Commençons de façon emmerdante et bateau. Sourya c'est quoi ?
Julien : Alors tu vois en France, y a David Guetta, y a Bob Sinclar, y a Martin Solveig et puis y a nous. Ibiza est à nous. Dans deux ans on va faire le prochain album de Black Eyed Peas. (Rires)

Ça fait cinq ou six ans que vous tournez, vous avez sorti deux maxis, joué dans pas mal d'endroits en France et en Angleterre, et finalement vous ne sortez que le premier album maintenant.
Sou : On aurait bien aimé le sortir mais c'est juste que personne n'a vraiment eu confiance en nous avant l'enregistrement de l'album. On a dû créer notre propre structure pour se mettre en avant. Evidemment ça a mis du temps parce qu'on n'a pas les mêmes relations que peut avoir une maison de disques.
Rudy : Après les nombreux coups de pute qu'on a dû subir, on a donc coproduit l'album et on l'a financé à 50 %.
Arnaud : La veille de rentrer en studio, Wagram avec qui nous étions liés nous proposait un contrat avec une licence, 80 % pour eux, 20 % pour nous. Après un calcul rapide, on s'est rendu compte que même si on en vendait 30 000 exemplaires, on ne serait pas rentrés dans nos frais. A partir de là, on a décrété qu'ils aillent se faire enculer et ça a mis du temps pour trouver un label qui paierait une partie de la promo et assurerait la distribution. Mais on y est arrivés et on est super contents.

On mentionne Wagram dans le papier final ?
Ouais, tu peux mettre Wagram…

Vous avez un gros succès d'estime dans le milieu. Des mecs comme JD Beauvallet (Les Inrocks) ou Alan Mc Gee (The Guardian) ont écrit des papiers dithyrambiques à votre sujet. Pourtant vous restez assez méconnus du « grand public ».
Arnaud : Déjà, on chante en anglais donc tu touches un public moins large en France. Ensuite, on est quand même plutôt un groupe indé, or le public indé en France est plutôt assez restreint. Alors bien sûr on espère qu'avec l'album on touchera le grand public avec des radios comme France Inter, etc. Mais on le vit bien. On est indé, on a écouté des groupes indé toute notre vie.
Julien : De toute façon, l'album sort maintenant on verra où on en est dans un an.
Sou : Et puis faut pas déconner, on ne fait pas de la musique grand public, on n'est pas Tryo ou Sporto Kantès qui se mettent à chanter en français.

L'année dernière, vous gagnez - en préparant le truc à l'arrache paraît-il - un concours de remix organisé par Nokia qui vous permet de jouer au Showcase le même soir qu'Uffie, Santigold ou Diplo. Vous enchainez le lendemain sur une journée en studio avec les deux derniers nommés pour enregistrer un titre. Vous avez senti un changement derrière ?
Julien : On n'a pas vraiment senti un changement en terme de notoriété mais peut-être qu'au moment où tu vas sortir ton interview on sera super connus façon La Roux (L'interview ayant été réalisée il y a deux semaines, aucun changement à ce niveau-là, ndlr). Mais franchement on était contents, j'avais Santigold qui me tapait sur l'épaule et qui me disait « je n'aime rien mais ce que vous faites c'est vachement bien… ». Tu vois ça donne confiance mais après, non, ça ne nous a pas apporté grand chose.
Arnaud : Cela dit, quand tu te retrouves avec Diplo et Santigold, tu prends un peu plus de poids parce que ce n'est pas de là qu'on vient. A un moment donné, en jouant juste avant eux, tu t'inscris sur une scène et tu gagnes de la crédibilité dans un registre qui n'est pas forcément le tient au départ.



Quand on écoute l'album, il y a un bon équilibre entre gros son dancefloor et morceaux plus mélodiques. Vous êtes tiraillés entre les deux ?
Sou : Non, je pense que les morceaux dancefloor sont aussi mélodiques, c'est juste que l'on a essayé de trouver un équilibre entre les ballades et le reste. A la base, elles sont toutes écrites de la même manière, ce sont toutes des pop songs. C'est le traitement que l'on met à quatre qui fait qu'une chanson devient dancefloor et l'autre une balade. Dans l'absolu c'est plutôt logique.

