Nicolas, l’année dernière vous disiez que vous étiez à fond pour Hollande et Valls. Lors des prochaines élections, vous allez voter pour qui ?
Nicolas Ker : Personne. J’ai toujours été bien fracassé, mais tous les matins, j’aimais bien quand même lire la presse, de gauche comme de droite. Et puis il y a trois ou quatre mois, j’en ai eu marre, j’en ai eu ras-le-bol.

Alors y a-t-il une consigne de vote ?
Nicolas : Non, les gens font ce qu’ils veulent.


Et vous Arielle ?
Arielle Dombasle :
Moi, je suis de nationalité américaine donc je ne peux pas voter en France. Je fais malheureusement partie des victimes de la politique, c’est-à-dire que je ne vote pas, et donc je ne fais pas mon devoir de citoyenne américaine.
Nicolas : En même temps, c’est violent ce qu’il se passe aux États-Unis, là. Trump ou Clinton. Bon, je voterais quand même pour elle, mais la meuf, c’est une Reptilienne Goldman Sachs ! Elle donne pas trop envie. Je pense qu’elle est reliée par satellite à un vaisseau spatial de Reptiliens.
Arielle : Quand j’ai vu les pas de félins d’Obama qui ont foulé la Maison Blanche, j’ai été heureuse.

Est-ce qu’après toutes ces années en France, vous vous sentez Française ?
Arielle : Je me sens profondément ancrée dans la littérature française et dans le grand goût français. J’aime le Grand Siècle.

La question de chanter en français s’est-elle posée pour cet album ?
Arielle : Je n’ai chanté qu’une seule fois en français, c’était avec Philippe Katerine ; sinon je chante en latin, car c’est surtout des oratoriaux et je viens de la musique sacrée.
Nicolas : Vous comprenez quelque chose au latin ?
Arielle : Non, j’avais zéro à l’école. Mais c’est très beau. Tout comme l’anglais, d’ailleurs. J’aime aussi l’espagnol et l’italien.
Nicolas : C’est quand même rare les trucs cool en français.

On a quand même de plus en plus d’exemples d’artistes et de groupes cool qui chantent en français. Pour moi, le rock et la pop, c’est anglais. Quelles sont les circonstances de votre rencontre ?
Nicolas : Je jouais avec Poni Hoax et on s’est rencontrés après. On est tombés en fascination. Il se trouve que j’avais 16 ans quand j’ai débarqué à Paris car j’ai passé toute mon enfance à l’étranger. J’étais au lycée français du Caire et il n'y avait que des douchebags, des gens puants qui ne restent qu’entre expats, et c’était pas du tout ma came, je n’étais pas à ma place, quoi. Et quand je suis arrivé à Paris, j’ai respiré. Je me suis très vite entendu avec une bande de gays. Des gays intellos. On lisait Burroughs, on regardait des films de Tarkovski et on était en fascination sur les films qu’Arielle Dombasle a réalisés et que personne ne connaît.
Après le concert, on est allés dans un kebab alors qu’elle est végétarienne, et je lui ai dit que j’ai adoré Les Pyramides Bleues quand j’avais 16 ans ; elle a halluciné car personne ne connaît ce film.
Arielle : Grâce à Nicolas, j’ai ressorti mes films chez Epicentre.
Nicolas : Elle ne fait jamais la promo de ce qu’elle fait ! Elle a réalisé plein de films que personne n’a vus, sauf moi.


C’est peut-être le destin. Vous croyez au destin ?
Arielle : Je crois au destin et à la Providence.
Nicolas : Je voyais les films d’Arielle quand j’étais ado, donc quelque part, elle m’a un peu construit ! Et de se retrouver 30 ans plus tard, c’est dingue.

Nicolas, vous n’avez pas été starstruck quand vous l’avez rencontrée, du coup ?
Nicolas : Ça fait un bon moment que je ne suis plus impressionné par quiconque. Mais avec Arielle, quand même, pendant trois mois, j’ai été chelou. Avec Bernard-Henri Lévy aussi, et ça a duré plus longtemps !

Qu’est-ce qui vous plaît l’un chez l’autre ?
Nicolas : On a absolument les mêmes goûts.
Arielle : C’est télépathique.
Nicolas : Je me souviens d’avoir composé dans mon salon, à la guitare, Arielle fumait des clopes à côté et on n’avait même pas besoin de se parler, je savais très bien quand il fallait que je change d’accord.

