D’où ça vient ce nom, Scale ? C’est quoi le rapport entre la scénographie et les échelles ?

Joachim Olaya : Quand on a fondé le collectif, on voulait un nom simple, un mot efficace, anglophone (ou pas, mais bon, anglophone c’est plus simple pour tout le monde). «Scale», c’est un mot très utilisé dans le graphisme et la création d’images, tout comme en scéno : on parle d’échelle pour agrandir ou réduire des images… Et scale, ça veut aussi dire gamme de musique en anglais (ainsi que balance ou écaille, ndlr). Comme on est à cheval entre production scénographique, visuelle et production musicale, c’était un bon moyen de lier les deux environnements. Donc voilà, Scale. Et pas «scâle» prononcé à la française - y’en a beaucoup qui disent ça.

 

 

Tu en es le directeur artistique, ce qui consiste en quoi ?

Je suis directeur artistique juste sur le projet Paris Musique Club, en fait ! On essaye de garder l’esprit de collectif jusqu’au bout : on n'est pas une société et il n’y a pas de dictateur. La hiérarchie y est modulable en fonction des projets. Il y a des projets auxquels je n’ai pas participé, et certains où ce sont d’autres qui se sont retrouvés directeurs artistiques. C’est vrai que comme je suis un peu à l’initiative de l'ensemble, je me retrouve plus souvent en ligne de mire et sur le front que les autres, et là, sur un événement aussi gros que Paris Musique Club, il fallait hiérarchiser un peu. A la base, c’est une idée de potes en fait ; on s’est rencontrés à l’école, on a tous fait des études dans la communication, l’audiovisuel, le graphisme, la musique, etc. et on a travaillé dans des agences de com’, dans la pub, moi plutôt dans le spectacle : bref, des environnements périphériques de l’image. On était tous fans de musique, et un jour, on s’est rendu compte que sur scène, ça manquait parfois de production de qualité. C’était à un concert de Guns ’n Roses, je me rappelle ! (Rires) Il y avait énormément de moyens, et pourtant... c’était dégueulasse. Y’avait des images de femmes à poil et de formule 1... enfin c’était pas possible, quoi. Depuis ce jour-là, on s’est dit qu’il fallait qu’on aide les artistes qu’on aime bien avec de bonnes productions scéniques. On s’est fédérés de cette sorte, on garde tous nos activités individuelles à côté.

 

Comment fais-tu pour convaincre tes premiers clients quand tu fondes un collectif de telle nature ?

On a eu beaucoup de chance, et on en a toujours eu. Peut-être aussi qu'il faut croire que ce qu’on fait, c’est pas trop naze, parce qu’on nous a toujours appelé ! Le premier projet du collectif, c’était en 2010 à la Gaîté Lyrique, juste après l’inauguration, pour une création de vidéo à 360° interactive avec la musique de Carl Craig et Francesco Tristano. Depuis le début, on sait avec qui on a envie de travailler. On n’a pas trop le temps de chercher des clients parce qu’on est pris par nos boulots respectifs, on ne vit pas de Scale et on a même refusé beaucoup de choses sous le nom de Scale, qu’on a du coup réalisées sous d’autres noms. On va aussi pas mal profiter de l’exposition qu’apporte un lieu comme la Gaîté, donc on se fait repérer... Ce qui est cool avec Paris Musique Club, c’est qu’on ne fait pas simplement de la scène : on expose nos trucs, et c’est la première fois que des artistes travaillent pour nous. Arnaud Rebotini nous a composé quelque chose pour l'une de nos installations par exemple, c’est très cool et ça change un peu - pour une fois, c’est nous qui sommes en haut de la pyramide ! (Rires)

 

 

Qu’est-ce que vous nous préparez pour le Paris Musique Club ?

Paris Musique Club, c’est l’événement qui regroupe l’exposition qu’on fait + les concerts et autres activités périphériques de l’exposition. Ou l’inverse, c’est l’expo qui est une activité périphérique du reste ! (Rires) Bref, on a travaillé selon des thématiques plus officieuses qui sont la musique augmentée par le visuel - donc établir des liens étroits entre l’aspect visuel et la musique - et rendre visible l’invisible ; une image, c’est visible, le son non. Et évidemment, la thématique de Paris. Pour détailler, on développe six installations complètement sur mesure et originales :

 

- Une où l'on transforme la petite salle de la Gaîté Lyrique en une vidéo immersive. On a produit pour l’occasion 4 films qui vont être joués en boucle et interactifs. Il y’a des films très graphiques, d’autres complètement tournés. On en a fait un en collaboration avec Jean-François Rauzier, qui est un photographe spécialisé dans l’hyperphoto, c’est-à-dire la photo à très haute résolution.

