J'ai été étonnée de voir que dans votre communiqué de presse, on parle de chansons pop et qu'à aucun moment sur 3 pages n'est employé le terme folk. Vous considérez avoir toujours fait de la pop ou c'est une nouvelle manière de communiquer autour de votre musique ?
David :
Tu sais, c'est toujours dur de donner des noms. Je pense qu'on n'a jamais revendiqué le mot "folk" parce que pour nous, ce sont des chansons qu'on n'écrit pas, des chansons traditionnelles ; c'est comme ça que je connais ça, par la Carter Family ou d'autres personnes comme Emilio Harris qui reprennent des chansons traditionnelles. Quand on me disait folk avant, j'ai toujours imaginé des chansons populaires, pourquoi pas yiddishs ou suédoises. Déjà dans les années 60, où il y a eu le néo folk avec Dylan et tout, je pense que les artistes de cette époque étaient un peu étonnés qu'on les classe dans la catégorie "folk" alors qu'ils écrivaient des chansons un peu surréalistes qui venaient de leur cahier. En fait ce terme, "folk", fait référence à des artistes qui étaient déjà en porte-à-faux par rapport à la folk des années 30. Après, effectivement, je trouve que "pop" est ce qui ressemble le plus à ce qu'on fait depuis le début. Mais moi j'aime le rhythm and blues, le blues, le rock, tout ces styles là, et la pop dans le sens le plus simple, de John Lennon à Muddy Waters en passant par les Rolling Stones, Otis Redding, Tina Turner, Chuck Berry, Leonard Cohen. Pour moi c'est un terme noble, alors souvent on va te dire que pop, ça veut dire populaire et commercial, et folk ça veut dire élististe et intellectuel…

Le communiqué de l'album est aussi très orienté sur la nouveauté alors que finalement, vous y poursuivez plutôt les mêmes recherches. Il y a par exemple cet accent mis sur l'enregistrement dans une unité d'espace alors qu'il me semble que ç'a toujours été votre cas, aussi bien à NYC, Leeds ou Saint-Ouen… Alors qu'est-ce qui a changé véritablement ?
David :
Oui effectivement, on a toujours fait ça, mais je pense que tu parles de deux choses. Il se trouve que toi tu connais notre parcours et tu as les clefs, moi j'aimerais qu'un nouvel album d'Herman Dune puisse être le premier, qu'une personne n'ait pas besoin de connaître Mas Cambios, Not on Top ou Giant pour aimer cet album, enfin moi c'est mon but en tout cas. Et ce communiqué n'a pas été écrit par le label mais par une amie.
Neman : Et puis on a repris des trucs essentiels, justement par exemple le fait d'enregistrer dans une seule pièce en live, ça hyper important dans notre manière de travailler, donc on le met en avant à chaque fois, même si c'est pas nouveau en soi.

La seule fois où je vous ai vu jouer, c'était pas Herman Dune mais toi, David, en solo à un concert en appartement chez Wilfried (chanteur pop et rédacteur en chef de Chronic'art, organisé par le Club Bizarre). Du coup pour moi c'est évident qu'entre cette expérience intime et la musicale de Canal + avec Carla Bruni, vos têtes dans Picsou Magazine et Julien Doré qui vous cite à tout bout de champ comme influence majeure, il y a un sacré grand écart.
Neman :
C'est bien de faire les deux, je pense qu'il n'y a pas de mal. Je trouve ça super de jouer chez des amis, comme on va le faire juste après l'interview dans un appart à Saint-Ouen (enfin, pour la Blogothèque tout de même, ndlr) et d'avoir aussi la chance de pouvoir faire cette même musique pour un public qui ne nous connaît pas et qui regarde Canal +. Pour nous, ce qui compte c'est de jouer notre musique et moi je suis super content si ma mère peut dire à ses copines : « Regardez, y a mon fils qui joue ». Ces gens-là viendront pas me voir jouer à Saint-Ouen ce soir et je suis super content qu'ils puissent entendre cette musique au milieu de ce qu'il y avait ce soir-là : Carla Bruni, Christophe, Camille…

