Ta passion pour Moroder, c'est à cause de sa moustache ?
DatA :
Ce mec-là est un dieu. Je l'admire vraiment. Tu retrouves ses rythmiques dans énormément de morceaux actuels. C'est aussi un compositeur de génie, une sorte de Jean-Sébastien Bach contemporain, personne aujourd'hui ne fait des mélodies sur trente-deux mesures, c'est une structure super classique. Et puis il a produit des super morceaux de Blondie, Donna Summer...

Ta formation classique te permet de t'identifier à lui, non ?
DatA : A mon niveau oui. Sur un morceau comme Tears, qui a d'ailleurs été samplé par DJ Shadow, les notes sont très simples mais c'est accrocheur et super bien produit. C'est un grand bidouilleur aussi, il passait des heures sur des machines pour obtenir un son. Pour le thème de Scarface, il a utilisé un synthé voix, c'est ce que j'ai fait sur mon album, mais lui c'était il y a 25 ans.

L'aspect technique te plaît en fait...
DatA : Mélodiquement ouais, les choses sont trop faciles maintenant. Les 3/4 des trucs que j'entends sont plutôt des DJ tools, des trucs qui ne s'écoutent pas vraiment, alors que quand Moroder, Space ou Electric Light Orchestra faisaient des morceaux, c'était dansant. En soirée, quand je passe Donna Summer, c'est souvent l'émeute et ça, partout dans le monde.

En parlant de soirées, feu le Paris Paris était décoré d'un néon qui reprenait le credo de Tony Montana : « Le monde est à toi ». C'est le genre d'endroit où tu aimes jouer ?
DatA : Je ne sais pas trop, j'ai de très bons copains là-bas, et puis c'est assez convivial comparé à certaines usines ou j'ai pu jouer. Je suis un mec super simple, un petit banlieusard... Scarface fait partie de ma culture de base, tout comme l'album Prince de la Ville du 113. Je pense que c'est la même chose pour une bonne partie des gens de ma génération. Le message de ce film est universel, pas élitiste. Quand j'ai mixé au Paris Paris et que j'ai vu Obispo, Romain Duris et Beigbeder, je ne me suis pas vraiment senti à ma place. En même temps, tu rigoles plus là-bas qu'au Macumba..., c'est juste que je sors pas des masses. Mon but ultime c'est de faire un live, de jouer dans un festival devant un public de 7 à 77ans, genre Jean-Michel Jarre. Je suis plus has been que branché en fait...

Ton dernier single Rapture passe pas mal sur les radios. Avec ce que ça te rapporte, comptes-tu faire graver tes initiales sur tous tes meubles ?
DatA : Si tu savais, ça ne rapporte rien ! J'attends de savoir si on passe en rotation intensive, là peut-être... Mais je suis un mec assez bling-bling. Si j'étais riche, je m'achèterais des vieilles voitures, une Porsche dorée édition limitée ou une vieille Mercedes ou des Américaines comme celles que conduisaient les mecs dans les films de Melville.

Crois-tu que Tony Montana soit encore une figure tutélaire en 2008 ?
DatA : A mort ! C'est un mythe, une sorte de dieu. Ce mec a tellement la classe...



Même le col pelle-à-tarte, rien ne te rebute ?
DatA : Les chemises hawaïennes et tout ça c'est un peu dépassé mais les pantalons à pinces, les ceintures en cuir tressé et les chemises ouvertes jusqu'au nombril, ça défonce !

Il écouterait quoi Tony en ce moment ?
DatA : La même chose que moi... Silver Convention, Holy Ghost, Pacific!, Das Pop, Breakbot, Yellow Magic Orchestra , 10cc, Snoop Dogg , Barry White....

Mais quelle image penses-tu renvoyer dans le « milieu » ?
DatA : Celle qu'on me rapporte tout le temps, l'image d'un petit branleur prétentieux et hautain. Je reçois même des mails d'insultes sur MySpace... Je crois que ça doit être écrit sur ma gueule, mes profs au collège et au lycée écrivaient déjà sur mes bulletins que j'étais un connard... Moi ça me fait rire...

Tu n'aurais pas préféré un pseudo plus latinos, pour coller à l'esprit Scarface ?
DatA : Datos ! Tous mes copains m'appellent comme ça. Je ne sais même pas pourquoi j'ai choisi celui-là en fait. C'est pour le visuel je crois, j'adore associer le D et le A. Sinon il faut avoir un nom composé ou un « de quelque chose » lorsqu'on fait de la musique électronique, ça donne un côté Versailles qu'est pas mal. Mais ce sont les groupes surtout qui ont les noms les plus cool, comme Delegation ou Electric Light Orchestra, c'est un nom mortel ça.

Dans ton business, t'aimes plutôt le travail d'équipe ou tu fais cavalier seul ?
DatA : J'ai des super potes dans la musique, des gens passionnés avec qui j'adore parler. J'adore Breakbot, parce qu'on a exactement les même goûts, Brodinski et Yuksek sont super gentils et je suis ravi de les croiser, lorsque nous jouons dans la même soirée par exemple. Avec Benjamin Diamond j'écoute du funk de caïllera, avec Drixxxé on a des débats sur Sly Stone, Detect est super drôle... Sébastien Grainger (ancien chanteur de Death From Above 1979 et voix sur le single Rapture, ndlr) est le meilleur chanteur du monde... il y a plein de mecs cool.

Ton single est d'ailleurs le premier titre « chanté », c'est l'évolution notable du nouveau DatA ?
DatA : Je n'ai jamais voulu faire exclusivement des titres instrumentaux ou des morceaux pour les clubs. Le côté pop voire disco me plaît énormément, j'ai besoin qu'il se passe quelque chose dans ma musique. En fait, j'ai toujours recherché ça, mais je fais pas du son depuis longtemps, il faut apprendre, et ça met du temps. J'en suis qu'au début. Le truc aussi, avec le label, c'est qu'ils ont toujours choisi les titres jouables en club, ils disaient « il faut que le morceau soit dancefloor, qu'il soit playlisté ! ». Ce qui est une aberration selon moi. Entre un titre funk, un slow et un morceau « club », ils choisissaient toujours le dernier.

Tu te retrouves un peu en porte-à-faux finalement, tu penses te rattraper ?
DatA : Le second single sera un hommage à Donna Summer, une sorte de single disco pour comédie musicale. Ce sont mes vraies références ça... avec Michael Jackson, Les Whispers, Prince, Shalamar, Delegation... J'étais vraiment dingue de funk à mes débuts, si je me suis mis à mixer à 15 ans, c'était pour faire comme DJ Abdel. Je me suis retrouvé propulsé dans un milieu où le seul truc qui me parlait c'était Daft Punk. Et quand j'entends parler de « retour du disco » aujourd'hui, les trucs que j'entends me laissent assez sceptique ...

Tu auras quelque chose à léguer à la postérité ?
DatA : J'aimerais bien... Si je réussis à m'acheter tous les synthés de la mort, je léguerai un super studio à mes enfants. Il y en aura peut-être un pour faire du disco dans 25 ans. Pour le moment ils auront des posters de Sly Stone, et des souvenirs de merde que je ramène à chaque fois que je vais quelque part !

 

++ http://www.myspace.com/0data0

La sortie de Skywriter est prévue pour janvier 2009.


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- Brodinski
- Detect



Par Elise & Jean-Benoit // Photos : DR.