 

 

- Une autre installation, c’est un sol d’instruments de batteries, de caisses claires, de toms etc. qui seront joués par un robot et commandés par le public, qui va pouvoir danser sur des dalles interactives et ainsi déclencher des séquences. Ces séquences seront mappées en vidéo aussi.

 

 

- Il y a une installation, plus philosophique, autour du Boléro de Ravel, qui est une pièce emblématique et aussi la plus jouée dans le monde. On va produire une sculpture qui va faire 4 mètres sur 2,5 de haut et on va projeter, grâce à un mapping vidéo assez complexe, la partition du Boléro. Ça donnera au final l’image sonore et l’image visuelle de la pièce, ce qui est assez cool.

 

 

- Résistance, c’est une installation avec un piano modifié et mécanisé. Les gens appuyent sur des boutons et ça remixe de façon acoustique et en live la composition d’un pianiste avec lequel on travaille. Tout ça se propage dans une sculpture en led qui va faire 10 mètres de long par 3 mètres de haut et 7 mètres de large. C’est un dispositif à la fois lumineux, acoustique et interactif.

 

- Terminal, en collaboration avec une équipe de l’IRCAM, c’est un couloir lumineux. On rentre et on ressort quelques mètres plus loin. On diffusera dedans une musique originale de Chloé, et le public va pouvoir se connecter avec son téléphone sur un réseau WiFi propre à l’installation. Ton téléphone interagit avec la lumière et la musique et des sons se propagent de téléphone en téléphone.

 

- La dernière installation, c’est le mur de 21 mètres au dessus de la petite salle de la Gaîté. C’est une fresque vidéo très graphique, mais pas interactive pour le coup.

 

 

J’ai vu que Chloé (Thévenin, célèbre DJ, ndlr) avait déjà fait quelque chose d’à peu près similaire avec l’IRCAM à l’occasion de la Fête de la Musique, non ?

Exactement, c’est la transcription d’un concert sur lequel je travaillais en tant qu’ingénieur du son, l’un de mes quatre métiers. (Rires) C’était un projet produit de l’IRCAM et du Ministère. On s’est dit que ce projet était assez pertinent pour être retranscrit en tant qu’installation dans un couloir lumineux plutôt que dans une ambiance de concert.

 

C’est quoi vos projets pour le futur ?

Juste après le Paris Musique Club, on va peut-être refaire quelque chose à la Gaîté Lyrique, mais je ne peux pas trop en parler parce que ce n’est pas encore confirmé. Pour nous, cette expo est un bon moyen de savoir si nous préfèrons plutôt rester du côté de la scène ou développer des installations et des expositions. On a peut-être un nouveau projet avec Agoria, de nouveaux clips... mais rien de très bien défini, parce que l’exposition actuelle va durer jusqu’en mars 2016, et c’est un gros chantier ! Après janvier, elle se déplacera un mois à Montpellier, puis ailleurs encore, donc on a du boulot pour toute la saison.

 

 

Vu comme ça, vous êtes sûrement des geeks, alors quels sont vos derniers coups de cœur de geeks ?

Oui, on est forcément des technophiles vu ce qu’on fait. Mais c’est bien et c’est pas bien. Parfois, je me demande si tout ça n’est pas un peu facultatif : ce qu'on réalise peut desservir un discours musical par exemple, et les artistes ont-ils toujours besoin d’être augmentés ou accompagnés par des dispositifs ? On est assez sensibles à cette question ; il nous faut être sûrs que ce qu’on produit ne soit pas trop démonstratif. Il faut qu'une installation reste discrète et dans les limites du sujet. En ce qui concerne mon dernier coup de cœur... J’essaye de parler pour tout le monde, donc je dirais qu’on aime ce concept qu’un robot tape sur des caisses claires. C’est rétro-futuriste en quelque sorte : ça mélange la peau des tambours, qui est naturelle, à un mouvement mécanique créé par un robot.

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Scale.

++ Paris Musique Club aura lieu du 24 octobre au 31 janvier à la Gaîté Lyrique, avec les collectifs antinote • barbi(e)turix • born bad records • brut pop • clekclekboom • collectif mu • infiné • in paradisum • mawimbi • potemkine • sonotown • la souterraine.

 

 

Tibo Vincent-Ducimetière.