Cet album Fifty sort quinze ans après ton dernier album original, pourquoi tout ce temps ?
Richard Paul Astley (Rick Astley) : Je n’avais pas vraiment envie, j’étais fatigué. Je pensais que je ne ferai plus cela. Et puis il y a dix ans, j’ai repris la musique car on me proposait pas mal d’offres pour faire des concerts. Notamment un concert fou au Japon - je n’avais pas spécialement envie de reprendre mais c’est ma femme et ma fille qui m’ont forcé ! Et du coup, ça m’a redonné l’envie de reprendre la musique. J’ai voulu produire et écrire pour d’autres artistes mais au bout de quelque temps, j’ai compris que ce n’était pas pour moi. Ce n’est pas facile, il faut écrire d’une certaine manière, et je ne suis bon en songwriting que lorsque j’écris pour moi-même.

Au début de votre carrière, vous avez travaillé avec Stock Aitken et Waterman, qui sont des sommités du songwriting pop. Qu’avez-vous appris d’eux ?
Ils ont compris le pouvoir d’une chanson pop de 3 minutes 30, ils avaient presque une formule. Ils savent donner aux gens ce qu’ils veulent entendre.

Au début des années 90, vous partez à la «retraite» très jeune ; que faites vous après cela ?
J’avais une fille en très bas âge donc je me suis occupé d’elle et puis je me suis reposé aussi. Pendant cinq ans, j’ai enchaîné les concerts et la promo à un rythme infernal, 7 jours sur 7, 24h/24, ça n’avait aucun sens. Et je n’aimais pas l'industrie de la musique, j’avais besoin d’en partir. Ce qui est marrant c’est qu’aujourd’hui, je me retrouve sur le même label qu’à l’époque.

Qu’avez vous pensé de tout ce délire du «Rick rolling» ?
C’était bizarre, très bizarre. J’ai des amis qui vivent aux États-Unis - l’un d’entre eux m’ a écrit et m’a tout simplement rickrollé ! J’ai cliqué sur un lien pensant voir un truc en rapport avec son email et là je suis tombé sur moi. C’est lui qui m’a expliqué le principe du rickroll. C’est tellement bizarre, et en même temps ça n’a presque rien à voir avec moi, ça aurait pu tomber sur quelqu’un d’autre. Le choix a simplement dû être opéré entre plusieurs vidéos hyper cheesy des années 80. Je ne le vois pas comme quelque chose de cruel, je ne le prends pas mal, je trouve ça drôle.

A un moment donné, vous avez tout de même décidé d’en jouer...
Oui, une fois de plus, le prétexte était de se faire un beau voyage en famille. On m’a proposé de chanter à la parade de New-York pour Thanksgiving, c’est un truc énorme, retransmis à la télévision américaine et vu par environ 100 millions de personnes, c’est un big deal !  Ma fille voulait aller à New-York, elle avait 15 ans à l’époque, donc j’ai dit oui. Si je veux être tout à fait honnête avec vous, je peux aussi vous dire que j’ai été payé une somme absolument délirante. Donc je l’ai fait !
Là aussi c’était bizarre, des centaines de milliers de personnes dans la rue, la moitié de la ville fermée... c'était surréaliste.

Est-ce que vous êtes intéressé par la culture internet ?
Toute la culture des mèmes me dépasse mais sinon, je trouve qu’internet est un formidable outil. Pendant un moment je m’occupais de mon Facebook, mais avec l’album, je n’ai pas eu le temps de continuer. Le label m’a donc collé des community managers, c’est moi qui écris les textes sur les réseaux sociaux mais je les leur envoie car ils veulent poster les trucs à certaines heures... ça aussi ça me dépasse.

Est-ce qu’il vous arrive de rickroller des gens ?
Non, ça ne m’appartient pas.

Avez-vous gagné beaucoup d’argent avec ça ?
Pas vraiment directement car Internet, justement, est un endroit encore un peu sauvage où ne sait pas à qui appartient quoi. Mais j’ai forcément été plus dans les esprits des gens, et ça s’est ressenti dans mes concerts, la demande a été beaucoup plus forte, c’est sûr. Et d’ailleurs, grâce à internet, j’ai acquis un public beaucoup plus jeune.

Vous vous êtes retrouvé numéro un des charts anglais avec votre nouvel album. Ça vous fait quoi après tout ce temps ?
C’est fou, et là aussi très bizarre. J’avais fait cet album pour moi, pour vraiment signifier que j’ai cinquante ans. C’était un petit délire pour me faire plaisir. Toute ma carrière est bizarre en fait ! Elle n’a aucun sens. C’est assez beau, en même temps, de se dire qu’on peut revenir après tout ce temps avec un album classé numéro un.

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++ Son dernier album, Fifty, est disponible ici.