Vous allez entamer une tournée aux USA, Canada, Allemagne, UK, etc. Pour vous, la tournée, c'est le point focal ? A quel niveau placez-vous vos ambitions personnelles et la réussite : les tournées, les disques, la reconnaissance ?
David :
Il y a deux choses. Moi, je suis passionné par les disques, c'est un moment où l'écriture est la plus mise en valeur parce que les gens vont écouter la même chanson plusieurs fois donc remarquer les petites subtilités d'écriture, les petites choses comme l'enregistrement, comme le jeu dans un solo de guitare ou un son de batterie. Je suis passionné par ça, et je suis conscient que c'est tout à fait différent de la scène, c'est une autre chose, mais les deux sont des succès pour moi. Par exemple, l'autre jour, on a joué une chanson un peu différemment de d'habitude et tout à coup, les gens se sont pris à l'histoire et ont commencé à vraiment rigoler sur des phrases alors que c'était en anglais et qu'on jouait en France, et ils applaudissaient quand il y avait quelque chose de marrant. Ça, c'est pour moi vraiment un succès parce que voilà, il y a quelques années, je pensais pas pouvoir faire une chanson de dix minutes à la guitare et espérer que les gens suivent et écoutent. Il y a un succès aussi quand on a joué devant des publics qui nous connaissaient pas du tout, en première partie d'autres groupes, ou dans un festival où il y a pas un dixième des gens qui savent qui t'es. Tu leur attires l'attention sur des choses qui comptent pour toi et quand ils commencent à bouger sur un rythme qui est important pour toi ou quand ils sont attirés par une parole ou une voix, ça, c'est hyper satisfaisant.

Comment se passe la composition ? Autant sur Mas Cambios que Not on Top, des morceaux font référence aux tournées, aux longs voyages en voiture, mais quand et comment composez-vous : pendant ou après?
David :
Il y a un peu de tout. Moi j'ai déjà écrit des chansons sur la route, dans la voiture ou dans une salle de concert, par contre j'ai jamais vraiment été satisfait des chansons qui y font référence. Les chansons qui parlent de tournée ne finissent en général pas sur les disques, parce que j'ai l'impression que c'est un jeu de miroir à l'intérieur de ton propre truc et ça me ne passionne pas. En fait, on compose plutôt une fois nourris de ce qui s'est passé avant ou après la tournée, des expériences avec d'autres gens, d'autres endroits. Si j'écrivais une chanson genre « putain aujourd'hui j'ai cassé mes cordes et on est arrivés en retard au show », ça ferait peut-être rigoler des musiciens qui me connaissent, mais je pense que ça manquerait un peu de profondeur. Tu peux écrire en tournée mais pas sur la tournée.
Neman : A moins d'avoir de grandes distances comme aux Etats-Unis. C'est aussi un métier dans lequel tu as beaucoup de temps d'attente, tu joues une heure maximum dans la journée et le reste du temps, tu peux faire autre chose, penser, écrire un texte...

Au fur et à mesure des albums, il y a de plus en plus de collaborations, parfois ponctuelles, parfois récurrentes, comme Ben de Cyann and Ben. Comment fonctionnez-vous avec eux ? C'est plus de l'ordre du backing band dans la tradition des 60's, là pour donner de l'ampleur à des compositions que vous avez déjà créées ou est-ce qu'ils font partie du processus de composition, de la même manière qu'ils vous accompagnent en tournée ?
David :
T'as bien défini l'histoire du backing band, c'est exactement ça, ce sont des musiciens qu'on apprécie pour leurs qualités individuelles mais à qui on demande de donner corps à notre chanson selon notre idée. En général, on a des idées précises, surtout pour ce qui est des cuivres à qui je chante des mélodies qu'ils rejouent. Après, on les aime en tant que musiciens donc si le saxophoniste me dit « écoute, là je crois que ta mélodie est un peu trop simple », je vais l'écouter, mais c'est pas un jam genre allez les gars venez on va tenter un truc et après on voit ce que ça donne.
Neman : Disons qu'il y a un côté directif mais en même temps, on choisit des gens dont on apprécie la manière de jouer donc effectivement, on leur dit de faire « comme ça », mais après on les laisse quand même s'exprimer à leur manière.


 

Quand vous composez, vous le faites guitare-batterie ?
Neman :
David écrit les chansons : la guitare et le texte. Ensuite, on réfléchit tous les deux à comment faire cette chanson, on la joue, et après on voit ce qu'on veut faire dedans.

