Quand j’ai su que j’allais vous interviewer, j’ai voulu revoir votre premier spectacle, La folie du spectacle, ce qui m’a fait réaliser qu’on m’en a volé le DVD, je suis dégoûtée…

Axelle Laffont : Même moi, je crois que je n’en n’ai pas. A chaque fois qu’on m’a demandé un exemplaire, j’ai donné et au final je n’en n’ai plus pour moi. Et je crois qu’ils n’existent plus. Je dois avoir une VHS dans ma cave.

 

Vous aimez bien vous regarder ?

Jamais ! Mais j’en aurais bien gardé un pour ma fille. Je pense tout de même que ma mère doit en avoir un quelque part.

 

Votre mère en avait pris pour son grade dans votre premier spectacle. Là, c’est votre entourage. Vous dézinguez les «soirées de filles» et les filles super girly qui font manifestement partie de votre entourage - comment l’ont-elles pris ?

Ca fait longtemps que je me plains des diners de filles, donc ça fait bien longtemps que je ne suis plus invitée aux soirées filles ! (Rires)

 

 

Comment l’avait pris votre mère, justement ?

Elle m’avait dit sur le moment que ça allait, mais elle a attendu la fin de mon spectacle pour me dire que ça l’avait beaucoup peinée. Je me souviens que le gimmick de ce sketch, c’était «ma mère, quoi qu’elle dise, quoi qu’elle fasse, elle me fait chier». Et ma fille - qui a 9 ans et qui commence déjà à lever les yeux au ciel quand je parle - hallucine quand je lui dis «quoi que je dise, je vais te faire chier». Du coup ça l’a détendue car elle sait que je sais que je l’exaspère !

 

Il s’est passé dix ans entre la fin de votre premier spectacle et celui-ci. A quel moment vous vous êtes dit que vous aviez suffisamment de matos pour remonter sur scène ?

C’est pas que je n’en n’avais plus, j’ai toujours eu des idées mais je ne voulais pas remonter sur scène. Dans la logique des choses, il faut repartir en tournée, et ce n’est pas vraiment pour me plaire. C’est bien de rencontrer son public de province mais les voyages dans des chambres d’hôtel en solo m’ont paru douloureux et longs. Je n’ai pas non plus très bien supporté la promo lors de mon premier spectacle - on nous fout une grosse pression pour être drôle tout le temps. Il faut aussi savoir que j’ai écrit un film qui ne s’est finalement pas fait, mais que j’ai bossé pendant trois ans ; ça a été une grosse déception, et un gros blocage d’écriture. Je ne voulais pas réécrire un film dans la foulée, donc j’ai réécrit un peu n’importe quoi, comme des sketchs. Et de là s’est tramée l’idée d’un spectacle, mais ça n’a pas été prémédité.

 

 

J’ai pu lire que vous avez également scénarisé une BD il y a cinq ans, de quoi s’agissait-il ?

C’est une maison d’édition qui m’avait sollicitée. Ils m’ont proposé plusieurs choses mais j’avais envie de faire une BD, une BD pour les ados. C'est le tome 1 d'une série qui s’appelle Marny, c'est Ma belle-mère, qu’elle se casse !. Je parlais des familles recomposées et des relations belle-fille, belle-mère.

 

Il y a plein de thèmes très modernes qui sont évoqués dans le spectacle, comme les réseaux sociaux et le narcissisme. Est-ce que vous vous verriez prendre un thème et le développer dans un film ?

J’ai développé un pitch du spectacle, qui se base surtout sur la bande-annonce, cette mère de famille qui se prend pour une super-héroïne.

 

Il y a un côté un peu Woody Allen chez vous, avec un mélange de paranoïa et de résignation. Vous dites quand même que la vie est plus facile quand on est un homme et qu'on est con, c’est dur non ?  

Oui mais c’est vrai ! Je pense que c’est fantastique d’être une femme, nous sommes plus intelligentes - mais dans la réalité, il n’y a aucun intérêt à être une femme. J’ai attendu d’avoir mon âge pour le réaliser mais je le pense sincèrement. Je vais me retrouver avec la ligue féministe mais je pense ce que je dis. Dans la majorité, les femmes sont plus intelligentes et plus fines que les hommes, mais du coup on en chie beaucoup plus.

 

 

Vous n’êtes pas optimiste sur l’avenir de la condition féminine ? Vous ne pensez pas que lorsque votre fille sera une adulte, les choses iront mieux ?

Je ne pense pas. Si elle avait été un mec, la vie aurait été plus facile pour elle, mais bon, comme c’est ma fille, elle est extraordinaire et elle s’en sortira. Mais le décalage perdurera toujours. Il y a une légèreté absolue chez les mecs, ils ne cogitent pas des masses. Bon, je deteste les généralités mais j’avoue que j’en fais ici ! La vie est quand même mieux vécue jusqu’au bout pour eux, chez les femmes c’est plus douloureux.

 

L’humour est un exutoire ?

A mort - et ce spectacle d’autant plus car il est ultra-personnel. J’ai réussi à mélanger ce que je suis vraiment : il y a de la profondeur et de la débilité, du trash sans vulgarité. Ce spectacle me ressemble énormément. Ce n’est pas uniquement un spectacle comique, on y trouve une vraie profondeur ; il y a d’ailleurs une vraie mise en scène, à la fois poétique et ridicule.

