C’était le bordel, le gros bordel, dans les studios qu’occupent les Birdy, non loin du quartier des fusillades, dans le haut de République. Les artistes Bobmo et Surkin y enregistrent aussi, dans des locaux aménagés à leur guise. Pour le rangement de leur partie, les BNN ont opté pour la solution de la superposition : une enceinte sur une platine sur une boîte de platines sur un synthétiseur sur une moquette donnée en pâture à des acariens surnuméraires, avec, au milieu de la pièce, le seul objet dégagé : le grand ordinateur contenant l’album que personne n’a pu encore écouter d’une traite car au moment où j’écris ces lignes, le boulot n’est enore pas fini.

Little Mike : «Ha donc il faut te faire écouter ? Bon OK. Alors les gars, qu’est ce que je lui fais écouter ? Bah… Tiens voilà le prochain clip, Dance or Die, déjà.»

Si les Birdy Nam Nam s’émancipent d’un coup en enregistrant leur premier album sans DJ Pone après leur divorce en 2014, et en fondant leur label Zipette Island, ils découvrent en même temps les joies des calendriers promo : ils n’ont pas vraiment prévu d’écoute. Alors on se mate le prochain clip : les pérégrinations d’un psychopathe qui étrangle des femmes dans la nuit d’une ville d’Asie. La vidéo de Dance or Die a été mise en ligne une fois puis... immédiatement retirée, suite aux événements du 13 novembre. Ça non plus, ils ne l’avaient pas prévu.

 

 

PLAY 

Dance or Die, le morceau donc, ressemble à du Birdy Nam Nam post Manual For Successful Rioting, tout comme Can’t Do Me, la première track sortie pour annoncer l’album. Les gros beats ont remplacé le scratch des platines, les rythmes sont plus violents, dans l’image comme dans le son, c’est du Mr. Oizo : de la brutalité diffuse dans quelques effets à la mode. Je n’aime pas ça du tout, question de tempérament. Mais Little Mike passe un autre morceau. Puis un autre. Surprise : ça n’a rien à voir. On écoute un bon tiers du disque et aucun morceau ne se ressemble, ou ne s’apparente aux précédents albums. Mais ? 

Crazy B : «L’idée c’est d’assumer de se jeter pleinement dans des énergies plutôt que de faire des hybrides, ce qu’on faisait plus avant. On reprend des codes de genre, avec des influences qu’on a depuis toujours. Comme un album de Beyoncé, haha.»   

Autre surprise, les featurings. Dance or Die sera le premier album de BNN avec des morceaux chantés et rappés. Dont une performance inattendue de Mai Lan, qui risque de souffler tout le monde. Little Mike : «On avait prévu des espaces pour les voix sur certains morceaux, mais Mai Lan, c’est vraiment le contre-exemple. Ce morceau que tu as écouté, ça devait être sans voix et elle a fait ça.» Sur l’instru sèche et barbare, la chanteuse mitraille couplet et refrain à la M.I.A. comme si un lavage de cerveau lui avait fait oublier l’existence des banjos et des petites fleurs. Les autres invités viennent du rap, le Grenoblois Dogg Master, qui devrait par ailleurs les accompagner avec sa talkbox sur la tournée. Au final, les BNN montrent qu’ils savent manipuler les genres, que ce ne sont pas que des "mecs à platines".

Little Mike : «Depuis Manual For Successful Rioting, on imagine que des rappeurs posent sur notre musique. On disait de nous qu’on s’approchait de la techno, c’était vrai, mais on allait déjà vers des prods avec du chant. Homosexuality, on nous disait que c’était la fusion de Sébastien Tellier et de T-Pain. C’était déjà trap en fait ! On ne nous a jamais vu là où on était vraiment, comme on n’a pas vraiment vu notre ouverture entre hip-hop et électronique.»  

 

 

L’étiquette a la peau dure

Si l'on regarde en arrière, Birdy Nam Nam a toujours été présenté comme un groupe de champions du monde de scratch (ils font premier au DMC en 2002). Du coup, leur musique est toujours commentée «sous le prisme technique, et pas émotionnelle». Little Mike : «On nous présentait comme des petits singes savants. Là, les gens vont découvrir nos morceaux trap, mais on en faisait déjà en 2009.» Le scratch, si on en parle encore, est pourtant loin derrière. «À l’époque, c’était notre quotidien, explique Crazy B, et c’est vrai qu’on s’est acharné, qu’on a porté le truc au niveau de grands festivals. […] Mais aujourd’hui on s’est détaché de ça : dans nos productions, c’est du détail. Il reste le live, où l'on manipule. On n’est pas en midi, on joue ensemble, il faut tomber juste même quand on tape sur des pads.» 


Après toutes ces années à avoir boxé dans diverses catégories, c’est tout logiquement que BNN écope de la malédiction du "fan d’un album". Il y a ceux pour qui Birdy c’était du scratch, et il y a les head bangers excités du Trans Boulogne Express. DJ Need : «On peut comprendre. Si tu as aimé un groupe et que ça change radicalement, tu peux être déçu. De là à ouvrir ta gueule sur Internet, franchement…» Qu’ils dissertent sur ce que le groupe devrait tenir comme ligne, les Birdy Nam Nam continuent de remplir les salles avec un public de vingtenaires. Final : ils s’en foutent des critiques vieillotes sur leurs anciens disques ; leur musique évolue et le public avec. 

 

Aujourd’hui, c’est un nouveau virage que prennent les trois membres du groupe. En s’auto-produisant et en cherchant une licence à l’étranger, ils deviennent des électrons libres qui montrent en un album de correspondances franco-américaines qu’ils sont bien plus que des tourneurs de platines ou des faiseurs de techno. «On écoute du rap français et de la techno, bien sûr, convient Little Mike, mais on préfère le groove, enfin le kuduro ou le baile funk qui apportent une autre vibe à l’électronique.» Pour sûr, leur Dance or Die montrera une nouvelle vibe de la production FR. 

 

++ Le site officiel, la chaîne YouTube et les comptes Facebook, Twitter et Soundcloud de Birdy Nam Nam.

++ Toutes les dates de leur tournée sont ici. Leur prochain album, Dance or Die, paraîtra début 2016.

 

 

Bastien Landru // Crédit photos : WebPromo.