Hier, le savais-tu, c’était la Journée de la langue française dans les médias audiovisuels.
Alexandre Chatelard : Ah, ben déjà j’étais pas au courant de l’existence de cette journée. Désolé, je suis un peu déconnecté de ces trucs-là, j’essaye justement d’éviter d’être en prise avec l’actu de manière générale. Ah mais attends, si en fait : j’étais chez mes parents hier, et ils ont une télé chez eux, et j’ai vu un spot qui mettait justement en valeur la langue française via une série sous-titrée en langage texto. Et le but, c’était de dire faut arrêter de faire ça, que c’était pas bien. «Notre langue est magnifique, préservons-la».

Ah oui, ça devait être dans ce cadre-là. Je parle de langue française, tu t’en doutes, parce qu’a priori, tu y apportes une vraie importance dans tes textes.
Oui, c’est bien vrai.
Alexandre Chatelard (3)
Tu dirais que tu fais de la pop ? De la varièt' ? De la chanson française ? De la poésie ?
Alors des poèmes, je n’en ai quasiment jamais écrit, donc ce ne serait pas très adapté de dire ça. Et puis j’ai l’impression que c’est une forme qui, aujourd’hui, est trop éloignée de ce que j’appelle «la pop». Écrire un poème, je l’ai fait étant ado, mais bon…ça sert à quoi ? Ça termine dans un carnet. Je crois plutôt que j’aime bien écrire des chansons ; c’est un exercice avec beaucoup de contraintes. En France, en ce qui concerne la poésie, l’héritage est tellement dense que ç'en devient compliqué. Se déclarer porte-étendard d’une forme de poésie française contemporaine, ce serait quand même un peu prétentieux de ma part. En revanche, j’aime le romantisme. Dans le sens de l’exploration du sentiment amoureux. Ça me parle. Je me sentirais plus héros romantique, tu vois. N’ayant pas de grand dessein à accomplir, j’aime vivre des choses et exprimer des choses un peu romantiques.

Tu es donc le Julien Sorel de la pop française…
C’est ça, voilà !
Alexandre Chatelard - Elle Était Une Fois
C’est un peu le sens de ta formule «mi-tocard, mi-héros» ? J’y voyais personnellement une manière détournée de parler de la condition de l’artiste chanteur…
Voilà, oui, c’est ça. Un artiste, c’est quelqu’un qui touche au sublime, qui est confronté à la misère la plus crasse. Déjà, le fait de s’assumer «artiste», c’est très lourd. Au début, j’avais du mal, je ne disais pas aux gens que j’étais «musicien» ou «artiste». Je crois que j’ai progressé le jour où j’ai vraiment commencé à l’assumer. Ce n’est pas qu’une annexe d’une personnalité : c’est la pièce principale de cette personnalité.

Qu’est-ce qui a fait que tu assumé ce statut-là ?
Le temps, d'une part. La vie est limitée, et à un moment donné, il faut choisir sur quel tableau tu joues. Et puis à partir du moment où j’ai décidé de faire ça sérieusement, d'autre part. À la base, j’ai fait une école d’Art, j’étais très porté sur le design et les arts déco.

Une école d’Art, et du solfège aussi ? On sent que tu ne l’improvises pas, la musique que tu fais.
Oui, j’ai fait un peu de solfège et j’ai appris le violoncelle. Mais j’ai commencé tard, et pour une raison assez «originale» en plus, je dirais : j’étais amoureux d’une fille quand j’avais dix-huit ans, et j’ai appris que sa mère était prof de violoncelle. Alors je lui ai demandé de me filer le contact de sa mère pour apprendre, mais juste parce que j’avais envie qu’elle me remarque. Sauf qu’elle s’en foutait. J’ai donc pris quelques cours avec sa mère, qui les donnait à domicile, et suis parvenu à m’infiltrer dans l’environnement familial et intime de cette fille.


Et tu l’as chopée, au final ?
Ça a marché, oui. Elle s’est habituée à ma présence et s’est attachée à moi !

Il y a un poisson qui fait un peu pareil, qui essaye de choper ses proies en adoptant la même couleur que son environnement… je sais plus comment il s’appelle, par contre…
Ah oui, je vois ! Un poisson expert en camouflage ? Ben voilà, c’est un peu ça, oui. Et du coup, hé bien c’est comme ça que j’ai appris à jouer du violoncelle : j’avais envie de savoir bien jouer pour que la maman fasse des compte-rendus élogieux à sa fille…J’ai poursuivi quand même un peu, mais j’ai arrêté depuis un moment. Je m’y remettrai bientôt.

