Alex, à propos de Last Shadow Puppets, tu as dit au NME que c’était comme si «John Lennon rencontrait Paul». Dans ce cas, qui est qui ?
Alex : Je ne me comparerai jamais aux Beatles, c’est trop énorme pour moi ! Lorsque j’ai dit ça, c’était juste une blague finalement. Cela dit, dans cette situation, je suis clairement John. (Rires).

Ça s’est plutôt mal fini pour lui, tu en as conscience ?
A. : C’est sûr, et, jusqu’ici, je n’avais jamais pensé que je pourrais me faire tuer. Mais maintenant que tu as mentionné sa mort, je ne vais pas arrêter de flipper. Le fait d’être célèbre, ça rend les gens fous. Et il doit bien y avoir quelques personnes plus extrêmes que d’autres. Autrement dit, je vais devoir faire attention. Et toi, tu vas devoir me rembourser mes séances de thérapie ! (Rires)

En fait, c’est surtout une façon pour toi de dire que Miles et toi, vous vivez une sorte de bromance depuis 10 ans ?
A. : Il y a une grande complicité entre nous deux, mais il n’y a rien de sexuel. Lorsque je l’ai rencontré, il faisait encore partie des Little Flames, un groupe avec lequel il faisait les premières parties d’Arctic Monkeys (groupe dont Alex Turner est le chanteur, fondateur et guitariste, ndlr). On a appris à se connaître en tournée et nous sommes devenus de très bons amis. On déconnait bien, on s’est mis à faire de la musique tous les deux et on a remarqué qu’on avait une belle complémentarité, que ce soit vocalement ou musicalement. Depuis, rien n’a changé. Même s’il a visiblement décidé de m’abandonner pour cette interview.

La complicité que vous avez, elle fonctionne comment ? Elle passe par beaucoup de discussions en studio ?
A. : Pour tout dire, on ne se parle pas tant que ça lorsqu’on est en studio. On se connaît tous depuis assez longtemps pour savoir ce vers quoi on veut aller. Et ce n’est pas le cas qu’avec Miles : que ce soit avec Owen Pallett (qui s'occupe des orchestrations, ndlr), qui a bossé avec nous sur les deux albums de Last Shadow Puppets, ou James Ford, notre producteur, qui nous accompagne depuis longtemps avec les Arctic Monkeys, je fonctionne de la même façon avec tout le monde. Tout est donc très silencieux lorsqu’on est en studio. C’est la musique et l’échange d’idées mélodiques qui créent la communication.

Ce disque, vous l’avez enregistré l’été dernier au Shangri-La, un studio de Malibu ayant appartenu à Bob Dylan et The Band qui est aujourd’hui entre les mains de Rick Rubin. Vous l’avez rencontré ?
A. : Non, même pas. Et ce n’est pas parce que c’est son studio que nous avons choisi d’y travailler, mais uniquement parce qu’on vit à Los Angeles et parce que c’était plus pratique pour nous de le faire là-bas. On n’avait pas à prendre l’avion, on avait la vue sur l’océan et James Ford voulait également travailler ici.
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Ça fait longtemps que tu as quitté Sheffield maintenant. Tu as toujours l’impression d’être ce petit garçon aux «classic Reeboks» ou «au pantalon de survêtement rentré dans les chaussettes», comme tu le chantais dans A Certain Romance en 2006 ?
A. : J’ai beaucoup changé, mais comme n’importe quelle personne entre 20 et 30 ans. Aujourd’hui, je ne renie rien : je continue d’y retourner de temps en temps. J’ai même passé les dernières fêtes de Noël à Sheffield.

Justement, tu es toujours en contact avec les personnes de là-bas ? Je demande ça parce que, dans la dernière chanson de Everything You’ve Come To Expect, A Dream Synopsis, tu chantes : «A wicked wind howling came, through Sheffield city center».
A. : Oui, Sheffield fait toujours partie de moi, ça reste ma maison et j’ai toujours des proches là-bas. Rien n’a été prémédité, à vrai dire : j’ai quitté cette ville il y a longtemps pour vivre à Londres, puis à New-York, mais sans que ce soit de manière définitive. Cela dit, lorsqu’on est allé enregistrer Humbug dans le désert de Joshua Tree avec les Arctic Monkeys, je n’ai plus réussi à bouger. J’ai pris racine là-bas et, petit à petit, tous les membres des Arctic Monkeys m’ont rejoint. Il n’y a donc plus vraiment de raisons de partir aujourd’hui ! (Rires).

(Miles Kane entre alors dans la pièce et Alex le salue d’un distingué «Hello Charles !»)

Maintenant que Miles est là, vous allez peut-être pouvoir me dire quels sont vos lieux préférés à L.A. ?
Miles : On aime beaucoup aller manger à El Condor, un restaurant mexicain situé sur Sunset Boulevard. Ils font des margaritas extraordinaires.
A. : Oh oui, il est vraiment excellent celui-là.

C’est tout ce que vous a apporté Los Angeles ?
M. : Non, on est tous les deux tombés amoureux là-bas. Et les filles, ça a quand même tendance à renforcer votre attachement à une ville.
A. : Los Angeles nous donne donc beaucoup d’inspiration et de satisfaction sexuelle.

