On va commencer simplement : comment vous avez décidé de faire de la musique ensemble ?
Brian : On est frères et on a toujours beaucoup traîné ensemble. Faire les choses à deux, c’est quelque chose qui nous a toujours plu. Donc quand il a fallu apprendre à jouer d’un instrument, on s’y est mis tous les deux et tout s’est fait de façon naturelle. Perso, je joue de la guitare depuis mes sept ans, tandis que Michael a d’abord appris la batterie avant de se mettre à la guitare vers treize ans, après avoir entendu Nevermind de Nirvana.
Michael : Quand on était petits, on regardait constamment la télé et on enchaînait les documentaires musicaux, notamment ceux sur les Beatles. On voulait être comme eux, avoir la vie et la carrière de ces artistes que l’on voyait à la télé. Ça nous semblait impossible, mais rien ne nous empêchait d’y croire.
B. : Pour tout dire, on avait même un groupe à deux bien avant de former The Lemon Twigs. Jusqu’au jour – il y a trois ans, je crois - où nous avons décidé d’arrêter de tout faire uniquement à deux et on a démarré ce qui est devenu aujourd’hui The Lemon Twigs.
M. : Bon, il faut quand même avouer qu’on continue de tout composer à deux. Les deux autres membres sont surtout là pour la tournée et les séances en studio.
The-Lemon-Twigs-by-Autumn-de-Wilde-3_1290_863
Lequel d’entre vous a suggéré de vous appeler The Lemon Twigs ?
B. : J’en ai eu l’idée, mais c’était plus une blague qu’autre chose. Je trouvais ça idiot, mais c’est resté.

En fait, vous êtes des enfants de la balle. Vous avez joué dans des séries, des films… Michael, tu as même eu un rôle dans Sinister, c’est bien ça ?
M. : Notre mère nous a toujours encouragés à faire du théâtre, à oser. Elle nous a même inscrits dans une troupe. De là, on a eu accès à des auditions, on a réussi quelques entretiens et on a enchaîné les films, plus ou moins bons. C’est assez agréable d’être sur un plateau de tournage, même si ça prend beaucoup de temps. C’est peut-être le seul inconvénient.
B. : Je pense que Michael a un don naturel pour la comédie. Tu vois bien, il ne tient pas en place et a tendance à tout exagérer, dans ses réactions comme dans ses gestes. Mais bon, je suis content que la musique reste sa priorité, même si le fait d’alterner les films et la musique est assez bénéfique finalement.
M. : Ça nous permettra peut-être de faire des clips complètement dingues, et vraiment aboutis du point de vue du jeu, d’ici quelques années.

Malgré cette expérience, est-ce que vous êtes nerveux de publier votre premier album ?
B. : Oh, tu n’imagines même pas à qiel point ! On a voulu faire dix excellentes chansons pop et les réunir au sein d’un même objet. On est bien évidemment heureux du résultat, mais on ne sait pas si les gens aimeront toutes les idées qu’on a tenté de réunir au sein d’une même chanson. On a réellement tenté de mettre tout ce qu’on avait dans ce disque. Les deux singles, These Words et As Long As We’re Together, reflètent bien ça, mais l’album réserve pas mal d’autres surprises.
M. : Jonathan Rado (leader de Foxygen, NDA) a été d’une grande aide également. Pour l’enregistrement, mais aussi dans ses conseils vis-à-vis des médias, de la pression ou autre.


Justement, comment s’est faite la rencontre avec le leader de Foxygen ?
B. : On l’avait contacté via Internet parce qu’on est de très grands fans de Foxygen depuis assez longtemps. On a fini par lui envoyer des démos et, par chance, il a plutôt bien accroché. On lui a donc envoyé d’autres morceaux et on a fini par le rencontrer à New-York, quelque temps avant qu’il ne déménage. Il nous a proposé d’enregistrer notre disque et de nous emmener en tournée avec Foxygen. C’est notre mentor, en quelque sorte.
M. : C’était marrant d’enregistrer notre album et de partager du temps avec ce mec, qu’on admire, tout en allant à l’école. Le mix des deux activités était assez intéressant. On a une chance énorme.

Vos potes, justement, ils en pensent quoi de votre musique ?
M. : Tout le monde est au courant et tout le monde nous supporte dans notre projet. Après, je ne sais pas exactement ce qu’ils en pensent. C’est toujours dur de savoir si c’est sincère ou non.
B. : Je sais que le clip de These Words a plutôt plu, et c’est encourageant pour nous. Ils étaient surpris du nombre de vues sur YouTube.

Et vous, vous étiez surpris également ?
B. : Bien sûr ! C’est vraiment dur de savoir à quoi s’attendre quand on publie un morceau, et c’est super enthousiasmant de voir le nombre d’écoutes. Même si ça ne garantit pas le succès d’un titre pour autant…

Le single, vous l’avez dit, s’appelle These Words. Vous voulez que les gens décortiquent vos textes et les analysent ou vous vous en foutez ?

