Comment s’est passée ta Boiler Room hier soir ?
Marylou Mayniel (Ok Lou) : C’était bien - j’avais des appréhensions pour le rendu vidéo, car d’habitude, les lives que je fais ne sont pas filmés ou enregistrés. Le problème avec ce genre de dispositif, c’est que si ça se passe mal, bah c’est quand même enregistré. Mais bon, ça fait partie du jeu !

Sur le moment, tu l’as senti comment ?
C’était bien sur le moment, mais je me suis mis tellement de pression que j’ai pris du temps pour rentrer dans le truc.

Il y a eu un petit scandale récemment, avec le set de Nightwave à la Boiler Room qui a récolté énormément de remarques sexistes et misogynes...
Oui ; avant ça, il y avait déjà eu un problème avec le set du crew Staycore, dans lequel il y a plein de filles mais aussi des trans, des Noirs, des Asiatiques, c’est très éclectique. Ils ont récolté un ramassis d’horreurs aussi, des propos racistes et sexistes. Boiler a une partie de son public qui est atroce, un côté bouffons d’Ibiza. Du coup, il peut y avoir des réactions débiles.



Du coup, tu as subi du sexisme, qui est toujours assez présent dans le milieu électro ?
Non. Que ce soit dans le milieu privé ou pro, j’évite ce genre de personnes.

Tu revendiques ton amour pour la pop mainstream ; c’est assez rafraîchissant, dans la mesure ou il y a un certain snobisme dans la musique à penser que le mainstream est forcément naze...
Dans chaque milieu, chacun pense que ce qu’il écoute est chanmé et que le reste, c’est de la merde. Ce que je défends, c’est le droit d’écouter ce qu’on veut. Ce qui est important c’est que ça nous touche.

J’ai lu que Rihanna pouvait te faire pleurer - tu vas aller la voir fin juillet au Stade de France ?
Non, c’est un peu cher. Mais si je suis invitée, j’y vais direct, c’est-à-dire que j’annule ma vie dans ce cas. Il y a Justin Bieber en septembre aussi, j’aimerais y aller.

Si tu pouvais collaborer avec une popstar mainstream, ce serait qui ?
Si je devais faire des instrus, j’aimerais bosser avec Justin Biber ou Rihanna. Si je devais collaborer dans une optique plus globale, j’aimerais travailler avec Frank Ocean, il est moins encadré que les énormes popstars, sa musique reste encore très personnelle, et je l’adore.

Avec quelle popstar partirais-tu en vacances ?
Kylie Jenner ! Ah mais non, c’est pas une popstar, juste une «star». En fait, je préfère Kendall, mais Kylie a l’air très drôle en vacances.

Tu fais de l’électro, mais la mélodie est quand même assez importante chez toi, ce qui me fait penser au travail de quelqu’un comme Grimes. Est-ce qu’elle t’a influencée ?
Elle m’a grave influencée il y a quelques années, plus du tout maintenant, c’était vraiment associé à un moment précis dans ma vie.

Tu as été sélectionnée parmi beaucoup de personnes au sein de la Red Bull Music Academy, qu’est-ce que tu y a appris ?
J’ai été sélectionnée l’année dernière, la session que je devais faire moi devait se faire le 15 novembre à Paris. En fait, on a fait trois jours mais après on a arrêté, c’était vraiment pas possible… Du coup, c’est reporté cette année en automne à la session de Montréal.

Sur ta page YouTube, tu postes un peu tout et n’importe quoi. Est-ce qu’on peut dire que c’est comme un journal visuel ?
Oui en quelque sorte, mais désormais je poste beaucoup moins.

Tu es assez à l’image de cette génération très DIY qui fait sa musique toute seule, et qui communique beaucoup aussi...
Faire les choses soi-même, ça a toujours existé, sauf qu’avant, on n’avait pas les mêmes moyens de le faire savoir. Maintenant, tout est possible. Pour moi, c’est plus la communication qui a évolué plutôt que le processus de création.

C’est important d’avoir un lien avec le monde extérieur ?
A l’époque, ça avait un intérêt pour moi. Je n’essaie pas d’analyser pourquoi je l’ai fait mais je devais avoir mes raisons. Je pense que je poste moins aujourd’hui car c’est une nouvelle période de ma life. La différence, c’est qu’à l’époque où je postais ces vidéos, j’étais plus seule dans ma vie qu’à l’heure actuelle. Maintenant, j’ai un équilibre social hyper-cool. Donc peut-être que c’est lié. Avant, j’avais sans doute plus de temps pour moi.

Tu es arrivée récemment à Paris ?
Je suis arrivée il y a deux ans. Avant ça, j’ai passé trois ans à Tours, et encore avant, j’ai grandi à Poitiers. Donc j’ai bougé à Paris car c’est mieux que d’être à Tours ! En fait, n’importe où c’est mieux qu’à Tours ; c’est horrible là-bas. J’ai eu mon bac, je ne connaissais rien du monde qui m’entourait, ce qui ne veut pas dire qu’aujourd’hui je sais mieux mais en tous cas je sais plus, et comme j’ai vu qu’il y avait une école de jazz et musiques actuelles, j’y suis allée. Ça ne m’a pas servi à grand-chose mais j’ai rencontré des gens qui ont beaucoup influencé ma vie de maintenant, donc je ne regrette rien. Mais bon, mes goûts étaient tellement de niche que je me suis dit qu’il fallait que je trouve une scène où je puisse me retrouver... et à Paris, c’était possible.

Jusqu’à présent, tu as eu des critiques de ouf. Tu le prends comme un encouragement ou ça te met une certaine pression ?
Un peu des deux. Je suis contente qu’on dise des choses positives.

On a quand même écrit que tu «redéfinis le cool» !
C’est des titres qui sont faits pour qu’on lise le truc. Les meilleurs articles que j’ai lus sur moi étaient dans des médias où les mecs n’ont pas la pression du nombre de lecteurs.

T’as pu le ressentir avec certaines interviews ?
Non, c’est plus dans la manière de retranscrire les interviews ou dans les titres. On a même dit que j’étais la «révélation de la scène 2015», alors que j’avais fait un concert ! Les gens pensent être gentils mais c’est pas cool pour moi car ça me met du poids sur les épaules et je ne me sens pas légitime. J’ai encore tout à apprendre.

D’ailleurs, tu apprécies de faire de la scène ?
Oui j’aime bien, mais je préfère le studio de ouf. Pour l’instant je fais des lives car c’est moi qui chante sur mes chansons ; je chante parce que j’ai des mélodies dans le crâne, mais je ne me sens pas être une interprète dans l’âme. Je suis plus en phase avec mon ordi et mes machines. Il y a plein de qualités chez un interprète que je n’ai pas. Je ne parle pas de la mélodie mais tout le reste, l’inflexion de la voix, le timbre, l’identité vocale... Je le fais moi par défaut car j’ai pas un chanteur à dispo dans mon studio ! Moi, je ne me vois pas dans dix ans à faire des shows devant 10 000 personnes, c’est la prod' qui m’intéresse. Je serai tellement heureuse si je pouvais faire ça, et bien. Je me suis quand même rendu compte que je fais de la scène depuis que je suis toute petite, que ce soit des spectacles ou des concerts. J’ai toujours joué devant des gens au moins dix fois par an. De 5 à 18 ans, j’ai fait du classique ; après, j’étais dans des chorales, des orchestres symphoniques, et je faisais de la danse aussi. Donc j’ai toujours fait ça, mais je me demande si c’est vraiment là où je dois être...

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++ Ok Lou jouera au Pete The Monkey Festival le 15 juillet.

 

Crédit photo : Carin Kelly.