Quand j’ai dit à des amis hier que j’interviewais Pony Pony Run Run aujourd’hui, on m’a répondu «ah oui, les mecs de Hey You». Alors forcément, je me pose la question : ne vivez-vous pas dans l’angoisse permanente de finir par devenir le groupe d’un seul tube ?

Gaëtan : Honnêtement, je suis déjà bien content d’avoir eu un morceau qui a fonctionné aussi bien que Hey You ! Ça a été un accident plutôt heureux. Avant ça, on était vraiment un groupe de base, le genre qui tournait en van, qui mettait ses morceaux sur MySpace, qui dormait sur des tapis poussiéreux et à qui on donnait du cassoulet en boîte quand on faisait des concerts. J’exagère à peine. Et puis au moment où l’on a commencé à se poser de vraies questions sur le groupe à force de perdre de l’argent, on a été repéré par un label (3ème Bureau, chez Wagram), via MySpace justement, où l’on postait beaucoup. Le premier album d’ailleurs était un peu une compile de tout ce que l’on avait composé et enregistré pendant toutes ces années. Hey You a alors eu son succès, qui nous a permis de travailler dans des conditions de fous, de rencontrer plein de gens, et surtout, de continuer à faire ce que l’on aime sans pression.


Vous avez déjà pensé à ce que serait votre vie si ce single n’était jamais sorti ?
Gaëtan : Je suppose que l’on aurait continué à faire la musique que l’on fait, mais forcément à une toute autre échelle…Personnellement c’est la seule chose que je sais faire de toute façon, alors je préfère ne pas trop me poser la question.

Daniel Radcliffe, lui, ne s’est jamais vraiment remis du succès d’Harry Potter...
Gaëtan : Ah oui c’est vrai, on aurait pu ne jamais s’en remettre ! Ceci dit, Daniel Radcliffe, je l’ai vu dans un autre film l’autre fois, c’était pas mal. Puis de toute manière de notre côté, on n’a jamais vraiment cherché le succès. On s’en fout d’être reconnu dans la rue. Tu vois, on n’apparaît quasiment jamais dans nos clips par exemple, on n’a jamais vraiment incarné le projet. On n’a pas de problèmes d’égos mal placés.
Amaël : Ça doit faire partie de notre caractère aussi. Y a des gens - et particulièrement dans la musique bien sûr - qui font absolument tout pour être connus, ne serait-ce que dans la manière de se comporter socialement parlant... Nous, la seule chose qui nous intéressait, c’était de pouvoir partager notre musique, pouvoir voyager grâce à elle... des choses simples, en fait.

Voyage Voyage, je ne sais pas pourquoi, mais je suppose que ce n’est pas une référence à Desireless.
Gaëtan : Bon, on ne peut pas dire non plus qu’il n’y ait absolument aucun clin d’oeil à Desireless... Il y en a forcément un à un moment : on utilise quand même le même titre que son hit principal ! Mais au-delà de ça, ce titre a un vrai sens pour nous. Déjà, on s’appelle Pony Pony Run Run. Avoir un album qui s’appelle Voyage Voyage, ça accentue le côté répétition, on trouvait ça marrant. Il y a une très nette forme d’autodérision là-dedans. Dès qu’on le fait remarquer ça tu vois, ça me fait rire...
Amaël : Avant d’appeler l’album comme ça, chaque morceau portait le nom de la ville dans laquelle il avait été composé.
Gaëtan : Oui, mais comme j’ai pas mal composé en Islande et au Groënland, les noms sont vite devenus imprononçables !

C’est un peu ce qu’avait fait Turzi avec son deuxième album - B -, où tous les morceaux portent le nom d’une ville commençant par la lettre «B»…
Gaëtan : Ah ben écoute, si Turzi l’a déjà fait, on a bien fait de ne pas le refaire !

Vous avez quand même gardé un de ces titres du coup, puisque la 9ème track s’appelle Berlin.
Gaëtan : Elle s’appelait Hossegor IV à la base ! Mais on l’ a appelée Berlin parce qu’elle parle de Berlin. Ceci dit, on l’a donc composée dans le Sud-Ouest, pas en Allemagne !

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Voyage Voyage, c’est donc une référence à ces nombreux voyages que toi Gaëtan, tu as effectués au cours des dernières années (Groënland, Japon, Belize, Chine, Australie, Islande, Laos, Malaisie, États-Unis, Mexique). C’était des vacances ? Ou bien tu es parti là-bas expressément pour composer ?
Gaëtan : Depuis 2009 - l’année de sortie de notre premier album - jusqu’à 2012, on a fait une tournée non-stop. On a composé le deuxième album en tournée, d’ailleurs. On a eu l’impression, au bout d’un moment, de perdre le fil de tout. Sans pour autant partir en sucette hein, mais tu ne contrôles plus rien. En juillet 2013, on s’est dit qu’il fallait faire un break. Je suis alors parti pas mal en voyage. J’ai bougé un peu partout, sauf en Amérique du Sud. Les voyages, tu l’as compris, c’est un peu mon truc.
Amaël : Et moi, j’ai plutôt profité de ce break pour m’occuper de ma famille. J’ai eu une fille notamment. Un autre genre de voyage...

