Bon, je suis un peu bavard et je sais que toi aussi, alors j’allume mon dictaphone tout de suite sinon tu risques de rater ton train !
Raphaël :
 Oui allons-y, c’est vrai que je suis très, très bavard. Je vais essayer d’être synthétique !

Alors ton album est sorti il y a deux ans. Il avait plutôt bien marché (moi en tout cas je l’avais adoré). Avec le recul, tu en penses quoi de ce disque-là ?
Raphaël : Euh… Ça fait longtemps que je ne l’ai pas ré-écouté en fait ! Vraiment longtemps. En revanche, en y repensant, je suis vraiment content des lives qu’on avait faits, et notamment de la scéno' avec les miroirs qu’on avait mis en place face au public. Les gens s’amusaient vraiment, ils prenaient tout le temps des photos, c’était drôle ! Enfin c’est vrai que j’étais un peu obsessionnel à ce moment-là, je voulais que l’on joue l’album exactement pareil en live qu’en studio, que les gens revivent vraiment intégralement le disque. C’est pour ça qu’on le jouait du début à la fin, lorsqu’on nous donnait la possibilité de le faire. Et c’est vrai qu’au début, quand j’ai envisagé le live de cet album-là, je me suis dit : «OK je ne vais faire aucun morceau du premier album cette fois, cet album-là est derrière». Sauf que je suis capable de changer d’avis au bout d’une semaine. Et que j’ai décidé de garder les morceaux que je préfère jouer des deux albums, et de revisiter tout ça. Le live, on dirait presque un troisième album, à  vrai dire. Je suis plus détendu par rapport à ça. L’autre fois, j’étais en train de me dire que j’avais trop envie de sortir un disque live d’ailleurs, même si c’est vraiment beaucoup trop ringard de faire ça ! Ça fait vraiment le mec à qui il reste un disque à sortir en maison de disques, et qui sort le live pour ça… Ceci dit, maintenant elles sont malignes, les maisons de disques : elles mettent dans les les contrats qu’un disque live ne compte pas comme un disque studio !


Comment parvient-on à ne pas faire un deuxième album similaire au premier ?
Raphaël : Hum... dans ce cas-là, c'est grâce à Ana j’imagine, qui m’a rejoint pour ce second opus. Enfin honnêtement, l’idée d'un second album me stressait, d’autant plus que j’ai déjà vécu cette étape-là (ndlr : avec Minitel Rose, son précédent projet) et que ça ne s’est pas hyper-bien passé. L’album avait aussi bien marché que le premier, mais j’en étais beaucoup moins content. Je peux ré-écouter le premier, mais le second c’est impossible. On s’était beaucoup trop foutu la pression. Là, pour me sortir de ça, je me suis mis une pression particulière ; c’est que ce n’est pas mon deuxième mais mon quatrième album, en fait… J’en ai composé deux que je n’ai pas gardés…

Ah, je vois. Le syndrome St-Germain. Mais alors que s’est-il passé ? Tu n’en étais pas satisfait ?
Raphaël : Je ne sais pas si l'on peut vraiment les appeler des "albums", dans la mesure où ils ne sont jamais sortis. En gros, il y a eu un été où l’on a fait des festivals très cools, mais il n'y en avait que quatre au final. Ce qui ne fait pas beaucoup. Donc j’ai eu le temps de faire pas mal de choses. J’ai composé beaucoup de morceaux, dont certains qu’on a même joués en live. Or je venais de sortir un disque, c’était un peu tôt pour ressortir un nouvel album… Du coup, j’ai laissé le temps à ces morceaux de vieillir un peu, ce qui est une grave erreur chez moi parce que je me lasse très vite. Et puis j’avais un regret par rapport au dernier album - c’est que je voulais faire quelques morceaux en français. Je voulais, j’ai fait l’album, et je me suis rendu que j’avais oublié ! Du coup, je ne voulais pas ressortir un album en refaisant cette erreur. Alors j’ai composé un morceau en français, pour être sûr de ne pas oublier de l'y inclure après. Et de fil en aiguille, j’en ai composé plein, au point de me retrouver avec un autre album sous la main, exclusivement en français cette fois-ci… C’était quelque chose que je n’avais quasiment jamais fait mais que j’ai vraiment apprécié.
C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Ana, qui chantait sur quelques morceaux de ce disque jamais sorti. Sauf que le problème, c’est que le jour où je me suis retrouvé en studio pour enregistrer tout ça, je me suis mis la pression. J’en arrivais à me retrouver avec une version 16 de certains morceaux… Pas forcément au niveau du chant et du texte, mais plus au niveau de la musique. J’y arrivais pas. Je crois que j’ai mis plus d’énergie dans certaines chansons de ce disque que dans la totalité de celui que je viens de sortir. Et c’est un truc qui ne me réussit pas. J’ai fini par ne plus du tout les encadrer, ces morceaux.


