Pourquoi ce disque ne s’est-il pas fait il y a trente ans ?

Marc Hollander : Il semblerait que l'époque actuelle soit plus appropriée pour ça.

 

Y-a-t-il une certaine satisfaction à se dire que vous aviez visé si juste trente ans plus tôt ?

M. H. : Oui, mais en même temps, à l’époque, il y avait de la frustration car il y avait beaucoup d’incompréhension autour de cet objet. C'était quelque chose d'assez hybride : on pensait qu’on avait fait un disque de pop, mais les gens ne l’entendaient pas de cette oreille.

Véronique Vincent : Je ne suis pas si catégorique que ça - moi, je pensais à cette époque que l'album aurait pu trouver sa place, mais peut-être était-ce un tout petit peu trop tôt, oui. Ensuite, le label - Crammed Discs - s’est developpé, donc on est passés à autre chose. Et puis depuis quelques temps, on s’est dit que c'était justifié et pertinent de finalement le sortir.

 

 

Comme vous, Elli et Jacno, par le biais des Stinky Toys, ont été relayés dans le NME, fait rare pour un groupe français ou francophone. Eux aussi faisaient dans l’expérimentation ; étiez-vous amis ? Vous fréquentiez-vous ?

V. V. : Non, on ne les connaissait pas et on ne les fréquentait pas, mais c'est vrai qu'en y réfléchissant bien, un pont peut être établi entre eux et nous.

 

Disposez-vous dans vos tiroirs d'un album pour dans vingt ans ?

V. V. : J'aimerais bien que notre fille Faustine, qui nous accompagne sur scène en ce moment, en sorte un avant ! (Rires)

M. H. : Notre fille était présente avec nous sur scène sous forme d'embryon il y a trente ans, et aujourd'hui, elle nous accompagne pour de vrai.

 

 

Les Belges sont objectivement plus cools et sympathiques que nous autres Français - et pourtant, vous êtes nos têtes de Turcs. Vous avez une idée pourquoi ça perdure, ça ?

M. H. : J'ai l'impression que c'est de moins en moins le cas, quand même.

V. V. : Aujourd’hui à Bruxelles, il n’y a plus que des Français.

M. H. : On a de l’auto-dérision, on est détendus, on n'est pas chauvins... On est modestes et ironiques - on n'a pas cette "attitude" que peuvent avoir les Parisiens, par exemple.

V. V. : Les Belges ne sont pas arrogants, et le Bruxellois est plutôt marrant. C'est une ville assez agréable dans laquelle vivre. L'endroit est réellement multiculturel ; on y rencontre vraiment beaucoup d'étrangers, pour plein de raisons différentes, autant artistiques que politiques. 

M. H. : Et puis il y a deux sortes d’expats' français : les très riches, qui y sont en exil fiscal et nous font beaucoup de peine... et tout au contraire, il y a aussi beaucoup de jeunes artistes, car on trouve de très bonnes écoles d'Art en Belgique (dont notamment la célèbre École de La Cambre, où plus d'un tiers des étudiants sont Français, ndlr).

 

 

Vous écoutiez quoi à l’époque de la conception de cet album ?

M. H. : Bruxelles faisait office de pont entre le monde anglo-saxon et la chanson française. On écoutait du punk, de la musique créative et expérimentale. Mais on n’appartenait pas à une scène précise - il y avait beaucoup moins de bars et de clubs qu’aujourd’hui. Mais la ville était déjà un repère d'artistes, précisément car on y trouvait moins de distractions. Tu venais à Bruxelles pour y bosser ; aujourd'hui, c'est un peu moins sûr ! (Rires)

V. V. : Moi, j’écoutais Gainsbourg. J'étais folle de Brassens, aussi. Ca se retrouve dans notre son, entre recherches soniques et chanson française.

 

Y-a-t-il de jeunes groupes qui ont eu une épiphanie en écoutant votre album et qui vous ont sollicité par la suite, histoire de collaborer avec vous - ou simplement afin de vous faire part de leur admiration ?

M. H. : Oui, justement, il y a quelqu’un qui nous a contacté pour faire un "album-hommage à Véronique Vincent et Aksak Maboul". Affaire à suivre !
 


++ La page Facebook d'Aksak Maboul, et le site officiel, la page Facebook et le - très éclectique - compte Soundcloud du label Crammed Discs.
++ Composé entre 1980 et 1983 et sorti le 10 octobre dernier, le disque Ex-Futur Album est disponible ici et sur iTunes, et est en écoute intégrale sur Deezer.

 

 

Sarah Dahan.