Pourtant quand on vous voit en live, les quatre alignés sur un même plan derrière vos machines, le résultat fait quand même très musique de night-club…
Arnaud : Effectivement sur scène, notre musique est plus electro que l'album. L'album ayant mis du temps à sortir, c'était un moyen de retravailler les chansons et prendre une nouvelle forme de plaisir avec notre musique. Faut bien le dire, quand tu as composé les chansons depuis longtemps, à un moment donné tu ne peux plus les voir. C'était une façon de s'amuser à nouveau avec les titres et puis aussi de beaucoup plus se marrer sur scène. Comme on est tous en ligne, face au public, un peu comme des DJs, on a plus de contact avec les gens. C'est bien de proposer autre chose que ce qu'il y a sur le disque. Il n'y a rien de plus chiant que les groupes qui te resservent le disque sur scène. Les gens retrouveront en live les chansons qu'ils ont aimées sur l'album mais d'une manière un peu différente.
Julien : Le studio est un instrument et le live en est un autre. La scène possède un côté bien plus « primal », tu veux que les gens dansent. En studio, l'approche est totalement différente. Quand on enregistre, on a la prétention de faire des trucs intemporels. Quand, on vient nous voir et que l'on nous dit « c'est dommage que ce ne soit pas comme ça sur l'album » (Plusieurs titres étaient disponibles via MySpace depuis quelques temps, ndlr), on se dit que c'est cool, mais ça ne tient pas la route. OK, ça tient trois écoutes, mais nous on est plutôt dans l'optique de faire des albums que tu pourras ressortir à tes enfants.

Dans vos chansons, on sent que les thèmes de prédilection sont très existentialistes (la peur, l'amour, la mort, la confiance en l'autre, etc.). Pourtant, elles ne racontent pas d'histoires, c'est presque plus du domaine de la poésie. C'est quoi le trip ?
Sou : Le trip c'est d'essayer d'avoir des paroles qui collent vachement à la musique sans rentrer dans une logique chronologique par rapport à une histoire. J'essaie donc dans un premier temps de trouver des mots qui fonctionnent avec la musique, qu'on va ensuite travailler ensemble. Une fois que l'on trouve une forme de synthèse, je réécris afin de donner une cohérence à l'ensemble. Les thèmes utilisés sont ceux qui me trottent dans la tête en permanence. Si c'est de la poésie ou pas, je ne pourrais pas te le dire, mais j'essaie de faire des rimes qui soient différentes de la plupart des chansons pop. Alors ouais, j'essaie d'enlever le côté histoire même si fatalement c'est difficile de t'en dépêtrer et ne pas tomber dans cette logique-là. Par exemple Stockholm 1973, tu dois le lire du début à la fin. Les autres par contre, tu peux prendre chaque couplet, chaque refrain, tu peux les séparer, le tout forme un ensemble mais chacun peut vivre sans l'autre.

Ça fait des années qu'on compare votre musique avec Radiohead. Or je dois reconnaître qu'à l'écoute de l'album, ça m'a également traversé l'esprit. Ça vous fait chier ?
Julien : Mais non c'est la première fois. (Rire alcoolisé)
Sou : C'est qui Radiohead ? Bon, c'est vrai qu'au début ça nous faisait chier. A l'époque où on est un peu sorti, il y avait d'autres groupes genre les baby-rockers. Eux, personne ne leur demandait d'avoir leur propre son alors qu'on nous le reprochait tout le temps. Donc ouais, ça nous faisait chier. Du coup, on a pas mal bossé pour avoir notre propre patte. Alors bien sûr tu ne peux pas passer à côté de tes influences. Aujourd'hui, je crois qu'on a notre son et du coup la comparaison nous fait moins chier parce qu'il vaut mieux être comparé à Radiohead qu'aux Naast ou à Bob Sinclar. On a d'ailleurs une reprise de Mr. Tambourine Man qui est un peu plus fidèle que la sienne. (Rires)

A ce propos, Thom Yorke expliquait récemment qu'à ses yeux, le concept d'album est voué à la mort et que Radiohead n'en fera sans doute plus. Vous allez dans son sens ?
Arnaud : Le truc c'est qu'ils ont vendu tellement de disques qu'ils peuvent se permettre d'avoir ce discours-là.
Julien : Il la joue un peu sur le mode « on a inventé un concept » mais pour les groupes encore non établis, ça ne marche pas du tout. Alors évidemment, c'est mortel de pouvoir ne faire que des EP. C'est-à-dire que si on ne pouvait faire que des EP, demain on pourrait faire un EP de rap, après demain un EP de reprises de Massive Attack et d'autres conneries comme ça. Même de Bob Sinclar... Enfin bon, ils sont marrants mais avant de pouvoir vendre ta musique en quantité sur ton propre site, il faut être connu et ce n'est pas notre cas. Donc voilà, pour les groupes établis c'est cool, pour les autres…

Sou en parlait un peu avant… Vous êtes un des rares groupes à avoir survécu à l'époque très rock n' roll du Bar III. Aujourd'hui, il y a une grosse scène electro en France, mais je crois savoir que vous êtes restés plus proches des mecs de la scène rock. Concrètement, vous avez l'impression d'appartenir à un mouvement ?
Arnaud : Tu sais, on n'a pas vraiment envie de faire partie d'un mouvement étant donné que l'album est plutôt pop et qu'il est arrangé en electro sur scène. Tu as juste envie que les chansons soient bien et qu'elles plaisent aux gens. Après, s'il y a une scène à laquelle on se raccroche ou que la presse nous dit qu'on appartient à tel truc ou pas… Au final, ce n'est pas toi qui décides. Une scène, elle existe quand elle commence à vendre des disques. Regarde, les Versaillais on en parlerait pas s'ils n'avaient pas vendu de disques.