Vous n'enregistrez pas de démo avec les différents éléments pour le groupe ?
David :
C'est ce qu'on a fait pour celui-là, parce qu'on n'avait pas beaucoup de temps, encore moins que d'habitude, dix jours en tout, donc on voulait qu'ils connaissent tout en arrivant le premier jour à l'enregistrement, surtout les filles qui chantaient, qu'elles aient pas les chansons à apprendre au dernier moment pour chanter direct. On leur avait donc envoyé des disques avec les chansons et les paroles.
Neman : On n'avait pas de jour de répétition, dès le premier jour c'était on arrive, on enregistre. On n'avait jamais joué les morceaux ensemble.
David : Au niveau de l'enregistrement, on aime quand ça va assez vite. On aime arriver avec une idée de chanson assez précise et que les mecs soient aussi bons que possible tout de suite. Une vision cauchemar - toute relative - que j'aurais pu avoir par rapport à notre métier, c'est les groupes qui vont composer en studio. Moi, ça me rendrait fou ; bien qu'on soit assez précis et assez sûrs de nous au moment d'aller en studio, il y a quand même des moments de doutes… Si on était tous en studio à composer, moi je deviendrais fou, ça m'attire pas du tout. Pour moi, le studio, c'est le moment où je vais me concentrer sur autre chose, sur ma voix, sur le son, sur ma façon de jouer de la guitare. Sur l'album Switzerland Heritage, on est arrivés en studio et on a commencé à délirer, à vouloir rajouter des trucs, des violons, des machins sur le moment et voilà, en fait, ça m'a pas plu du tout,… J'ai pas envie de refaire ça.

Tu arrives en studio en sachant exactement quels instruments, quel kazoo, quelle guitares, quels sons tu vas utiliser ?
David :
Oui voilà. Je suis très fan de Hitchcock, comme beaucoup de gens, et pour moi c'est sa méthode de travail qui m'attire le plus. Son film, il l'a fini avant de le tourner. Il est écrit, il lui reste juste la vie à mettre dans le film et je trouve que c'est un moment magnifique. Un album pour moi, c'est comme ça.

Millimétré ?
David :
Pas millimétré, c'est de la musique ! Mais si tu veux, le scénario, il est là, je suis pas en train de me demander comment ça va finir quand on commence à tourner.

Donc pour le prochain album, vous avez déjà une idée des gens avec qui vous allez le faire, de ce vous y mettrez ?
David :
On n'a pas l'habitude de se frustrer dans ce qu'on veut faire, en tout cas du point de vue artistique. Si le prochain album on veut le faire à deux, batterie-guitare, c'est pas parce qu'on a des amis très chers qui jouent avec nous qu'on va les mettre sur l'album. On n'a pas pour habitude de faire ça et pour l'instant je trouve ça bien. Si on fait ce métier - enfin, cette passion -, c'est pour ça, pour faire les disques qu'on a envie de faire, les chansons qu'on a envie de faire, les concerts qu'on a envie de faire.
Neman : Et puis voilà, quand t'es avec des gens qui travaillent bien je vois pas pourquoi tu devrais en trouver d'autres. C'est vrai que souvent dans la musique, soit dans les maisons de disques ou justement dans la presse, il y a toujours cette recherche de nouveauté, t'as l'impression que pour chaque disque, il faut changer, ne plus avoir les mêmes gens qui font la photo, la musique, mais je pense que c'est une erreur.
David : Mais c'est comme tout dans la vie, une rencontre peut te changer complètement. Si on rencontre un violoncelliste génial, peut-être que sur le prochain album il y aura du violoncelle. Moi, j'avais toujours rêvé d'avoir des cuivres, surtout sur Mas Cambios, mais on connaissait pas les bons mecs. Not on Top, pareil, j'avais composé tous les morceaux pour et on n'a pas trouvé les gens. Et puis on a rencontré la section cuivres en enregistrant un album pour quelqu'un d'autre, on les a adorés et voilà, tu réalises un rêve comme ça.

