Ces dernières années, tu as été occupé : tu as sorti plusieurs albums, mais qui n’ont pas vraiment eu l’occasion de se faire entendre. Pourquoi ? 

Jimmy Somerville : Je n’étais pas sur un label, je faisais de la musique et je la sortais comme je pouvais, voilà quoi. Je cherchais à rester créatif mais je n’étais pas dans un bon mood, j’avais beaucoup de problèmes personnels. J’essayais juste de rester connecté à la musique mais ce n’était sans doute pas le meilleur résultat que je pouvais fournir.

 

Tu as d’ailleurs dit que cet album est le premier depuis longtemps que tu peux écouter avec fierté…

Oui, absolument, du début à la fin. Je suis heureux du résultat, alors que pour les albums précédents, je n’arrêtais pas de me dire que j’aurais dû faire les choses différemment.

 

Tu vois cet album comme un nouveau départ ? 

Cet album représente où j’en suis personnellement dans ma vie aujourd’hui. Il représente mon évolution personnelle, comment j’ai dû reprendre le contrôle sir ma vie. J’avais des problèmes d’addictions qui ont donné lieu à des problèmes psychologiques, c’était un cercle vicieux. Après avoir dépassé ces problèmes, une certaine clarté est apparue dans ma vie - j’étais clean dans tous les sens du terme, et cela m’a permis de faire de la musique comme je le souhaitais.

 

 

Ton album Homage est d’ailleurs un hommage à la disco. Etais-tu un clubber, plus tôt dans ta vie ? 

Oui, j’ai commencé à sortir très jeune, vers 15 ans ; j’aimais tellement la musique, et puis c’était surtout une façon de m’échapper de ma vie, de vivre une autre vie. Plus tard, j’ai fréquenté les clubs de manière très assidue et très hédoniste.

 

Quels étaient les clubs que tu fréquentais ? 

C’est simple, les clubs qui me laissaient rentrer ! Le problème, c’est que je foutais souvent le bordel, donc on me jetait souvent dehors ! Sinon j’allais bien sûr beaucoup au Heaven et aux Queer Nation.

 

Tu sors toujours ? 

Non, ça fait longtemps que je ne suis pas allé en club. Je préfère ça, car sortir implique probablement consommer de la drogue et de l’alcool et je préfère en rester éloigné. 

 

Même pas pour l’amour de la musique ? 

Ce serait un vrai défi. Si il y avait un club qui s’ouvrait avec un line-up très soulful, dance ou disco, où la musique est mise au premier plan et où je sais que je pourrais danser facilement, alors j’irai sûrement y faire un tour.

 

 

Il y a cet éternel débat provoqué par certains qui disent inlassablement que «c’était mieux avant» : le clubbing c’était mieux avant, le clubbing gay c’était mieux avant... qu’en penses-tu ? 

Je pense que les gens s'imaginent qu’ils étaient plus drôles et plus créatifs à l’époque, mais cela reste de l’ordre de la nostalgie ou du fantasme. C’était juste différent, l’époque était différente. Les gens qui pensent ainsi disent ça car ils sont plus vieux aujourd’hui et parce qu’ils ne sortent plus. Ils restent dans leurs souvenirs et ont presque tendance à réinventer la réalité. 

 

Tu parlais d’échappatoire tout à l’heure : ta chanson Smalltown Boy, qui est d’ailleurs devenu un hymne, a fait figure d’échappatoire pour de nombreuses personnes. As-tu eu, quand tu étais plus jeune, une chanson à laquelle te raccrocher ?

Il y a une chanson d’Amanda Lear sur son album Sweet Revenge, qui s’appelle Follow Me que j’adore. Cette chanson m’a obsédé quand j’avais 11 ans à Glasgow. Ca résonnait avec mes envies théâtrales, grandiloquentes et dramatiques. Et même si ses chansons peuvent paraître un peu vulgaires ou cheesy, on ne peut pas lui enlever le fait que ses paroles sont plutôt malines. Il y a une chanson qui s’appelle Intellectually qui dit «we should meet intellectually cause all the rest is biology», je trouve ça formidable ! J'aime beaucoup Amanda Lear, d'une manière générale. 

 

Ton album est assez disco ; que penses-tu de l’album Random Access Memories de Daft Punk ? 

Je l’ai écouté mais il ne m’a pas trop touché, je trouve qu'il fait trop pastiche. Techniquement, il est très bon, mais il ne m’a pas touché outre mesure.

 

 

Tu es toujours impliqué dans des causes LGBT ?

Oui, mais moins que par le passé. Mais si je peux y contribuer par le biais d’événements caritatifs, je le fais, bien sûr. Récemment j’ai participé à un événement caritatif à Vienne. Grâce aux bénéfices, les organisateurs ont pu ouvrir un refuge pour de jeunes gays et lesbiennes, et ça me touche beaucoup. J’aime participer à des choses pareilles. Je préfère m'engager pour ce genre d'objectifs, qui touchent concrètement la vie des gens et qui ne sont pas récupérés idéologiquement par les politiciens. 

 

Il y a un gros retour de la bigoterie ces dernières années suite aux débats qui fleurissent un peu partout concernant le mariage gay, qu’en penses-tu ? 

Ca ne m’a pas surpris, j’ai même plus été choqué que ça surprenne les gens. Pour la plupart des gens, un mariage c’est un homme et une femme qui s’unissent dans le but d’avoir des enfants ; pour eux, c’est donc un choc qu’on ouvre cela aux gays, d’où leurs réactions hyper-violentes et insultantes. Mais peu à peu, ça va devenir la norme et plus personne ne sera choqué. Il ne faut pas oublier qu’à une certaine époque, les gens pensaient que la Terre était plate ! (Rires)

 

 

Y-a-t-il des gens qui te vouent un culte et qui te suivent depuis le début ? 

Chaque été en Angleterre, nous avons deux festivals, Rewind et Reload, qui font jouer des groupes des années 80. Et donc je participe à ces festivals, et c’est un contexte assez étrange car les gens viennent te voir pour se rappeler des souvenirs, de leur jeunesse notamment. On a alors un peu l’impression de faire partie de la B.O. de la vie des gens. J’aime cette idée. Et les gens me témoignent beaucoup d’affection, ils me disent que Smalltown Boy les a aidés, c’est assez fort. En réalité c’est bien plus qu’une chanson, c’est un cri du cœur. 

 

D’ailleurs, c’était assez osé à l’époque j’imagine de sortir une chanson comme celle-la, non ? 

C’est marrant car à l’époque, certaines personnes au sein-même de la communauté gay ne l’aimaient pas : certains ne souhaitaient pas qu’une voix s’élève et parlent d’eux, de la réalité d’être gay. Ca n’avait pas été fait jusqu'alors, donc l’accueil a d’une certaine manière été violent de tous côtés. Nous étions trois jeunes hommes gays et on l’affirmait dans cette chanson, et ça n’a pas plu à tout le monde - mais pour nous, c’était une démarche absolument naturelle. Aujourd’hui, ce n’est plus ma chanson à moi : elle appartient au public.

 

 

++ Le site officiel et lpage Facebook de Jimmy Sommerville, et les sites des festivals Rewind et Reload.

++ Homage, le dernier album de Jimmy Sommerville, est disponible ici.

 

 

Sarah Dahan.