Votre dernier album, Made in The Dark, est sorti il y a à peine deux ans. Suivi d'une tournée mondiale. Vous voilà déjà de retour avec ce nouvel album. Vous-ne vous arrêtez donc jamais ?
Hot Chip : Et tu peux ajouter nos projets solos. Entre temps, j'ai aussi fondé un groupe, About. Nous avons enregistré un album. Et assuré quelques concerts. Le tout étant principalement basé sur l'improvisation. Joe a également sorti son propre album (The Harvest Festival, album fruité fortement conseillé ndlr). Puis, nous avons enchainé avec les sessions de ce nouvel album. On ne prend jamais vraiment de pause avec la musique, en fait. Et, j'ai aussi eu une fille cette année. 2009 était une année bien chargée.
Mais tu sais, quand tu tournes de façon très intense, tu as vraiment envie de retourner en studio et composer un nouveau disque. Tu peux être musicien et juste tourner. Faire partie d'un live band et enchainer les dates, c'est beaucoup de plaisir. Mais ce n'est qu'un aspect du métier. J'ai ce besoin d'aller en studio. Faire des prises. Mixer… Créer, jouer, c'est vraiment la seule chose décente que je sais faire. Et c'est ce qui nous rend heureux, tous autant que nous sommes. Enfin, je crois bien.
 
Pour cet album, vous avez enregistré, pour la première fois, dans votre propre studio. On retrouve d'ailleurs plus d'instrumentalisation dans ce projet. Faut-il y voir une cause de rapport à effet ?
Hot Chip : Je te répondrai de façon pratique. Nous avons désormais plus d'espace. Ce qui fait que nous avons pu enregistré plus d'instruments. Tout ça nous a facilité la tâche. Chaque membre du groupe a pu plus aisément trouvé sa place et assumer sa contribution au projet. C'était tellement plus  confortable, en terme de pratique et de temps aussi. Sur l'album précédent, Made in the Dark, on a enregistré la plupart des titres dans une chambre. Avec juste quelques claviers et machines, une simple chaise pour tout le monde. Les contraintes ne sont plus vraiment les mêmes. Nous n'avons pas de boucles sur ce disque, un peu d'editing mais chaque partie jouée est assurée dans son intégralité.

Il en découle une atmosphère générale plus “pop” et minimaliste...
Hot Chip : Je ne sais pas mais je crois tout simplement que les chansons de cet album sont bien plus cohérentes. Chaque titre a son identité. Avec une bonne idée qui s'étire du début jusqu'à la fin du morceau. Quelque chose de plus simple et clair. Moins chaotique.

Less is more. Est-ce plus difficile d'aller vers la simplicité ?
Hot Chip : Je ne pense pas que ce soit plus difficile. J'ai écrit la plupart de mes chansons en guitare/voix ou clavier/voix. Et ça a toujours fonctionné. C'est la base de tout. Mais avec Hot Chip, quand nous nous rassemblons, nous essayons de combiner les envies et influences de chacun. Ce qui impose des contraintes. Mais le vrai pas en avant sur cet album, c'est sans doute la production. Nous nous sommes vraiment améliorés. J'en suis très fier. Nous avons réussi à installer un climat tout le long du disque.



Il en va de même pour les paroles, elles sonnent plus personnelles.
Hot Chip : On nous a toujours parlé de cette soi-disante ironie dans nos textes. OK, on a un petit côté espiègle et plaisantin, mais on a toujours crû en ce que l'on chantait. Ce n'est pas une blague. Tu dis que sur cet album, les paroles sont plus personnelles. Mais tout est personnel, non ? Je n'ai jamais essayé de me cacher derrière des tournures. J'ai toujours essayé d'être aussi direct et sincère que possible.

One Life Stand est plus concis et cohérent que les précédents albums. Comme s'il était un vrai album, et non pas une collection de titres.
Hot Chip : C'est délibéré. Tout comme le fait que Made In The Dark avait, par certains aspects, ce côté patchwork. J'adore les albums comme le White Album des Beatles ou le Self Portrait de Bob Dylan, que beaucoup de gens apprécient moins d'ailleurs. Un de mes albums préférés est de Neil Haggerty, guitariste de Royal Trux. C'est un double album sur lequel il change tout le temps de tempo, de style… Mais voilà, pour ce disque, on voulait faire quelque chose de plus cohérent. C'était l'envie du moment. Peut-être que le prochain sera un triple album ou un recueil de cent chansons de dix secondes. Ca dépendra de nos envies.

Over & Over et Ready To The Floor étaient des tubes évidents aux gimmicks imparables. On ne retrouve pas cette formule sur One Life Stand, l'album sonne plus doux et downtempo.
Hot Chip : Over and Over était plus lent que tous les titres de cet album. Mais peut-être qu'ils sonnent plus calmes et lents de par leur production. One Life Stand est un album moins rentre dedans et immédiat que les précédents. Nous avons essayé d'installer un climat, qu'il faut appréhender, écouter de façon plus progressive. Nous ne voulions pas répéter les mêmes formules indéfiniment. Mais il ne faut pas croire que nous cherchions à faire quelque chose de moins commercial. Je pense d'ailleurs que les refrains de One Life Stand, Take It In ou Slush sont les plus accrocheurs et fédérateurs que nous n'ayons jamais écrits. J'espère ne pas me tromper. Et que les gens adhèreront également.

D'ailleurs, si tu devais avoir un morceau #1, tu préfèrerais que ce soit un titre club ou un slow ?
Hot Chip : Un slow, évidemment. C'est un challenge bien plus difficile à relever. Mais tu sais, nous adorerions avoir un #1, tout simplement.

Ce n'est pas vraiment dans le tendance. Aujourd'hui, les kids sont plus uptempo. Ils veulent danser “toujours plus vite, toujours plus fort”...
Hot Chip : Oui. Pour certains, effectivement. Cela en devient même fatigant à écouter. Pour nous, le plus important, dans un mix, c'est le groove. Quelque soit le style que tu joues. Tout peut s'enchaîner. Et d'ailleurs, c'est ce qu'il faut. Surprendre les gens. Qu'ils ne s'attendent pas à entendre ce titre après un autre. Mais qu'ils se laissent emporter par le groove. Il n'y a que ça qui compte.

Vous êtes de la génération 80's. Qu'écoutiez-vous à l'époque ?
Hot Chip : Des années 80. Je n'ai quasiment écouté que du Prince. Mais nous sommes autant inspirés par les anées 50, que les 60's, les 70's, les 80's ou 90's et même aujourd'hui. J'ai toujours beaucoup écouté les Beatles. Notamment pour ce nouvell album. J'ai lu beaucoup de choses sur leur technique d'enregistrement aussi. Et puis de la musique garage “early house”.

Pour conclure, Hot Chip a aujourd'hui dix ans d'existence, que retenez-vous musicalement de cette dernière décennie ?
Hot Chip : Je crois que ce que j'ai préféré des ces dix dernières années c'est sans doute le “r&b américain”. Les productions de Timbaland, Neptunes… Peut-être pas ce qu'ils ont sorti dernièrement mais pour tout ce qu'ils ont apporté depuis qu'ils sont apparus sur le devant de la scène. Et aussi des gens dont tu ne t'attends peut-être pas à ce que je les cite. Je pense notamment à Will Oldham. Je l'écoute probablement chaque jour qui passe. Je ne m'en suis jamais lassé. J'y reviens toujours. Ca me pousse à écrire des chansons. A sa façon.
  Clip - One Life Stand  
 
ToNYox // Visuels: DR.