Ce prochain album pourra donc avoir n'importe quelle gueule mais finalement vous êtes bien, installés dans votre motif dunien ?
David :
On fera ce qu'on a envie de faire, quoi que ce soit, ça n'exclut rien, mais comme je me connais bien et que je suis assez traditionnel et stable, je ne pense pas que pour le prochain on se retrouvera travestis à faire de la techno, ça m'étonnerait, mais si on a envie de le faire on le fera.
Pierre (attaché de presse) : Ben c'est bien dommage !
David : Bien dommage ? Tu vois depuis qu'on se connaît Neman et moi - on s'est rencontrés il y a 11 ans -, on fait toujours les mêmes disques, on parle de la même chose, il y a des gens qui pourraient trouver ça dommage de pas changer. Mais moi j'aime approfondir les choses.

Qu'est-ce que vous écoutez en ce moment ?
David :
Ce que j'écoute tout le temps là c'est Bo Diddley, en particulier Bo Diddley is a Lover et Chuck Berry - bon je les écoute tous un peu mais en ce moment c'est Fresh Berries On Top et aussi beaucoup John Lennon.
Neman : Et puis sinon les gens qu'on a autour de nous, qu'on aime beaucoup, on écoute énormément les Wave Pictures, on adore le groupe de Dave qui fait les guitares sur notre album, on aime aussi beaucoup les disques de Turner Cody qui est en tournée avec nous qui fait la basse.

Vous vous sentez influencés plus ou moins par la scène qui vous entoure, que ce soit des musiciens que vous allez voir ou ceux avec qui vous travaillez, ou au contraire vous en êtes plutôt distants ?
David :
J'avoue que je suis principalement influencé par deux personnes en particulier, parce que ce sont des amis avec qui je parle beaucoup de ce que je fais - et c'est souvent avec ces gens-là que tu te rends compte de ce que tu as envie de faire. Jeffrey Lewis et Turner Cody. Ce sont deux personnes avec qui on parle beaucoup d'écriture et qui m'influencent parce qu'on peut très bien passer cinq heures d'affilée à parler de pourquoi il faut faire des chansons de moins de 4 minutes ou pourquoi il faut 2 solos de guitare par chanson…
Neman : Et en même temps, les gens qui sont autour de nous ont des personnalités assez différentes des nôtres et au final, la musique est différente aussi donc je pense que c'est plus une influence générale, plus sur les idées que sur le son.

Justement pour rebondir là-dessus, qu'est-ce que vous pensez de ce côté “Herman Dune, pionnier du folk en France” ? Vous sentez une filiation ? Ça vous saoule ?
David :
C'est positif quand quelqu'un dit ça. Si tu commences à être saoulé quand on te dit quelque chose de positif c'est dommage. Mais on ne connaît pas les groupes qui disent ça, donc c'est pas comme si on sentait la véracité de la chose… En tout cas, ça a l'air positif puisque les gens qui disent ça aiment bien ce qu'on fait.

Mais vous, vous ne sentez pas cette figure paternelle du genre ?
Neman :
Je pense pas parce que c'est pas des gens qu'on connaît à qui on a dit ben tiens, peut être que tu devrais faire ci ou ça et qui après ont réussi. On n'a jamais donné de conseils à ces gens qu'on connaît pas, donc on est contents s'ils écoutent nos disques mais on n'a pas fait le lien a priori.
David : Moi parfois je remarque, pas forcément en France, que tel truc, c'est sûrement quelqu'un qui a écouté telle chanson à moi, mais ça me fait plus plaisir qu'autre chose. Mais je me dis pas c'est grâce à nous qu'il y a des personnes qui sont bonnes. Si une personne fait le même riff de guitare que moi, ça va s'arrêter là quoi. Ça ne l'empêchera pas d'être bon ou mauvais selon sa personnalité je pense.

