Lors de la contre-chronique de concert que vous aviez livrée à Brain il y a un an, vous aviez évoqué la possibilité de refaire votre garde robe chez Eurodif. Est-ce arrivé ?
Camille : Chez Eurodif c’est compliqué quand même. Je crois qu’il n’y en a même plus à Metz.



Alors avez-vous récupéré des fringues lors de votre photoshoot choc, chic et chaud avec Hedi Slimane pour Saint Laurent ?
Camille : Oui, on a pu par la suite faire un tour dans son showroom et emprunter des vêtements. Mais on a vite arrêté car on s’est rendu compte qu’on ressemblait à des pingouins. On se sentait un peu engoncés, même si c’est hyper-beau.
Vincent : Ses mannequins sont méga-maigres, tu ne peux pas rentrer dans un jean en fait.
Benoît : En tout cas, c’était hyper-cool de faire ça avec lui, c’était un honneur. La manière dont on joue et on se tient fait qu’on s’en fout de ce qu’on porte en fait, on n'est pas vraiment dans l’entertainment. Certaines personnes ont un talent fou pour faire cela, mais ce n’est pas vraiment notre délire à nous.

Ceci dit, vous avez l’air de vous intéresser à la mode quand même ?
Benoît : Oui, on aime bien se saper mais on est plus jeans / Doc Martens que Saint-Laurent. Mais c’était une chouette expérience.
Camille : Nous sommes allés à Los Angeles pour faire les photos, donc c’était dingue.
Benoît : La mode n’est pas spécialement liée à notre projet. Ça n’a pas la moindre chose à voir avec notre musique. Ceci dit, on aime bien Christophe, qui fait des références à la sape dans ses chansons. Mais chez lui, c’est davantage une histoire de style que de mode.

Grand_Blanc_Num_8©Philippe_Mazzoni

Dans la contre-chronique, vous évoquiez ce chef-d’œuvre du cinéma français qu’est Taxi ; est-ce que vous êtes émus de sortir votre album dans le même laps de temps que celui de Samy Nacéri ?
Vincent : Mais oui, c’est vrai ! Très honnêtement, je suis hyper-content !
Camille : Sur Facebook, on a un groupe secret où il y a des gens de Grand Blanc et d’autres personnes, il s’appelle Grand Lol et on l’alimente beaucoup en conneries. Le dernier post que j’ai fait concernait d’ailleurs l’album de Samy Nacéri.

Le disque est plus sombre et plus électronique que votre EP. Comment expliquer cette évolution de votre son ?
Benoît : Exact, il est plus sombre mais moins froid. On se déplace dans la palette de la noirceur. On avait fait un disque assez gouailleur, on gueulait, c’était froid, avec une certaine mythologie de l’Est, d’où nous sommes originaires. On a eu envie d’autre chose pour l’album, c’est une évolution logique. On a toujours les mêmes préoccupations en tous cas. Il y a une certaine question existentielle dans notre musique, des textes fragmentaires, des images en crise. On voulait cependant aller dans un registre plus énergique. C’est la nuit éclairée, cet album.



Sur la chanson Disque Sombre, il y a une vibe très Bernard Lavilliers, sur son duo avec Nicoletta. Et votre amie de label Fishbach a également repris Lavilliers - c'est une prérogative de votre label Entreprise de remettre ce monsieur à boucle d’oreille au goût du jour, ou quoi ?
Benoît : Non ! Ils peuvent essayer de nous orienter mais ils n’y arriveront pas. On s’entend hyper-bien avec notre label, on est super libres sur la D.A. Au contraire, ils sont riches de conseils. Les prérogatives du label, c’est de produire des disques et ne pas uniquement se concentrer sur les relations presse.
Vincent : Ils ont du nez, ils ont quand même produit le premier disque de La Femme et ont signé de supers groupes aussi.

GB-14©Camille_Picquot

Vous parliez de questions existentielles et de quotidien au sein des chansons de Grand Blanc : je me demandais si un groupe comme PNL qui traite vachement de ça, vous parle ?
Benoît : Oui, ça nous parle beaucoup.
Camille : Quand on les a écoutés, je pense qu’on s’est demandés comme beaucoup de gens s’ils étaient des génies ou des abrutis.
Vincent : J’adore leurs prods. J’aime les choses assez downtempo et deep, c’est assez nouveau dans le paysage du rap français.
Camille : L’usage un peu trop fréquent de l’auto-tune me gêne un peu quand même. J’ai l’impression que ça nivelle par le bas pas mal de choses.
Benoît : En vrai, il faut une bonne paire de couilles pour faire des refrains avec "ohlala" avec de l’auto-tune.
Vincent : J’aime aussi leur utilisation du silence, et comment ils peuvent laisser en suspend des phrases. C’est assez bien fait.
Benoît : J’ai lu un article sur le rap dépressif. Ca parlait d’Orelsan et d’autres. La dépression touche désormais le rap. Il y a eu le rap social, ensuite le rap ego-trip, kalash-j’ai-une-grosse-bite-et-de-l’argent, et maintenant un rap un peu weird et dépressif. C’est un rap du quotidien pourri, qui raconte une petite défonce en solo, triste. Au moins ça change, quoi.

Vous avez pas mal tourné depuis vos débuts, en quoi vous-êtes vous améliorés ?
Vincent : Quand on a débuté, on a découvert les synthés ; du coup on en foutait partout, on avait trois couches de synthés. Aujourd’hui, on essaie d’avoir plus d’instruments, plus de jeu sur scène.
Benoît : On a appris à mieux jouer, à chanter.

Grand_Blanc_Num_6©Philippe_Mazzoni

Je suis allée faire un tour sur les comptes Instagram que vous suivez. J’y ai trouvé Adèle Exarchopoulos. Est-ce à dire que vous vous êtes réconciliés avec La Vie d’Adèle ? Quand on s’est vus il y a presque deux ans, vous m’aviez dit ne pas avoir aimé le film.
Camille : On est plusieurs à avoir les identifiants d’Instagram, et je pense que notre batteur Luc est le plus actif d'entre nous sur le site. Et il aime bien suivre les jolies filles !

++ Retrouvez Grand Blanc sur leur site officiel, leur page Facebook et leur compte Soundcloud.
++ Leur album Mémoires Vives est dans les bacs depuis le 19 février 2016. Ils seront en concert à la Maroquinerie le mardi 15 mars. Retrouvez toutes leurs dates ici.