Tu as donc composé direct sur place, Gaëtan ?
Gaëtan : Oui. Je compose un peu tout le temps de toute manière, mais j’ai aussi bien sûr composé pendant ce long voyage. Parfois des petits fragments, et parfois des chansons entières.

Un mec qui compose de la poésie pense en poèmes. Celui qui bosse chez Topito pense «tops». Pensez-vous en onomatopées ?
Gaëtan : Euh ouais, j’avoue ! Parfois. Enfin, plutôt en «musicalité des mots». Ma manière de concevoir l’écriture des textes se fait au profit de la musicalité. Je pars d’un son qui va faire un mot, et le champ lexical du morceau va venir de là. La vraie base est sonore. Je ne suis pas un homme de textes, mais plutôt de «phrases musicales».

Dans le son, on les ressent, ces expériences. Mais elles sont suggérées - ce n’est pas un patchwork «carte postale» non plus. Pourquoi ne pas avoir davantage insisté sur ces sonorités dans la prod' ?
Gaëtan : Ouais, je vois ce que tu veux dire. En fait, j’ai composé cet album pendant mes voyages, mais je ne l’ai pas fait spécifiquement dans ce but-là. Je ne suis pas allé au Groënland en me disant : «cool, je vais sampler des chants d’Inuits». En revanche, il est clair que je me suis nourri de certains trucs que j’ai entendus pendant ces voyages, mais qui ne sont pas forcément ressortis directs. Genre j’ai pu caler des trucs asiatiques alors que j’étais au Mexique. Le temps de digérer le truc.


Vous terminez par Always the Same, dont on apprend qu’il comprend quelques motifs laotiens. C’était pour la symbolique, sachant que vous êtes d’origine laotienne ?
Gaëtan : En fait, on est allé au Laos pour la première fois il y a quelques années pour un concert de Pony Pony Run Run ! Et avec Amaël, on a fait un tour là-bas et on a rencontré notre famille, qu’on ne connaissait jusqu’alors absolument pas. On a toujours eu un rapport un peu étrange à nos origines. On porte un nom laotien - Lê Ky-Huong - qui nous a forcément toujours identifiés comme originaires d’Asie, mais comme on n'a pas du tout des têtes de Laotiens, ça a toujours brouillé les pistes. Et puis notre grand-père a toujours été quelqu’un de très secret, il ne parlait pas beaucoup de nos origines. Ce voyage a donc été particulièrement symbolique pour nous. Et suite à ce très beau voyage familial, j’ai commencé à réaliser l’importance de tout ça. C’est effectivement un peu pour cette raison que le morceau termine l’album : tu fais le voyage, et au final, tu termines toujours chez toi.

Pony Pony Run Run a 10 ans. Et quand vous en aurez 10 de plus, vous serez où ?
Gaëtan : Parce qu’on est les mecs de Hey You, on fera peut-être la «RFM Party Tour» dans 10 ans ! Puisqu'il y a eu la tournée des yéyés, là, ce sera la tournée des «fin 2000» ! Et ça me ferait bien chier qu’on finisse comme ça, d’ailleurs...
Amaël : Ou alors, on jouera en mode piano/voix dans un bar miteux de Bretagne. C’est une autre possibilité. Bon, mais je ne suis ni pianiste ni chanteur, alors ce serait une certaine forme de progression pour moi...
Gaëtan : Ou alors, et ça en vrai ce serait un rêve, je partirai «nulle part». Dans le sens «au milieu de rien». Dans la nature, face aux trucs essentiels. En me disant «allez, à quoi bon, je me barre». Mais bon - peut-être que si je me retrouve vraiment là-dedans, je retourne à ma vie ordinaire au bout de deux jours !

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C’est marrant de ressentir le besoin de solitude et d’isolement quand on est un groupe de pop qui fait des refrains fédérateurs avec des onomatopées sympas. Je me pose d’ailleurs souvent la question : comment faites-vous les jours où, clairement, ça va pas, c’est le cafard, la vie c’est nul, et pourtant, y a un concert à assurer le soir ?
Amaël : Monter sur scène, c’est toujours un immense moment de bonheur. Mais en général, c’est effectivement juste avant que tu te retrouves au fond du trou. Or pour nous, l’avantage, c’est qu’on bosse vraiment avec des amis. Alors quand t’es pas bien, t’en discutes avec les copains, et généralement, ça va mieux après.
Gaëtan : Oui, mais c’est hyper-intéressant ce que tu mets en avant : c'est vrai que c’est pas si rose le métier de musicien ! C’est surtout du déplacement, des répétitions, de l’attente. Et puis des concerts aussi, bien sûr.

C’est comme prendre l’avion, en fait...
Gaëtan : Un peu oui. Sauf que c’est aussi à toi de conduire.

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++ Voyage Voyage est sorti le 4 mars dernier. Le groupe sera en concert le 17 mai prochain à la Cigale et en tournée dans toute la France dès avril.