Dans les références pour cet album, dans le dossier de presse, on trouve Bono. Pourquoi ?
Nicolas : Ça, c’est moi qui aime bien U2. Arielle a rencontré Bono avec Bernard-Henri.
Arielle : Bono m’a montré le petit crucifix que lui a donné le Pape et j’ai même pris une photo ! Je suis très heureuse de notre nouveau Pape ! Il a renoué avec la profonde chrétienté. Comme premier geste papal, il a lavé les pieds des pauvres et des prisonniers.


Mais donc, U2 dans cette affaire ?
Nicolas : The Joshua Tree, c’est un super album ! Il faut arrêter de dire que U2 c’est de la merde, il faut arrêter les conneries !
Arielle : On a surtout beaucoup écouté les Stooges, Joy Division, les Smiths et Morrissey - qui est d’ailleurs adoré par les Mexicains, je ne le savais pas du tout.

Dans cet album, il y a un trip un peu moyenâgeux, à la Dead Can Dance. Et du coup, ça a fait tilt dans ma tête : est-ce qu’on vous avait proposé à l’époque le rôle de Valérie Lemercier dans Les Visiteurs ?
Arielle : Ça m’aurait beaucoup amusée. J’aime beaucoup Les Visiteurs. L’idée des Visiteurs est une chose que j’ai toujours trouvée étonnante. Prendre des individus, les sortir de leur sociologie historique et de les mettre ailleurs est hyper-drôle ! Nous-mêmes, si l'on pouvait aller dans n’importe quel siècle, ça serait le pied.

Pour quel siècle opteriez-vous ?
Arielle : Le XVIIème. J’adore l’esthétique de cette époque. J’ai aussi, comme les romantiques du XIXème, une fascination pour le gothique.
Nicolas : Moi, je choisirais maintenant. En Occident en ce moment, on a la civilisation la plus folle. Les gens qui vous suivent se diront que la personne la plus connue de notre époque, c’est Paris Hilton parce qu’elle a fait une sextape et une télé-réalité.

Arielle, vous avez d’ailleurs enregistré par le passé un disque avec Era. Comment ça s’est passé ?
Arielle : Oui, je les ai rencontrés dans un avion. J’aime beaucoup la chevalerie revisitée électro. J’ai une fascination pour le Moyen-Âge. Et j’adore aussi les dieux, les demi-dieux et la mythologie grecque.


Entre Éric Rohmer, Un indien dans la ville et cet album, on peut dire que vous aimez brouiller les pistes. Est-ce une volonté de toujours aller dans des territoires inattendus ou est-ce inné ?
Arielle : J’adore la liberté et la liberté est faite de paradoxes. Et donc fatalement, j’aime des choses antagonistes, ça me plaît. Et donc encore, j’aime beaucoup me retrouver avec des gens d’une grande étrangeté dans une bulle sociologique totalement articulée et totalement différente de moi.
Nicolas : Vous trouvez que je suis étrange ? Les gens pensent que je suis débile.

Justement Nicolas, est-ce que ce n’est pas frustrant de voir votre nom accolé à «génie fou», «ivre» à chaque fois ?
Nicolas : Non je n’en n’ai strictement rien à foutre. Je fais ce que j’ai à faire et je le fais bien, ça marche bien ce qu’on fait avec Arielle. On va même faire un film.

De quoi s’agit-il ?
Nicolas : C’est un film d’horreur...
Arielle : Il est né de La rivière Atlantique.
Nicolas : Arielle réalise et moi j’écris le script avec l’un de mes grands amis qui est urgentiste.

Ça tombe plutôt bien…
Arielle : Exactement, il connaît le sang et les gestes qui sauvent !
Nicolas : Je joue un rôle, mais je m’appelle Nicolas et j’habite où j’habite. Et je suis musicien et me retrouve engagé pour faire la B.O. d’un film qui s’appelle Alien Crystal Palace. C’est très méta. Puis je rêve d’une femme qui balance des éclairs et qui fait flipper. Elle me dit «la mort n’a pas d’emprise sur l’Impératrice», et en fait, c’est Arielle. Et après, il se passe plein de trucs.

++ Vous pouvez retrouver Arielle Dombasle sur son site officiel et Nicolas Ker sur sa page Facebook.
++ Leur album commun, La rivière Atlantique, est disponible.