Les bars des musées - puisque je comprends que la photo fait référence à ma chanson du même nom - sont en général assez froids, cliniques, glauques. C’est un peu des caféts' où l'on mange la même nourriture qu’à la cantine, mais en beaucoup plus cher. J’aimais bien l’idée de situer une chanson d’amour dans un tel endroit. Les bars des musées, c’est celle qui va le plus loin dans le déballage d’émotions sur ce disque - ce décalage entre les sentiments intérieurs et ce lieu m’intéressait. C’est marrant que tu me montres cette photo car j’étais au Louvre hier ; ça faisait longtemps que je n’y étais pas allé et je trouvais ça un peu bête, car dès que je voyage à l’étranger, je vais dans les grands musées des villes que je visite. 

 

 

Je te soumets cette photo de Dalida pour le côté drama queen que l’on peut entendre parfois dans ta musique, sur la chanson précitée notamment.

Oui c’est vrai. Mais dans Les bars, ce ne sont pas mes tripes sur la table, ce n’est pas comme cela que je conçois de faire de la musique. C’est aussi beaucoup de fantasme, c’est ambigü, j’aime à la fois certains morceaux très romantiques, mais en même temps j’ai du recul par rapport à ça. J’aime m’approprier des thèmes de la pop music et jouer avec les canons et les formats, c’est tout le propos du disque. Sinon j’aime bien Dalida ; j’ai découvert récemment un morceau d’elle qui s’appelle Je me repose, et qui est hyper drama queen pour le coup. Je ne suis pas insensible à la pop qui tire les larmes ceci dit : j’aime beaucoup Glass Candy et Chromatics, par exemple. 

 

 

Tu as écrit pour La Prohibida, tu as déclaré que l’un de tes endroits préférés au monde est le désert d’Andalousie... tu as un rapport fort à l’Espagne, non ? 

De par mon nom, déjà ! J’aime beaucoup l’Espagne. Je trouve que la France et l’Italie sont assez proches culturellement, alors que l’Espagne est le cousin bizarre. J’aime les grands espaces qui, dans l’inconscient collectif, rappellent vachement les Etats-Unis, le désert américain. D’ailleurs, les western spaghetti étaient tournés là-bas pour des raisons de coût de tournage. Il y a quelques années, je suis allé dans le désert, près d’un parc qui s’appelle Cabo de Gata - il y a eu plein de tournages là-bas, dont Indiana Jones 3. C’est fascinant comme paysage, car on y retrouve le côté désert américain avec des motards, des sortes de Hell’s Angels qui foncent sur les routes... tu sens qu’ils jouent à être aux Etats-Unis - et c’est aussi un endroit un peu désolé. Il y a beaucoup de culture en serres, c’est assez violent, tu vois des réfugiés qui sont là en clandestins, qui sont payés une misère...

 

 

 

C’est un morceau que j’ai sorti sur l’EP qui précède la sortie de l’album, Les vacances continuent. Cet artiste, Dashiell Hedayat, est quelqu’un qui m’a beaucoup influencé. Le fait qu’il ne soit pas trop connu m’a aussi donné davantage envie de lui rendre hommage. C’est quelqu’un qui a très mal vécu de pas avoir été reconnu, il a écrit pas mal de bouquins mais il a fini de manière assez tragique, je crois qu’il s’est suicidé il y a pas longtemps. Ce qui m’intéresse chez lui, c’est que c’était quelqu’un pour qui la musique était un moyen d’expression parmi d’autres. Il a toujours été à la frontière de la poésie, de la littérature et de la musique. 

 

Il est beaucoup question de voitures dans tes chansons de manière générale.

Oui, mais il se trouve que lorsque j’ai commencé le projet Perez, j’avais passé mon permis peu de temps avant. J’avais un certain plaisir à rouler, du coup. La voiture est une figure iconique, c’est un objet pop. Tu vois, je me verrais plus écrire sur une voiture que sur un téléphone portable. La voiture a une puissance d’évocation ; la vitesse, les formes, la sensualité de la voiture ont d’ailleurs été évoquées en littérature chez Ballard, puis après au cinéma avec Crash.

 

 

Sur Les vacances continuent, tu chantes «au bout de chaque autoroute, il y a une plage». Quels sont tes premiers souvenirs de vacances ? 

C’est la campagne, près de Bordeaux. La famille de ma mère avait une maison à la campagne, on y allait quasiment tous les weekends. Donc mes premiers souvenirs de vacances, c’est me gratter après m’être roulé dans l’herbe où je me faisais piquer par des bêtes.

 

 

 

Tu cites la Gare du Nord dans Une autre fois. C’est vrai qu’une gare peut être un décor propice au storytelling.

C’est un sport français que de se poser en terrasse et de regarder les gens. Je me plie tout à fait à cette habitude. D'une manière générale, j’aime les endroits où il y a beaucoup de gens, où il y a de l’animation. J’aimes les lieux de passages et de mélanges : ils inspirent et sont propices au démarrage d’une fiction. 

 

 

Je suis fan absolu de Gena Rowlands et du cinéma de Cassavetes. Je trouve que c’était le seul à donner une pleine place aux femmes dans son cinéma. A la même époque, il y a Godard qui représente des femmes souvent comme des potiches ou qui déclenchent de terribles passions - elles sont en tout cas limitées à des objets de fantasme.

 

Est-ce que l’écriture pour le cinéma est quelque chose qui t’intéresserait ? 

J’essaie d’écrire des scénarios avec un pote. C’est pas évident, car c’est un milieu où il est encore plus difficile de percer qu’en musique, alors quand tu le fais en dilettante, tu ne mets pas les chances de ton côté. Mais j’ai le plaisir d’écrire. J’ai aussi un projet : réaliser un faux documentaire musical. C’est une forme que j’aime beaucoup, notamment celui sur Metallica qui est incroyable. L’idée, c’est de filmer un groupe qui est confronté au fait de devoir retranscrire en musique des œuvres plastiques, et donc qui essaient par plein de stratagèmes d’opérer cette conversion. Ca sera ma première tentative de fiction en images mouvantes ! (Rires)

 

 

Kanye West et sa belle famille ! Oui, je me souviens t’avoir dit que Kanye West est l’artiste actuel qui m’inspire le plus, mais depuis, j’ai changé d’avis. Il a été détrôné par Drake, sa mixtape If You’re Reading This, It’s Too Late m’a totalement retourné. Drake est capable du pire, du plus sirupeux - mais là, il a imposé un truc radical, dépouillé. Il n’y pas d’enrobage, on entend toutes les aspérités... je trouve ça fou qu’un mec qui puisse à ce point s’engouffrer dans un rap / R’n’B très mainstream soit autant dans la recherche.

 

++ La page Facebook et le compte Soundcloud de Perez.

++ Saltos, le nouvel album de Perez, est sorti le 2 octobre.

++ Perez jouera à La Maroquinerie le 2 novembre prochain.

 

Sarah Dahan.