Tout à l'heure, tu parlais de ton envie que ton album puisse être découvert sans connaître les précédents. Pour aller plus loin, comment décririez-vous cet album à quelqu'un qui n'a pas de culture musicale, donc pas de références possibles et qui ne peut pas écouter l'album, pour qu'il arrive à toucher du doigt ce que vous y avez mis ?
Neman :
Pour nous, ce qui compte, c'est chanter nos chansons et à chaque fois qu'on écrit une chanson, ce qu'on met en valeur grâce au texte, c'est la chanson donc moi je dirais : « écoute notre musique si tu aimes les chansons et le songwriting ». Je pense que la musique on la met vraiment au service du texte, on chante vraiment des chansons. Je pense que c'est surtout ça, plus qu'un style.
David : Moi je parlerais des mots et du travail sur les mots, je parlerais… Bon là c'est dur parce que j'ai pas envie d'avoir l'air prétentieux mais je parlerais de ma voix, comment elle sonne à mon avis, si elle est a un côté chaud, ou la façon d'énoncer, d'articuler les mots, je parlerais des rythmes, si c'est entraînant, si c'est calme, doux, je parlerais des guitares, si elles font mal aux oreilles, si elles font des petites mélodies, je parlerais des cuivres sur cet album parce que je trouve qu'il y à des beaux arrangements. Je dirais qu'il y a de jolies mélodies qui viennent de plein d'instruments à la fois et qui se regroupent tous autour d'un texte, ou de mots qui sont agencés d'une façon travaillée. Après, la qualité, c'est une autre question, mais en tout cas il y a du travail. Tel mot est là parce qu'il va sonner comme ça et l'autre mot qui est derrière est là aussi pour une raison. Et puis la voix, des fois t'essaies de raconter une histoire et d'autres fois t'es dans ton monde intérieur quand tu chantes alors je dirais quelle chanson est faite pour porter les mots avec force et lesquelles sont pour soi-même. Il y a des chansons, elles sont pour toi-même. Et puis parfois, tu penses à l'interlocuteur, tu racontes une histoire.

Certains morceaux m'ont fait revivre des scènes, des envies, comme être assise sur le toit de Mains d'Œuvres à regarder le soleil se coucher sur la tour Panasonic entre le périph' et les puces, d'autres pour moi sentent la poussière et le désert, le vent chaud dans le visage à la fenêtre d'une muscle car, d'autres titres sont comme un matin doux soleil après une nuit avec son aimée. Si vous deviez décrire votre musique en image, en scène, vous choisiriez quoi ? Vous avez ce genre de rapport visuel à la musique ?
David :
Ouais le toit de Mains d'Œuvres, on aimait bien faire ça aussi (le groupe y a été en résidence, ndlr).C'est marrant ce que tu dis parce que c'est le cas avec la poésie en général car puisqu'il n'y a pas d'images, t'as tes images intérieures, c'est super, ça peut être très surprenant. Je connais des gens qui écoutent les Doors et qui pensent pas à la Californie mais ils vont se sentir dans une forêt ou je ne sais quoi. C'est la grande force de la poésie de pouvoir provoquer ça chez les gens, et surtout la chanson parce que ça marche même quand on comprend pas les paroles… Mais je sais pas, parfois, je m'imagine avoir composé un morceau un peu froid, et en fait quelqu'un qui l'écoute va me dire « c'est comme une tornade », je sais pas comment dire…
Neman : C'est vrai bon qu'on aime quand même énormément écouter la musique en voiture (approbation de David, ndlr). Je trouve que c'est vraiment l'endroit idéal pour écouter de la musique, je pense qu'on se visualise assez souvent en train de conduire quand on écoute notre musique. En général, je trouve que c'est un moment où tu es assez attentif, alors que tu fais attention à autre chose puisque tu conduis, mais j'ai l'impression que t'es plus attentif que quand t'es dans ton salon chez toi, t'entends pas les mêmes choses. C'est vraiment un endroit spécial pour la musique.
David : C'est un endroit où t'es patient surtout, c'est ça qui est génial, tu peux réécouter 3 fois la même chanson, t'es pas pressé d'aller faire un truc. Quand quelqu'un me dit « moi, j'adore mettre ce disque en voiture », je me dis que peut-être la personne a compris la même chose que moi dans ce morceau. Quand j'écoute mes disques préférés en voiture, c'est toujours puissance 2.

Et vous, est-ce que vous écoutez vos propres disques au quotidien ?
David :
Ouais ouais. Enfin pas tous les jours, mais oui, moi j'aime beaucoup. Surtout qu'il y a deux aspects quand tu es musicien du disque : il y a déjà les souvenirs du studio - moi je me souviens de la tête de Neman à tel ou tel moment - et puis il y a aussi le fait que quand j'arrive à faire ce que je veux avec une chanson, c'est presque comme si j'étais notre propre public.

Plus rien à rajouter ?
David :
Autant j'ai pas peur à l'idée que quelqu'un écoute mon disque chez lui, autant quand j'imagine des gens qui lisent une interview, je me dis « putain… ils vont peut-être penser que je suis un peu con sur ce coup », tu vois…!

 

Par Clumsy P. // Photos: DR.