Ça fait un quart d’heure qu’on est calés là, et quand même, on a évoqué pas mal de nanas (à moins que ça ne soit la même depuis tout à l’heure, mais je ne pense pas). Ce n’est pas très étonnant compte tenu du titre de l’album (Elle était une fois) et des thématiques explorées. D’où cette question : écrit-on ce genre d’albums lorsque l'on est un homme à femmes ou au contraire, parce que l’on est un homme qui galère avec les femmes ? Ou pour simplifier : pourquoi écrit-on sur une femme ?
Disons que, honnêtement, j’ai beaucoup galéré - je prenais des chemins assez tortueux à une époque, comme tu as pu le comprendre. Ça me générait des défis quotidiens, mais c’était galère tout de même. Mais bon, j’ai aussi eu des histoires longues qui m’ont permis d’avoir un regard peut-être plus intime et plus concret sur ces choses. Ce qui fait que globalement, on revient à cette idée de romantisme…


Une sorte de romantisme 2.0 ?
Oui, tout à fait. Dans la mesure où il n’y a plus vraiment de cadre pour l’assouvir, ce romantisme, c’est à nous de le construire. On a détruit la religion, et je crois qu’il faut désormais parvenir à s’imposer une discipline qui revient à l’idée de religion. Se créer une religion intérieure, aussi contraignante, voire plus contraignante, que les religions de base. Comme si les grands sentiments devaient passer par de grandes contraintes.

Ces règles de vie que tu suggères, tu as voulu les formuler sur ce disque ?
Peut-être un peu. Rien que dans le titre du disque, déjà. Elle était une fois, on s’est dit que ça résumait assez bien le propos. Le romantisme, c’est une sublimation, c’est faire un transfert de son imaginaire sur une personne. Et la féminité, c’est le plus grand conte de l’histoire des hommes. Or le principe d’un conte, justement, c’est qu’il n’a pas de fin. On raconte le début de quelque chose, et après on voit. Ça, c’est un fait : j’arrive toujours à sublimer les femmes.

C’est pour ça que tu les fais chanter ?
Sûrement. Lorsque je m’attache à une personne, inévitablement j’ai envie de l’entendre chanter. Pour le meilleur et pour le pire, d’ailleurs. Il y a eu des filles que j’aimais vraiment beaucoup, mais ça ne passait pas niveau chant. Tu mets une fille dans un studio avec un micro et un casque sur les oreilles, forcément, ça créé directement une intimité particulière. La dernière fois que ça me l’a fait, j’étais en Normandie pour une séance d’écriture avec un réalisateur – je travaille actuellement sur une musique de comédie musicale – et il fallait qu’on maquette un titre, sauf qu’on n'avait personne sous la main. Là-dessus, il y a une fille qui est arrivée le jour où l'on partait, et nous nous sommes dit : «on n'a pas le choix, faut lui demander à elle». Et tout de suite, on s’est regardés en se disant «waouh, c’est super, elle sait hyper-bien chanter» ! C’était fou.
Alexandre Chatelard (1)
Pourquoi ne pas avoir appelé le disque Elles étaient une fois ?
C’est marrant parce qu’on a effectivement hésité avec ce titre-là… Puis un jour, je me suis dit «non, c’est vraiment trop cheap». «Elles», ça faisait vraiment très flambeur, Don Juan et tout, et ce n’est vraiment pas moi. Ça aurait forcé l’interprétation du disque. C’était plus pour faire un constat de quelque chose, une sorte de «romantisme 2.0» comme tu le dis très bien.

As-tu une lubie particulière pour Lenny Kravitz ?
Aha, non ! (Rires) Il y a deux choses derrière ce morceau. Déjà, ce mec incarne pour moi le prototype de l’artiste viril et cool, qui arrive vraiment à traverser les époques. Le mec n’est jamais ultra-cool, mais il n’est jamais ultra-ringard non plus. Toujours à la limite. Bon, et en plus il me fallait une rime en «-itz». C’est pas évident de faire rimer un mot avec «Biarritz»…! Et puis ce qui est drôle, c’est que le jour où l’on a mixé ce titre, il y a cette vidéo qui a fait le tour du web où Lenny Kravitz craque son jean de pantalon. Mais même là, il était cool le mec, il s’en tire bien, y a pas de souci.

Alors Kravitz, c’est pas le mec auquel je pense le plus quand j’écoute ton album. Comme beaucoup de gens, je pense plutôt à Jacno
Bien sûr, la filiation avec Jacno est évidente, d’autant plus qu’on se fréquentait pas mal à un moment. Il avait un regard sur la musique, humainement comme artistiquement, qui m’a beaucoup parlé. Quelque chose de très synthétique.


Comment vas-tu faire pour retranscrire tout ce que contient l’album en live ?
C’est une bonne question, parce qu’effectivement, c’est compliqué. On n'aura pas d’orchestre sur scène, déjà. Mais honnêtement, quand je fais un disque, j’évite de penser à la scène. Je trouve que ça rajoute une contrainte, et surtout, la scène, c’est quelque chose que je conçois comme une figure imposée de promotion. C’est-à-dire que ce n’est pas quelque chose de fondamental à la base. L’œuvre d’Art, c’est le disque. On ne demande pas à un peintre de repeindre ses peintures devant les gens, par exemple. À l’inverse de moi, il y a des mecs qui s’en foutent du disque et qui composent tout pour le live. C’est deux choses très différentes à mes yeux. Bon, mais quand même, on se pose des questions en ce moment. On est en train de mettre en place un set avec quatre personnes max. Et notamment des gens qui ont participé à l’enregistrement, même si ça va être forcément très différent de l’album.

T’auras des cordes en live ?
Hé non, malheureusement. Ça prend beaucoup de place et en plus, sur le disque, c’est un ensemble de 16 musiciens qui y participent, ça fait beaucoup… J’aimerais que le live, comme le disque, donne une impression un peu plus «sale».

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++ Son premier album, Elle était une fois, est disponible.