La romance a d’ailleurs toujours été un élément important dans vos textes. C’est une obsession ?
A. : On aime les filles et on trouve que les plus belles chansons pop sont romantiques, donc on s’inspire certainement de tout ça. Que ce soit Richard Hawley, Scott Walker, Isaac Hayes ou Lee Hazlewood, ça parle essentiellement d’amour, en fin de compte. Et puis c’est sans doute le domaine où je me sens le plus à l’aise, où j’ai l’impression d’écrire les plus beaux textes.

Vous diriez que vous êtes de grands romantiques ?
M. : Oh que oui ! Comme le dit Alex, on aime beaucoup les filles et on adore énormément de morceaux y faisant allusion.

(Ils chantent alors les paroles de Let’s Face The Music And Dance de Nat King Cole : «There may be trouble ahead / But while there's moonlight and music and love and romance / Let's face the music and dance»)

A. : Tu connais cette chanson ? On a beaucoup écouté ce genre de titres l’été dernier. Ça swingue, ça sonne et c’est très beau.

Ce côté fleur bleue, c’est ce que vous aimeriez que les auditeurs retiennent de ce disque ?
A. : Non, ce que j’aimerais, c’est que les gens ressentent ce que j’ai pu ressentir la première fois que j’ai entendu l’un de mes albums préférés. Cette sensation d’être bercé par la mélodie, de se remémorer des souvenirs précis et personnels, de s’imaginer des scènes, etc.

Justement, votre musique est très cinématographique. Vous aimeriez composer une bande-son tous les deux ?
A. : J’avais composé quelques titres pour la B.O. de Submarine, mais j’adorerais pouvoir répéter l’expérience aux côtés de Miles, de James et d’Owen. Ça pourrait être très enrichissant musicalement.
M. : Si on le faisait, ce serait pour des films d’action ou d’espionnage, un peu comme ces films britanniques des années 60.
A. : Pour Tarantino, ce serait énorme également. On aime beaucoup John Barry et Ennio Morricone et on aimerait bien donner notre version, personnelle et moderne, de tout ça.
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Dans le NME, vous avez comparé vos nouveaux looks à ceux de Fast & Furious. Une B.O. pour un tel film, ça vous brancherait ?
A : Si c’était pour faire un morceau aussi bon que celui de DJ Shadow et Mos Def dans Tokyo Drift, je signe tout de suite.

Alex, en plus d’être pote avec P. Diddy, on sait que tu écoutes beaucoup de hip-hop…
A. : (Il coupe et chante Gravel Pit du Wu-Tang Clan) J’aime tellement le Wu-Tang, mec : c’est décontracté, c’est rempli d’ambiances sombres et différentes et ça vieillit plutôt bien. Tu connais le titre C.R.E.A.M. ? C’est un classique aujourd’hui et ce n’est pas dur de savoir pourquoi. Un peu comme Kendrick Lamar à l’heure actuelle.

Il vit à Los Angeles également. Tu as eu la chance de le rencontrer ?
A. : Non, pas encore. Mais j’aimerais beaucoup : ce mec a déjà composé un paquet de bonnes chansons.

Votre nouvel album contient un sacré nombre de bons morceaux. Vous avez conscience de faire partie de ces groupes qui redonnent un sens au mot «album» aujourd’hui ? Ce format a une signification particulière pour vous ?
A. : On pense toujours en termes d’album, à un projet que l’on puisse découper en deux parties et qui renferme plusieurs atmosphères différentes. C’est très important pour nous, même si cet album a été composé dans le temps. C’est juste une collection de chansons enregistrées au fil des mois, sans but précis. Notre seul intérêt, c’était qu’il soit cohérent avec le précédent tout en allant vers de nouvelles directions.

L’album a été long à voir le jour. Quand avez-vous réussi à vous dire que vous étiez prêts à retourner en studio ?
A. : C’était en 2014, juste après notre performance aux festivals de Reading et de Leeds. Jusqu’ici, on était tous les deux très occupés et nos emplois du temps respectifs semblaient enfin s’aligner. L’été dernier, on s’est donc mis à écrire des chansons et nous sommes partis en studio au mois d’octobre.

Vous aimeriez enregistrer plus rapidement, plus souvent ?
M. : Ce serait pas mal, oui. Mais je pense que si celui-ci a été très long à voir le jour, c’est aussi parce qu’on a eu beaucoup d’activités entretemps. Il y a eu trois albums d’Arctic Monkeys, un mini-album d’Alex pour la B.O. de Submarine et deux albums pour ma part. Ça fait beaucoup. Et puis nous ne nous étions pas réellement éloignés : j’ai assuré les premières parties d’Arctic Monkeys et Alex a écrit quelques chansons sur mon premier album.

C’est pour vous moquer de tout ce buzz autour de vous que vous avez nommé cet album ainsi : Everything You’ve Come To Expect ?
A. : C’est un peu comme une blague que l’on mettrait sur un contrat pour annoncer notre retour. Nous savions bien que nous étions attendus, tout comme nous savions que beaucoup de personnes ayant aimé le premier album attendraient quelque chose d’assez similaire. Ce n’est évidemment pas le cas dans le résultat final, mais on voulait s’en amuser.

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++ Leur dernier album, Everything You've Come To Expect, est sorti le 1er avril. Ils joueront le 2 juin au festival Europavox à Clermont-Ferrand, le 1er juillet aux Eurockéennes de Belfort et le 7 juillet aux Nuits de Fourvière à Lyon.