Pourquoi vous appelle-t-on Shaman ?

Hermann 1er, dit "Shaman" : Mon vrai prénom est Hermann 1er mais je suis, en effet, un shaman-né.

 

«Né». Ce qui implique ? Vous êtes un sorcier ?

On dit que les shamans sont des sorciers, mais en fait, ils savent des choses que les autres ne connaissent pas. On peut donc dire que nous sommes plutôt de grands savants. Et je vais vous dire : ne soyez pas blasé, parce qu'un shaman ne fait pas partie des choses que l'on voit tous les jours.

 

C'est sûr... Surtout en France ou en Europe. Ce n'est pas spécialement une des régions du monde où vous êtes le plus représentés. C'est de famille, le fait que vous soyez shaman ?

Non, ma famille... Ils sont loin de tout ça. C'est quelque chose qui est tombé sur mes parents et qu'ils ne croyaient pas ; qu'ils ne supportaient pas, même... C'était dur pour eux. Ils m'ont mis à part parce que je suis un cas et vous ne pouvez pas vous en rendre compte en si peu de temps ! (Il rit fortement

 

 

On va quand même essayer... Comment exercez-vous en tant que shaman ? 

Et bien les gens, des passants, viennent me voir et je leur donne - comment dirais-je - je les soulage ! Je guéris très peu de personnes en fait ; ce que je fais, c'est géré. Je ne veux pas trop en faire pour ne pas attirer l'attention sur moi. Donc, je gère. C'est subtil, quoi... Sinon, je serais envahi ! Mais ce que je cherche à atteindre avant tout, toujours, c'est le bien de l'autre.

 

Mais qu'est ce que vous avez eu l'occasion d'accomplir, par exemple ? Qu'est ce qu'on vous demande de soulager en particulier ?

Ça dépend, ça dépend ! Les gens ont plein de merdes, vous savez. (Rires)

 

Des problème de santé par exemple, ou sentimentaux... ?

Souvent, ils ont des problèmes de maladies ou autres. Mais, comme je vous le dit, je gère. Je donne un mieux. J'en soulage deux ou trois, mais je ne cherche pas spécialement à guérir. Même s'il peut y avoir des gens qui finissent par guérir, ce qui est normal. C'est aussi parce que je suis «Shaman-Roi». 

 

«Shaman-Roi», c'est à dire ?

Quand un shaman à besoin de moi - pas un charlatan, un véritable shaman - et il y en a très peu vous savez sur cette Terre... Quand ces shamans ont des difficultés : des guérisons difficiles, disons ; et bien je suis convoqué.

 

 

Ils viennent vous voir, et que vous demandent-ils ?

Non, ils ne viennent pas physiquement. Ils me «contactent» pour que je les aide, par l'esprit. Mais je ne suis pas là pour arranger les gens. Si tu veux quelque chose, il faut te donner la peine. Du coup, il y a des tas de gens très différents qui viennent me voir : des biologistes autant que des ouvriers. Des petites mamies comme des enfants. Les enfants, ils sont toujours ici ! Leurs parents s'inquiètent un peu au début puis ils les laissent venir. Les enfants m'adorent, ils m'apportent des cadeaux. J'en ai sauvé un récemment qui avait des idées de suicide. Il a trouvé ici un endroit où il pouvait s'exprimer sans avoir ses parents sur le dos et j'ai pu le sortir de cet état. 

 

Vous êtes, du coup, apprécié...

Je suis connu mais je ne cherche pas à faire de la publicité. Je vis sans argent, sans rien, je ne touche aucune aide de l’État. Je suis contre ces associations qui viennent sans arrêt me demander si je n'ai pas besoin d'aide, qui veulent me donner des vêtements, me reloger... De toutes façon, je peux vivre plusieurs jours sans manger. Le Shaman n'a également jamais froid. Vous me voyez habillé là, comme ça, mais c'est une question de saison, de goût. Parfois il y a de la glace dehors, des conditions très difficiles mais je n'ai pas froid. Et puis il y a la chaleur humaine. Les gens qui viennent me voir et qui m'apportent un peu de quoi fumer. Parce qu'un shaman ça fume, ça c'est sûr ! Ca et des dons occasionnels de gens qui suivent la tradition que j'aide ou qui me respectent simplement (leurs témoignages ici). C'est tout ce dont j'ai besoin. 

 

Pourquoi avoir choisi le bois de Vincennes pour vivre ? 

Des écrits m'ont poussés à venir vivre ici. Et moi, je suis les écrits. Et puis il y a diverses raisons mais je ne suis pas là par hasard, croyez-moi... Notamment le fait que je ne veuille pas habiter près des gens. Je suis ici où je ne suis pas visible. Si l'on veut me voir, me demander conseil, il faut se renseigner comme vous l'avez fait et finalement oser se déplacer. Des efforts sont nécessaires quand on veut quelque chose, et c'est ça le shaman. 

 

 

On a déjà essayé de détruire ce que vous avez ici, votre logement...

Ce sont des menaces. Pour ça, ils sont très forts mais ça n'aboutit à rien (après renseignement auprès d'une cellule Emmaüs des environs, la yourte de Shaman a déjà été détruite par deux fois en deux ans par la Sécurité de la ville de Paris, puis une nouvelle fois quelques temps après notre visite. Mais Shaman s'est à chaque fois obstiné à reconstruire à quelques mètres de la destruction précédente). Les flics et la gendarmerie sont impuissants donc ils ont mis la sécurité de Paris sur mon dos, mais ils n'ont aucun pouvoir. Juste celui de me mettre des contraventions qui ne portent pas de nom. Ils m'en ont donné une trentaine. J'en ai fait une guirlande pour la décoration extérieure de la yourte mais la pluie et le vent les emportent, alors... 

 

Quel âge avez-vous ?

Ah, je suis très vieux ! Rien que mon nom : Hermann Ier pourrait vous laisser entendre que je suis d'un autre temps. D'un temps où une certaine forme de noblesse existait. Mais je remonte à plus loin, j'ai même assisté à la formation de la Terre. J'ai vécu à d'autres époques, mais j'étais différent. On peut me retrouver, dans ma famille, jusqu'à plus de 350 ans en arrière, mais sous d'autres apparences. Parce que le shaman a aussi le pouvoir de changer de corps. Comme je dis, de «robes». Je peux être Noir, Chinois, Blanc. Je peux avoir d'autres titres... 

 

Et à quoi ressembliez vous dans vos précédentes «robes» ?

Vous me voyez aujourd'hui. Je suis un peu basané avec mon accent créole, et bientôt je serai totalement différent... Mais cela ne sert à rien de vous en raconter plus parce que vous n'allez pas accepter ce que je vais vous dire. Mais si je dois parler, je dirais que je suis une «force». Vous ne pouvez pas imaginer, mais l’État, lui, sait que ça existe, que je suis là. Quand je parle à un journaliste comme je le fais là, je suis visible. Mais, sinon, je reste caché. Sauf à ceux qui ont la foi. Eux peuvent comprendre. Quand on ne l'a pas, on va rechercher des preuves dans le passé, chercher midi à 14 heures, parce qu'on aime faire parler les morts, se baser sur le passé. Mais moi je suis là et je suis bien vivant. Et, forcément, ça perturbe un peu. Bref je ne sais pas si ce que je vous ai dit vous a vraiment plu... Mais en tout cas, dites-vous bien une chose. Les extraterrestres existent réellement. Portez vous bien !

 

Yves Le Corre // Illustrations : Frédéric Lopez // Remerciement à Romain Champalaune pour son aide précieuse.