Les mecs de maisons de disques aiment bien pleurnicher en repensant à leur âge d'or, mais on constate pourtant que des initiatives comme Spotify commencent à leur rapporter un peu de thunes. Vous pensez qu'on peut encore vivre de la musique ?
Julien : On a encore tous des tafs aujourd'hui mais notre espoir est bien entendu de vivre de la musique. Si on pensait sincèrement que ce n'était pas possible, on ne passerait pas notre temps à le faire de manière si engagée. Je ne pense pas qu'on puisse s'acheter une maison sur les collines de Los Angeles demain comme Dr Dre ou Bob Sinclar. Je ne pense pas qu'on fasse fortune en faisant de la musique, mais si on peut remplir le frigo et payer le loyer, ce qui sera déjà une bonne chose.
Arnaud : A mon avis, tu ne peux plus vivre de la vente de disques. Par contre, il y a un vrai truc avec les concerts ou malheureusement la manière dont tu vas vendre ta musique à des marques.
Sou : C'est peut-être une utopie de dire qu'on a envie de vivre de sa musique mais on a décidé de faire ça parce qu'on y croit. Peut-être que le temps nous dira qu'on a fait une erreur. Mais là, il est trop pour dire quoi que ce soit, l'album va tout juste sortir. Si on arrive à en vivre, à vendre assez d'albums pour arrêter nos boulots, ne pouvoir faire que de la musique et ce que l'on a envie, comme des petits enfants, tant mieux. Dans l'absolu, on pense que c'est possible.

A propos d'Hadopi… Maintenant que vous avez un disque, vous risquez donc de faire pirater. Vous vous positionnez comment par rapport à cette loi ?
Julien : La vérité ? (Il alpague les autres) Qui a acheté des disques dernièrement dans le groupe ? Bon d'accord, Rudy a acheté le Best Of de Snoop Dogg chez Carrefour.
Rudy : A 5,99 euros !
Julien : Hadopi c'est de la merde, tout le monde piratera des disques. Aujourd'hui, j'achète un peu de musique en ligne mais quand Coldplay sort son disque, je sais que ça va être de la merde. Alors je ne vais pas aller l'acheter. Je vais éventuellement le pirater pour dire « haha c'est de la merde ». Quand on entend qu'en Suède Spotify génère plus de droits d'auteur qu'Universal, c'est juste qu'on arrive sur un schéma basé sur le streaming, et ça devrait marcher comme ça à l'avenir. La question ne va plus se poser. Globalement, la plupart des gens n'en ont rien à foutre de posséder des disques. Ceux qui ont envie de posséder l'objet achèteront le disque ou le vinyle et les autres écouteront online. Si tout se passe bien ils lâcheront leur 10 euros à Spotify et nous on touchera des droits là-dessus. On est réalistes…
Arnaud : Moi, je suis pour que les gens piratent nos disques à condition que les gens viennent au concert.

L'objectif avec l'album, c'est de gagner plein de thunes, partir en tournée dix mois dans l'année, vous défoncer la tronche tous les soirs, coucher avec des groupies hipster et vous mettre sur la gueule dans les coulisses de Rock en Seine ?
Arnaud : Se mettre sur la gueule, je ne suis pas sûr mais un peu quand même parce que ça fait partie du truc. Le reste, coucher avec des groupies, oui, surtout pour notre ingé son. C'est vraiment le truc qui le motive à nous suivre pendant la tournée. Il n'aura d'ailleurs pas de cachet pour cette raison-là, il compte sur les groupies qu'on va rencontrer au gré des concerts et ce sera clairement la manière dont on va le rémunérer.
Julien : Tout ce qui compte, c'est de faire une tournée au Japon.
Sou : Tes deux premières propositions me vont amplement. Après, coucher avec des meufs lambda, non ça ira…
Arnaud : Si c'est au Japon, il faut qu'elles soient déguisées en Pokemon sinon, non, ça ne m'intéresse pas…


 

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Par Loïc H. Rechi // Photo: DR.