Mais Sorrentino aime l’ironie. Cigare à la main, regard vif et amusé, à chaque question, il avait pris le temps de réfléchir, avant de livrer une réponse laconique et définitive, un peu à la façon du personnage interprété par Jean-Pierre Melville dans A Bout de Souffle, apparaissant ainsi comme la version réelle d’un réalisateur mythique d’un autre temps.

 

 

Vous saviez qu’aujourd’hui, les horloges atomiques du monde entier vont marquer une pause d’une seconde pour compenser le ralentissement de la rotation de la Terre ? La journée va durer 24 heures et une seconde.

Paolo Sorrentino : Les personnages de mon film et moi-même, nous sommes contents de vivre une seconde de plus.

 

Youth, c’est une sorte de suite de la Grande Bellezza ?

Pour moi, c’est plutôt l’opposé de la Grande Bellezza.

 

Vous avez prévu un troisième opus ? Centré sur un personnage féminin peut-être ?

Dès que je connaîtrai un peu mieux les femmes, je ferai un film dessus. Pour faire un film, il ne faut pas connaître trop bien les choses, mais il ne faut pas non plus ne pas les connaître du tout. Malheureusement, les femmes, je crois que je ne les connais pas du tout.

 

Dans ce cas, êtes-vous assez vieux pour faire un film sur la vieillesse ?

Oui, puisque je l’ai fait.

 

Que dites-vous à ceux qui vous accusent d’avoir choisi un titre mensonger ? Ceux qui voient dans votre film le déclin, la mort, la dépression, alors que vous l’avez intitulé Youth ?

Pour moi, ce n’est pas du tout un titre qui ment - c’est un titre pertinent car ce qui est central, c’est ce qui se passe dans la tête de mes personnages par rapport à l’idée de la jeunesse.

 

 

Avec le sujet du temps qui passe, est-ce que vous n’aviez pas peur de vous attaquer à une thématique usée ? 

Lorsqu’on s’attaque à des sujets importants, on évvoque forcément des thèmes déjà abordés auparavant. Quelqu’un qui a quelque chose à dire va forcément vers des thèmes qui ont été usés.

 

Les personnages principaux de Youth sont très préoccupés par le déclin et la mort. Vous croyez qu’on aura encore besoin de faire du cinéma si nous devenons immortels ?

Oui bien sûr, on continuera. À une époque, je lisais beaucoup de livres - des études - qui parlaient du besoin irrépressible des gens de raconter des histoires et de créer des univers parallèles. Il y en aura toujours.

 

Puisqu’on parle de vos lectures, est-ce que vous avez accès aux critiques françaises de vos films ?

Je ne lis déjà pas les critiques italiennes alors que je parle italien ; vous imaginez bien que je ne vais pas lire les critiques françaises !

 

Certains critiques reprochent à vos films d’être ostentatoires, voire vulgaires. J’ai l’impression que vous cherchez à montrer le sublime et la grâce, même dans un monde parfois grotesque.

Vous avez en partie raison, mais ces critiques ont raison en partie aussi. Je m’intéresse à la vulgarité et à l’ostentatoire parce que c’est beau. Je suis un peu triste que ces critiques ne l’aient toujours pas compris. Et ils ne savent pas non plus combien de grâce se cache derrière la vulgarité.

 

Est-ce que vous ne seriez pas un peu comme votre personnage principal, interprété par Michael Caine ? En apparence cynique, mais en réalité quelqu’un qui, par élégance, masque sa sensibilité et son humilité derrière le cynisme.

Oui, je pense que le cynisme est une forme de pudeur.

 

Dans le film, certains personnages attaquent la pop-culture et la télévision. C’est vous-même qui parlez à travers vos personnages ?

Non, ce n’est pas du tout mon propos, j’aime beaucoup mon époque, je m’y trouve très bien. J’aime beaucoup la musique pop d’ailleurs. Ce sont mes personnages qui pensent ça.

 

 

Il y  a aussi une réplique au sujet du festival de Cannes. Vous en pensez quoi de ce festival ? 

S’il n’y avait pas le festival de Cannes, je n’aurais pas fait la carrière que j’ai faite. J’en suis très content.

 

Il paraît que vous préparez une série TV pour HBO. Ça prouve que vous ne méprisez pas la télévision...

Oui c’est vrai, on commence dans un mois. Ça me plaît parce qu’on me laisse faire mon travail. A partir du moment où je me sens libre, je peux faire un livre, je peux faire une série télévisée,  une publicité... Je fais peu de publicité parce que généralement on ne me laisse pas faire ce que j’ai envie de faire, mais du moment où l'on me laisse faire tout ce que je sais faire, je suis content.

 

Justement, vous êtes aussi écrivain. Quelle est la différence entre la littérature et le cinéma ? 

On peut exprimer les même choses, mais la littérature laisse place à plus de longueur alors que le cinéma exige la synthèse.

 

Et je crois que vous aimez beaucoup le football aussi. Il y a un lien avec le cinéma ?

Ce sont deux grands spectacles dont on ne sait jamais comment ils vont se terminer.

 

++ Youth sort au cinéma le 9 septembre.

 

 

Propos traduis de l’italien par Olivier Favier et recueillis par Damien Megherbi.