quand tu parles. Parfois il te sort «putain, j’ai un la bécarre coincé dans l’oreille en acouphène !».

 

C’est lui qui a composé ?

Non, on a tous écrit une ou deux chansons chacun - certaines sont des jams, aussi.

 

Il est finalement assez court ce premier album, non ?

Oui : les disques trop longs, ça me fait chier. Quand le format CD est arrivé, les mecs se sentaient obligés de tout remplir. Une heure dix, t’en peux plus ! J’avais acheté Up de R.E.M., quelle tannée ! R.E.M. c’est chiant en fait, je préfère encore Claude François ! (Éclat de rire Kerien). En tout cas, c'est plus excitant que R.E.M., parce que ça, c’est bien pourri. Ou un bon groupe de black metal. Voilà - je préfère écouter Mayhem, avec Burzum avant qu’il tue à coups de hachette.

 

 

C’est le chanteur de Mayhem qui s’est soi-disant suicidé d'ailleurs, mais comment savoir si c’est vrai ?

Si, c’est vrai : le chanteur s’est tiré une balle, et les mecs du groupe ont tous mangé un bout de cerveau et ramassé des éclats d’os pour en faire un pendentif. C’est trash ! Burzum (c'est-à-dire Varg Vikernes, ancien bassiste de Mayhem donc, qui vivait en Corrèze et avait fait les gros titres de la presse française il y a environ un an et demi pour une sombre histoire de "terrorisme néonazi", ndlr) a ensuite tué Øystein Aarseth, le guitariste, à coup de hachette. Et puis il a fait de la taule - et quand il a fait de la musique en solo, il s’appelle Burzum. Il s’est fait choper il y a deux ans, t’as pas vu ? On a dit qu’un terroriste voulait faire péter des églises dans le Sud et qu’il était bardé d’armes. Et bah, c’était Burzum, sorti de prison ! Il s’installe en France, et il se refait choper pour faire péter des églises ! Il ne s’arrête jamais, lui ! (Long éclat de rire)

 

Il y a une fausse piste au départ de l’album, avec ce morceau très triste qui ne ressemble pas aux autres morceaux. Ça commence par «Daddy is a weak man, mother is a drunk». C’est du vécu ?

En général, je n’explique pas de quoi je parle, mais là c’est important. J’étais avec une ex, on passait dix jours en Thaïlande, et je voyais des touristes allemands - des porcs - avec une gamine de neuf ans vendue à la prostitution. Et c’est l’histoire de cette gamine qui suce des bites au kilomètre en rêvant de Walt Disney, c’est horrible. 

 

Tu ne fais jamais de textes «premier degré» ?

Je préfère que les gens se figurent les concepts. Je les crypte, j’en fais de la poésie, et je crypte jusqu’à la limite de ma compréhension. Il ne faut pas dépasser ça, sinon c’est de l’imposture. Ça laisse une porte d’entrée aux gens, il y a un vrai message qu’il faut trouver. Mais je ne vais jamais asséner un message «voilà, je pense ça». C’est malpoli.

 

Sur ce premier morceau, même le son est plus triste, alors que le reste part dans un truc plus techno. Cependant, certains titres - Serve Me Lorde surtout - détonnent par leur construction, avec des ingrédients qui ont l’air de ne pas aller ensemble. Une sorte de cocktail improbable mais réussi, comme My Life in the Bush of Ghosts.

Ha bon ? Je trouvais que ça faisait plus baggy, mais c’est cool que ça ne sonne pas trop Madchester. J’avais pas envie que ça soit abusif. En même temps, au début de Paris, quand on était deux, on ne faisait que des plagiats, en électronique. On rigolait. On partait sur une eurodance auto-tamponneuse ou un Stones sixties et on arrivait à New Order. Là, mise à part sur Come Back Johnny où on singe le Gun Club, on n’est pas trop dans la référence. Mais tu sais que pour Antibodies de Poni Hoax, le compositeur a copié La groupie du pianiste de Michel Berger ! (Rires) Haha, les gens ne savent pas ça...

 

 

Ça change pour toi de chanter sur une base techno ou rock ?