B. 
: Non, je m’en fiche. Je veux juste qu’ils prêtent attention à la mélodie, à notre travail. Le reste, selon moi, est secondaire.


Votre musique a été comparée à celle des Beatles durant leur période psychédélique et là, Brian, tu portes un t-shirt Yellow Submarine. Franchement, vous ne jouez pas un peu trop la carte du revival ?
: Non, pas du tout. On ne fait que revendiquer ce qu’on aime. On a été influencé par des tas de musiques, mais c’est vrai que les Beatles restent sans doute plus importants pour nous que beaucoup d’autres groupes. Cette façon d’expérimenter tout en étant populaire, ça nous plaît.
B. : Mon père a même une vidéo de moi imitant John Lennon. Je devais avoir cinq ans et, lorsque mon père me demande de chanter un morceau, je lui réponds «tu vas d’abord devoir me payer», une phrase que John avait dite à un journaliste. Comme quoi, c’est quelque chose qui nous suit depuis notre enfance.

Vous diriez que vous avez un problème avec la pop moderne ?
B. : On n’a rien contre ce qui se fait actuellement : Radiohead, Kanye West, Ariel Pink sont des artistes qu’on adore. C’est juste qu’on n’utilise pas de boîtes à rythmes et très peu de synthétiseurs. Du coup, les gens pensent qu’on est rétrogrades ou je ne sais quoi, mais le fait de se priver de ces instruments ne signifie pas que nous sommes contre la musique en 2016.
M. : Je crois que nous composons de manière naturelle et instinctive. Faire des sons à la Drake ou à la Kendrick Lamar, on ne pourrait pas. C’est très intéressant, mais on n’a pas l’imagination pour ça. C’est peut-être étrange, mais quand on se lance dans un morceau, ce sont des sonorités 60’s et 70’s qui sortent. Ça vient naturellement chez nous.
B. : Cela dit, on utilise nos iPhones et nos iPads pour poser nos idées. Comme quoi, on reste de purs produits de notre génération ! (Rires)

Ça va, au moins vous êtes conscients de jouer une musique de «vieux»…
B. : Ouais, on sait que nos parents et ceux de nos potes peuvent écouter notre musique. Mais on sait aussi que les plus jeunes peuvent s’y retrouver. C’est toujours sympa de toucher plusieurs générations.
M. : Nos parents, d’ailleurs, adorent ce qu’on fait. Forcément, en tant que parents, ils nous soutiennent, mais je pense qu’ils se retrouvent dans cette musique qu’ils nous ont beaucoup fait écouter.
B. : Il faut savoir que notre père a toujours été branché musique. Il chantait et composait lorsqu’on était gamin. Il avait même aménagé une petite pièce avec du matériel pour enregistrer. Ça nous a servi pour enregistrer notre premier EP.


On est obligé de prendre des drogues lorsqu’on produit de la pop psychédélique ?
M. : Certains se sentent peut-être obligés de tester, mais nous, on consomme juste ce qui est légal ou tolérable, comme l’alcool et la weed. Le reste nous fait un peu peur. En plus, on est encore jeunes.
B. : Honnêtement, j’aurais peur que ça affecte notre façon de travailler, d’être beaucoup moins assidu et concentré. Et je préfère ne pas prendre de drogue que de ne rien faire.

Ça va peut-être vous paraître étrange, mais j’ai l’impression qu’il y a un côté cartoon dans votre musique également…
M. : C’est vrai, mais on est très jeunes…
B. : Arrête de dire «on» quand tu parles de ton âge, je suis plus vieux je te rappelle.
M. : Ouais, mais on reste très jeunes malgré tout, et on a été plongés dans des tonnes de dessins animés. On a tellement été bercés par ces univers que ça se retranscrit sans doute d’une manière ou d’une autre dans notre musique.
B. : On a toujours bien accroché aux dessins animés des Looney Tunes, très psychédéliques pour le coup, et de Disney. Perso, j’ai toujours trouvé ça marrant de se projeter dans un personnage de dessin animé, d’autant plus quand ce personnage est un animal. Ça renforce l’immersion, j’ai l’impression.

Et vous jouez à Pokémon Go ?
B. : Non, on n’a pas le temps. L’album vient de sortir, on donne des interviews, on prépare la tournée et on a déjà les démos du prochain album. On ne veut pas perdre de temps.

++ Retrouvez The Lemon Twigs sur leur site officiel et leurs comptes Facebook, Soundcloud et Instagram.
++ Leur premier album, Do Hollywood, est disponible ici. Ils joueront au Bataclan (Paris) le 21 novembre dans le cadre du festival des Inrocks.