Ils ressemblaient à quoi ?
Raphaël : J’sais pas trop. Ça ressemblait au premier album niveau ambiance et tout, mais en français. Peut-être que c’était un peu plus catchy... Je l’ai composé l’été, je pense que ça se ressent. Tu vas jouer à la pétanque et tu vas composer un morceau. Mais bon, ce truc-là était trop travaillé et retravaillé, c’était devenu hyper-clinique. Ce que j’aime dans l’Art en général, ce sont les petites erreurs. C’est souvent ce qui fait la différence. Quand c’est trop parfait, ça me fait chier. Puis j’étais crevé, j’avais pas pris de vacances depuis 1 an et demi, j’étais rincé. J’avais commencé à dire aux gens que j’avais un disque, qu’il était en français, le label avait écouté quelques titres… tout recommencer, ça fait quand même très diva !
Puis j’ai repensé aux débuts de Pegase en 2008, au fait que le premier article que j’ai eu sur moi, c’était dans un magazine australien, que le premier concert que j’ai donné, c’était à Stockholm, que l’autre jour encore, j’ai eu un article sur un blog indien… et qu’en réalité, la plupart des gens qui me suivent ne sont pas Français. Et je ne voulais pas mettre ces gens-là à l’écart en livrant un album en français. Et le français, ce n’est pas la langue de Pegase de toute manière. Peut-être que ce disque-là sortira mais dans le cadre d'un autre projet - pas Pegase. Alors je suis parti au bord de la mer. Et puis je n’ai rien fait. J’ai regardé des films, écouté de la musique, lu des BD, joué aux jeux vidéos. À un en particulier, qui s’appelle Another World.

C’est quoi ce jeu vidéo ?
Raphaël : Ah, tu connais pas ? Ben en fait y a les jeux vidéos, et y a Another World. Ce truc-là, c’est de l’Art. C’est un jeu français qui date de 93 ou 94, sorti sur ordi, MégaDrive. Et franchement, c’est magnifique. J’ai failli contacter le mec qui avait fait le jeu pour qu’il me fasse la pochette parce que - truc de dingue - la pochette du jeu, c’est une peinture. C’est le concepteur du jeu qui l’a faite. J’ai fini par choper une ré-édition de ce jeu qui est hyper-court mais hyper-dur, et figure-toi que dans cette ré-édition, il n’y a pas de musique. Ils n’ont pas obtenu les droits qu’ils avaient avant, je suppose. Alors c’est drôle d’avoir appelé mon disque comme ça. C’est comme une bande-son. Et donc je me suis un peu basé sur ce titre pour dicter mon disque. Des fois, je commençais un morceau, et puis je me disais : non, ça ne fait pas Another World, ça !

Another World, c’est aussi évidemment l’idée de nouveauté qui se dégage. Une nouveauté comme l’arrivée d’Ana dans le groupe par exemple ?
Raphaël : Oui, il y a un peu de ça aussi. Je voulais sortir un album différent du précédent mais qui lui reste tout de même fidèle. Et l’arrivée d’Ana dans le projet m’a permis de le faire. C’est arrivé un peu par hasard en plus !
Ana : En fait, Raphaël cherchait des voix féminines pour le morceau Well Bell (Fire Walk With Me) l’été dernier. J’étais à l’époque dans un groupe (Des Roses), et j’ai commencé comme ça.


Raphaël : Et finalement, lorsque j’ai composé, j’ai fait pas mal de titres en l’imaginant chanter par-dessus. En me disant «bon, si ça ne fonctionne pas, c’est pas grave, c’est moi qui assurerai ce chant-là aussi». Et puis ça a fonctionné ! Du coup, Ana chante autant que moi sur le disque. C’était très spontané. Elle fait partie de Pegase.

Et alors Ana, tu connais aussi bien la mythologie grecque que Raphaël ou pas ?
Raphaël : Ouais, va falloir que tu révises tes dieux grecs, j’avoue !
Ana : Ben non, mythologie grecque, pas trop. Je ne connais quasiment que Mégara grâce au Hercule de Disney, j’avais même sa robe quand j’étais petite ! En revanche, je suis incollable sur Star Wars ! Mais beaucoup trop. Et Raphaël aussi.
Raphaël : Ouais, quand on s’est retrouvés pour la première fois tous les deux en studio et qu’on s’est rendu compte qu’on avait l'un comme l'autre un T-shirt Star Wars, on a compris que ça allait le faire !

Sur ton premier album, tu terminais sur un morceau qui s’appelle Diana. Et c’est encore le cas ici (Diana II). Je suppose que ce n’est pas innocent.
Raphaël : Effectivement. C’est une référence à ma copine. Elle s’appelle Pauline…


…rassure-moi, ce n’est pas la Pauline de Rhum For Pauline ?
Raphaël : Non non, rien à voir, t’inquiète ! Et en fait, Pauline a été adoptée, et son prénom de naissance c’est Diana. Terminer mes disques par son nom, c’est une histoire de dire «ouais, je t’aime baby». En mode «ouais, je fais des disques mais tu vois, tout ça c’est pour toi». Bon mais je suis désolé, va vraiment falloir que j’aille prendre mon train, c’est le dernier pour Nantes aujourd’hui !

Oui, pas de problème, la priorité c’est le train quand même.

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++ Il sera en concert le 28 mai au Stereolux (Nantes) et au Café de la Danse (Paris) le 23 juin. Sorti ce vendredi 27 mai, son dernier album, Another World, est disponible ici.

 

Crédit photos : Gregg Bréhin, Romain Leme.