Vous n'avez pas l'air de trop aimer enregistrer vos albums à la maison : il semble que vous aimez partir à l’étranger pour travailler, puisqu'il y a eu Berlin, et cette fois-ci Ibiza.

Katie : On n’a pas de maison. On n’a jamais vraiment prévu d’aller dans un pays différent pour chaque album, mais c’est ce qu’il se passe à chaque fois. On aime l’idée d’être un nouveau groupe à chaque album - c’est quelque chose d’impossible bien sûr, mais on s’en rapproche en s’exilant à chaque fois.

 

Mais est-il plus facile de travailler lorsqu’on est loin de sa famille et de ses amis ? Il paraît que vous avez beaucoup fait la fête à Ibiza…

Katie : Oui, c’est vrai. Il nous a fallu du temps pour nous mettre au travail, mais une fois qu’on savait quelle direction prendre, on s’y est mis. Nous étions partis dans une direction très clubbing, très EDM, nous sommes beaucoup sortis à Ibiza et on a trouvé ça cool... mais nous avons soudainement été pris par la nostalgie d’une autre grande époque du clubbing, celle de la disco et du Studio 54. La fascination pour ces sons-là a subitement grandi en moi, alors que comme tu peux l’imaginer, nous n’avions pas prévu de composer un album très "disco 70’s" à Ibiza dans les années 2010...

 

 

Il paraît que tout le délire 70’s s'est imposé à vous à partir du moment où Katie a vu une photo de Diana Ross, c'est ça ?

Jules : Oui. Nous avions déjà composé quelques chansons, puis Katie est tombée en adoration devant une photo de Diana Ross qui chante dans une cabine d’enregistrement. De là nous est venue l’idée de nous rendre dans un club et d’enregistrer des bouts de chanson là-bas. Ce fut l’élément déclencheur pour cet album. On savait qu’on voulait des chansons disco, mais avec une dimension funky et rétro, et rendre le tout plus chaleureux, plus glamour que ce qui se fait actuellement en club. L’EDM, c’est assez répétitif, dans le son et dans les mouvements - et puis c’est beaucoup de drogues. On a eu une résidence dans un club pendant un moment avec un public habitué à l’EDM, et quand nous sommes arrivés pour faire le DJing, les gens n’ont pas compris ce qu’il se passait car on ne passait que de la disco très glamour... mais les gens ont dansé, c’était très sensuel ! On va essayer de tourner dans des clubs, mélanger la dance et la disco.

 

 

Vous avez mis plus de deux ans entre l’écriture de l’album et sa sortie. N’est-ce pas frustrant ?

Katie : Pour nous, c’est formidable - d’habitude, on met quatre ans entre chaque album ! (Rires)

Jules : Et surtout, sur cet album, nous avons changé de maison de disques : nous avons notre propre structure, donc c’est beaucoup de boulot pour nous comme pour notre manager. Nous devons faire face à une toute nouvelle façon d’appréhender la musique et le business.

Katie : On sort un album, et ensuite vient toute la partie marketing, partenariats, etc. C’est hyper-nouveau pour nous d’avoir à nous occuper de tout ça. Mais c’était aussi beaucoup de pression d’être perçu comme un groupe de pop au sein d’une major... Ils mettaient le paquet sur le marketing, tant et si bien qu’on était numéro un des charts dès la sortie de l’album, et ce pour quelques semaines suivantes. Or la finalité ne pouvait être qu’une longue chute. Désormais, on essaie de faire l’inverse : créer une ascension petit à petit.

 

 

Vous avez d'ailleurs eu des petits soucis avec votre maison de disques pour le second album, non ?

Katie : Attention, il y a des gens très bien chez Sony - mais il est vrai qu’on a subi une pression générale pour faire exactement le même album. En tant que songwriters, c’est hyper-choquant, et puis surtout, ça n’a aucun sens ! Je n’ai pas envie d’écrire That’s Not My Name jusqu’à la fin de ma vie, ça me fait chier !

 

 

Il semble que de plus en plus de groupes se tournent vers une structure indépendante, car les majors ne se concentrent plus que sur des très gros groupes ou des petits jeunes ultra-marketés, non ?

Jules : A partir du moment où nous avions vendu 4 millions d'exemplaires de notre premier album, nous sommes nous-mêmes devenus un gros groupe... La maison de disques oublie alors de te considérer comme un artiste mais te voit plutôt comme un produit. La major veut te placer sur des plateaux télé et dans des magazines, au lieu de te payer un studio ou de monter une tournée - et ça, c’est un problème. Les majors ne savent pas trop faire l'équilibre entre les deux.

 

En même temps, avec les millions de disques que vous avez vendus et les nombreuses chansons qui ont été utilisées pour des publicités, vous pourriez vous la couler douce sur une île déserte, non ?

Katie : Ce n’est pas pour l’argent que tu fais ça, tu fais de la musique parce que tu es passionné ! Même si on a gagné de l’argent avec le premier album, on ne va pas arrêter de faire de la musique. Effectivement, je peux aujourd'hui m’acheter des sacs à main très chers, mais si je ne peux pas écrire une chanson pendant deux mois, ça, ça me fout réellement en dépression. A l’inverse, si j’écris une chanson dont je suis fière, je suis boostée pour plusieurs semaines : mon humeur et mon bien-être dépendent intégralement de mes capacités à composer de la musique.

 

 

Et si vous deviez tout de même partir sur cette île déserte, quels seraient les cinq albums que vous emporteriez avec vous ?

Remain in Light des Talking Heads, Rumours de Fleetwood Mac, un album de Prince (mais trop difficile de choisir lequel), Parallel Lines de Blondie et quelque chose d’actuel... les XX sûrement.

 

Comme vous venez de Manchester, je voulais quand même savoir : vous supportez City ou United ?

Jules : Je suis un fan d’Arsenal, car je viens de Londres à l’origine. Je les ai même vus se faire humilier à Manchester, et ça, c’était très compliqué à gérer ! (Rires).

 

++ Le site officiel et la page Facebook des Ting Tings.
++ Leur dernier album Super Critical est disponible ici, et l'intégralité de leur discographie est en libre écoute sur Deezer.

 

 

Sarah Dahan.