Non, ça ne change rien du tout. Dans mon album solo qui sortira dans six mois, tu verras, c’est crooner ! J’ai envie d’un gros album de crooner genre Sinatra pour draguer les meufs. C’est abusif ! Enfin, pas Julio Iglesias non plus, mais plutôt Chris Isaak, des trucs avec des cordes…

 

C’est vrai qu’une signature de Poni Hoax en major a capoté a cause de Yannick Noah ?

C’est des conneries - on ne sait vraiment pas, en fait. On sait que le mec de Sony ne voulait absolument pas de moi dans aucun de ses labels parce qu’on avait fait un concert à l’Élysée Montmartre le jour où l’Hadopi est passée. J’étais vert, j’ai gueulé sur scène. Le PDG de Sony, évidemment, c’est lui qui avait fait passer l’Hadopi, donc il a promis que jamais Ker ne signerait chez Sony. Après, il a pris n’importe quel prétexte pour se débarrasser de nous. Donc pour nous sortir de Columbia (qui appartient à Sony, ndlr), ils ont utilisé un showcase où j’ai joué bourré, après ils ont fait pression et menacé de virer le mec qui voulait nous signer.

 

 

Donc : on croit que c'est très dur parce qu'on est en face d'une organisation capitaliste et logique, mais en fait non - c’est juste parce qu’il y a un mec qui n’aime pas ta gueule, c'est ça ?

Oui, c'est aussi con que ça. Il suffit que les mecs aient pris de la bonne coke et aient bien bouffé, et le groupe a 200 000 euros d’avance. On a regretté, mais si ça se trouve, l’album ne se serait pas vendu et ils nous auraient placardisé. Il y a plein de groupes à qui c’est arrivé, ils te bloquent parce qu’ils ont peur que tu leur fasses perdre de l’argent ou que tu en fasses gagner à un autre. Pour pouvoir enregistrer à nouveau, il faut que tu rachètes ton contrat. Il y a des groupes comme ça, bloqués en Enfer.

 

Tu aurais préféré travailler dans l’opulence de 200 000 euros d’avance ?

Oui, largement ! J’en peux plus d’être pauvre, et cela dit, on aurait peut-être été bloqués comme des crétins, et là t’es obligé de changer de métier. Par exemple, Rodolphe Burger avait enregistré un album qu’il avait produit lui-même. Et là, le label utilise le droit d’exclusivité pour le bloquer. Le patron de la major lui dit alors : «si tu veux tes bandes, tu me payes ton contrat 200 000 euros». Burger a hypothéqué sa baraque, et le jour où il a racheté ses bandes, il a cassé la gueule à son producteur véreux. Le mec s’est relevé, en sang, et lui a dit : «je t’emmerde, c’est moi qui ai les thunes, le chèque il est dans ma poche !».

 

 

Tu vas choisir quel single ?

Je n’en sais rien en général. J’adore le format album, mais les gamins de 12 ans s’en foutent, ils téléchargent une chanson sur iTunes. Après, les gamins pourraient écouter Paris, pourquoi pas ? Mon petit frère a 14 ans, il écoute Motörhead et les Ramones. C’est les trentenaires qui écoutent Justin Bieber et qui en font de la sociologie ! Puis le single de Paris, c’est pas très déterminant.

 

Attends, ça a un impact, je veux dire : tu es connu quand même, non ? Les gens qui t’écoutent connaissent les projets Aladdin (avec Gilb'R du label Versatile, ndlr), Paris, Poni Hoax…

Je t’assure que non. En ce moment, je traîne avec Arielle Dombasle : elle, elle est connue. Elle ne peut pas faire 5 mètres dans la rue. Quand elle vient chez moi dans le quartier de la Goutte d’Or, elle ne fait pas deux pas sans que les lascars réclament leur selfie avec elle. Mais c’est une galère, elle ne peut pas prendre le métro, elle ne peut pas aller dans un bar. Elle est assaillie ! Tout le monde la fait chier. Moi, personne ne m’arrête dans la rue.

 

Mais pourquoi tu traînes avec elle, vous enregistrez des trucs ?

Ouais, là on va à Marrakech enregistrer quatre titres dans un harem.

 

Dans un harem ?!

Un harem hanté.

 

++ La page Facebook et la discographie en écoute sur Deezer du groupe de Nicolas Ker, Poni Hoax, et la page Facebook de son nouveau projet, Paris

++ Paris sera en concet le 7 février au Point FMR, des places à gagner ici.

 

 

Bastien Landru.