 

Vous vous considérez comme comédienne, actrice ou humoriste ?

Les étiquettes me font marrer. Quand j’ai commencé, certaines personnes m’ont dit de ne surtout pas dire que c’est un «one man show», car selon eux, il fallait que ça soit un «spectacle», un «seule en scène» car c’est soi-disant plus classe. Ce sont des codes ridicules. Je suis comédienne, actrice, plein de choses.

 

Qui vous fait rire ?

J’aime beaucoup le comédien français Jonathan Cohen, il me fait rire quoi qu’il fasse. Il m’a d’ailleurs inspiré un sketch. Après, j’aime beaucoup de comiques américains, Kristen Wiig notamment, et j’aime beaucoup Jimmy Fallon et Louis C.K.

 

 

Avez-vous vu le one man show de votre père Patrice Laffont (une partie de la rédaction de Brain avait goûté l’aventure, et s’était enfuie au bout de 10 minutes face à l’anti-jeunisme féroce de Patoche qu’on croyait pourtant hyper-sympa, ndlr) ?

(Sourire gêné). Je vais commander des frites !

 

Est-ce que vous êtes déjà allée à Fort Boyard ?

Non, ca ne m’intéresse pas particulièrement.

 

Même pas pour une teuf privée avec tous vos amis ?

Ah si, pourquoi pas. Mais si c’est pour suer et rien fuser à la télé pour attraper une clé, non.

 

Il y a beaucoup de musique dans votre spectacle (notamment Sunny de Nancy Wilson, Started from the Bottom de Drake) et vous avez d’ailleurs sorti un album en 2010, Toc Toc Toc, sous le nom d'Axelle Laffont In Translation. Comment cela s’est fait ?

L'un de mes frères est musicien, et comme n’importe qui dans le monde, on s’est un jour mis à traduire littéralement des paroles de chansons en fin de soirée. C’était complètement débile, on a trouvé ça drôle et on les a enregistrées. Sur des beats très basiques. D’ailleurs, l’idée n’était pas de me revendiquer chanteuse mais de faire un truc drôle. Il y a donc eu Bisou de Prince, Comme Une Pucelle de Madonna, etc. etc. Comment flinguer les plus belles chansons du monde, quoi !

 

 

Et vous n’avez pas l’envie de faire de la chanson de manière plus «classique» ?

Non, je ne me vois pas chanter de manière premier degré ; avec ma voix, ça ne pourrait être que larmoyant et je n’assumerais pas du tout. Mais j’adore chanter !

 

Vous écoutez quoi ?

Beaucoup de funk, de soul et du rap. J’aime bien Ibeyi aussi ! Elles sont fantastiques.

 

Vous avez d’ailleurs réglé vos comptes avec cette partie deejaying de votre vie, cette époque où l'on vous voyait beaucoup dans les soirées où l’on donne des téléphones portables aussi.

Je ne règle pas mes comptes, mais j’assume de dire que j’ai fait des choses annexes à mon véritable métier pour pouvoir vivre. Or en même temps, j’adore faire la DJette. C’est trippant de faire danser les gens. Donc voilà, moi je n’ai aucune honte par rapport à ça, en revanche, le regard des gens qui font partie du cinéma est terrifiant. Il y a un dédain assez gonflant.

 

 

Vous avez l’air d’être assez active sur Instagram, quels sont vos comptes préférés ?

J’aime bien Instagram, je trouve qu’on arrive à déceler la personnalité d’une personne suivant son fil Instagram, suivant le choix de ses photos et de ses filtres. J’aime le compte de Charles Templon, mon metteur en scène, qui a un Instagram très classieux, il poste de très belles photos. Sinon, quand je rencontre quelqu’un et qu’il se met à me suivre sur Instagram, je le suis en retour par politesse. J’érige des règles comme ça, toute seule, je ne sais pas pourquoi. Il faut légitimer le fait qu’on aime bien une personne en le suivant sur Instagram, c’est bizarre non ? Mais là je suis emmerdée, j’ai remarqué qu’au delà de 500 personnes, je ne vois plus ce qu’il se passe sur leur compte. Donc quoi qu’il arrive, je ne dépasse pas 500 abonnements, ce qui signifie que j’efface des comptes régulièrement, pas parce que je n’aime plus les personnes mais pour pouvoir visualiser ce qu’il se passe dans mon feed !

 

Il semble que vous ayez une certaine facilité à vous balader nue, êtes-vous adepte des randonnues ?

Ah non, je ne connais pas mais ça a l’air drôle ! Ils ont des chaussures quand même ?

 

Oui, tout à fait.

Je ne suis pas du tout exhib’ contrairement à ce qu’on pourrait croire. Mais c’est vrai que mon sketch en tant que miss météo de Canal + il y a quelques temps où je suis nue, en référence à Austin Powers, me colle aux baskets. Alors qu’en réalité, je garde mon haut de maillot à la plage !

 
++ Les comptes Twitter et Instagram d'Axelle Laffont.
++ Son spectacle Hypersensible est en ce moment à l'affiche au Théâtre du Petit Saint-Martin.
 
 
Sarah Dahan.