On se demandait, Aeroplane, c'est plutôt « qui se ressemble s'assemble » ou « les opposés s'attirent » ?
Stéphane : Aeroplane, c'est une grande histoire de séduction avant tout. On s'est rencontré dans une soirée à Namur où je mixais.
Vito : Ouais. Il m'a tapé dans l'oeil. Puis après discussion, il m'a massé les pieds. Notre fétichisme à nous. Non, pour être sérieux, c'est vrai qu'on n'a pas vraiment de point commun. Musicalement, notre culture est assez éloignée. C'en est même étrange. Moi, j'aime tout ce qui est funk, disco, issu de la black music. Un son acoustique, très organique. Tandis que lui, son truc, c'est plus la musique blanche, le disco synthétique, la new beat.
Stéphane : Lui est musicien, depuis longtemps. Il connait le solfège. Il bidouillait des trucs chez lui. Un mélange de musique électronique et acoustique. Moi j'étais dj. Mais j'avais cette envie de créer, produire. Mais je ne savais pas trop comment. Je touchais à quelques programmes…mais de façon hyper basique.
Vito : Finalement, c'est un peu comme ce qu'on t'apprend à l'école. Tu dessines deux cercles qui se croisent. L'intersection, la zone en commun, c'est ça Aeroplane. Un énorme compromis de ce qu'il n'aime pas chez moi et vice-versa.

On vous connaît particulièrement pour votre travail de remixeurs...
S : Oui. Après notre premier maxi sur Eskimo qui nous a ouvert pas mal de portes, on a eu quelques demandes. Le premier, c'était pour Coyote, un groupe anglais sur le label Easy Balearic. Puis d'autres, de plus en plus importantes… Je crois que c'est le remix de Friendly Fires qui nous a vraiment fait passer un cap. On a senti que ça décollait. On a enchainé ensuite avec celui de Grace Jones qui nous a apporté de super retombées presse.

Comment abordez-vous ce travail de « commande » ?
En fait, on travaille avec une agence de remix. Elle nous propose des plans. On choisit par rapport à notre timing et nos affinités. On se lance, on teste et on voit si ça fonctionne. Des fois, ça peut être sous forme d'appel d'offres, de concours. Comme pour le Grace Jones. Notre version a été choisie parmi une trentaine. (…)  En terme de deadline, je crois qu'après Soulwax, on est les pires. Mais chaque cas est différent. Le Grace Jones, on l'a fait en un jour. Je me souviens du MGMT, c'était beaucoup plus mathématique. La ligne de basse était super compliquée, les « time signature » n'étaient pas les mêmes … Et nous, dès qu'il y a un truc qui dépasse, ça nous irrite. On adore respecter les mélodies, la musique. C'est notre marque de fabrique.

On vous voit plus comme des producteurs, bidouilleurs de softwares et autre Protools que comme musiciens. Je me trompe ?
S : On est les deux, évidemment. Il n'y a pas de sons à travailler si tu ne les composes pas en amont. Avant d'endosser le costume d'ingénieur du son, tu es obligé de créer. Après tu passes au travail de production, à équaliser, compresser, rajouter des db, relever la basse, enlever du kick...
V : Ce n'est pas une question de culture du Protools. Tu peux écouter des disques de 1981, 1978, tu n'entendras rien dépasser. Les mecs jouaient vraiment avec… rigueur. Pour notre album, c'est la même chose. On aurait pu se contenter de faire trois prises, puis couper dedans, faire un copié collé Mais non, on a tenu à ce que toutes les prises soient « une » prise. Si je joue une partie de guitare, je la joue du début à la fin. Si tu  n'es même pas capable de jouer un truc qui est sur ton album, ne fais pas de disque.
V : Par exemple, on cherchait un son de cowbell. On aurait pu chercher un super sample de cowbell dans nos bases de données. Ce n'était pas notre envie. On s'est fait chier à l'enregistrer, à taper tous les temps de la cowbell, la faire sonner. Et quand on était à côté, on recommençait. Le truc cool, c'est que quand on réécoutera l'album, on aura l'histoire qui va avec. Tu te souviens de la cowbell ? Tu l'as joué cent fois, mais on l'a eu ! Quand tout est « humanisé », il y a toujours cette espèce de drive, de groove qui est là… Que tu n'as pas avec les machines ou qui n'est pas le même groove en tout cas.

Vous avez fait appel à Bertrand Burgalat pour la réalisation de l'album. Ce n'est pas anodin...
S : On avait adoré son travail avec Robert Wyatt. Quand il a reçu notre demo « full digital », les batteries sonnaient « over mechanic », il a tout de suite cerné ce dont on avait besoin.
V : Imitant Bertrand Brugalat et son accent dandy : Ah oui, là-dessus, vous voulez une batterie plutot Eagles 73. Je connais un mec qui va vous faire ça. Sur ce passage, un solo de guitare plutôt David Gilmour…
S : Il est vraiment incroyable, il maitrise toutes les techniques et tous les bidouillages pour arriver au son recherché. Nous, on n'avait quasiment jamais mis les pieds dans un studio avant. Chez nous, c'est un PC, deux claviers, une guitare. Il nous a dégoté un studio incroyable à Toulouse. Avec un backline dément. Tous les instruments que tu as en « plug in », étaient là. En vrai, quand tu as devant toi un Hammond et que tu joues Good Vibrations, tu te rends compte que c'est avec ce matos que ça a été créé. Tu as la chair de poule…

Donc sur l'album, qui joue, qui fait quoi ?
V : Il n'y a que moi, Vito, qui joue. Les guitares, les claviers. Hormis quelques prises rejouées par Bertrand. Par-dessus ça, on a eu quelques sessions de cordes, des choeurs aussi… Puis, comme notre ingénieur du son jouait de la trompette, on en a profité pour l'enregistrer aussi.

Et des invités vocaux ?
Bien entendu. L'album, c'est aujourd'hui 50% instrumental / 50% chanté. Avec les participations d'Au Revoir Simone, Sébastien Tellier, Sky Ferreirra…On espère vraiment que tout ça va sortir avant l'été. Tout n'est pas encore défini avec le label. Ni d'ailleurs avec quel label. Donc, on prend le temps et on reporte. Sinon, on pense à abandonner…

A quoi s'attendre ? 
Vous le saurez très bientôt. Mais on a privilégié des plages plus courtes. Plus pop. Pendant des mois et des mois, on nous a forcés pour rendre des « radio edit » alors qu'on voulait proposer des remixes de 8 minutes. Donc maintenant, on refourgue des tracks de 3 minutes et ce sera à vous de fournir les « extended mix ».

Vous pensez déjà au live ?
 V : Je viens d'acheter un trombone, on va voir ce qu'on va en faire. J'ai pris des cours de claquettes aussi…  ToNYoX // Photos: DR.