Comment avez-vous abordé la bande originale de ce film ? Quel en a été le fil conducteur ?
Maud Geffray : Nous nous sommes attachés à ce qui se passait dans la tête du personnage principal, l’héroïne du film. On voulait que la musique reflète ses émotions, ses envies, ses névroses. Elle était le véritable moteur de la construction de cette B.O. Toute la musique du film est centrée sur elle.

Vous avez été étudiants en cinéma. Cela aide-t-il pour faire une B.O. ?
Sébastien Chenut : Pas tant que cela. Ce qui aide, c’est de voir des films, et avec Maud, nous en voyons des dizaines et des dizaines. Nous sommes autant music-addicts que ciné-addicts. Le cinéma a toujours occupé une place primordiale dans notre vie, et pas seulement à cause de nos études. Et puis, nous avions déjà une expérience en ce qui concerne la musique de films puisque nous avions déjà composé celle du précédent film de Zoe.
Maud : Moi, cela m’a un peu aidé, d’autant plus que durant mon parcours d’étudiante en cinéma, j’avais une option musique de films. J’ai appris des choses à ce moment-là qui me servent encore aujourd’hui.


Y a-t-il des compositeurs de B.O. qui vous ont inspirés ?
Sébastien : Inspirés, je ne sais pas, mais marqués, bien sûr. J’adore, comme plein de gens d’ailleurs, les B.O. de Morricone. Je ne sais pas s’il y a mieux au niveau compositeur de musique de films. Lorsque je regarde des westerns spaghettis, l’action ne m’intéresse pas tant que cela, je suis focalisé sur ses compositions. J’aime aussi beaucoup les Goblins (groupe de prog' italien auteur de nombreuses B.O. pour Dario Argento, ndlr) et John Carpenter, qui compose souvent lui-même les B.O. de ses films.
Maud : Moi, j’ai toujours eu une profonde admiration pour le travail d’ Eric Serra (compositeur de la B.O. du Cinquième Élément entre autres, ndlr).

Vous avez composé les B.O. des deux films de Zoe Cassavetes. Avez-vous travaillé pour d’autres ?
Sébastien : Pour le moment, non.
Maud : Non, même si j’ai eu une commande du Louvre qui n’était certes pas une B.O. mais un projet pour lequel le travail était assez similaire. C’était pour Kaamos, un film qui se déroule en Laponie et avait été projeté au Louvre dans le cadre des Journées Internationales du film sur l’Art. Le musée m’avait commandé une création musicale pour le film que je jouais live. Ce travail m’a beaucoup appris sur comment composer une musique par rapport aux images.

Je suppose que composer la B.O. d’un film, faire un album ou un mix sont des choses totalement différentes ?
Maud et Sébastien : Totalement. Cela n’a rien à voir. Quand tu composes la musique d’un film, tu te dois d’être humble. Ta musique n’est pas là pour être mise en avant. Elle est l’accompagnement du film. Quand tu réalises une B.O., tu te mets au service d’un réalisateur ou d’une réalisatrice. Ce n’est jamais à toi que tu dois penser, mais à lui ou elle. C’est l’opposé de produire sa propre musique, qui est quelque chose de bien plus égoïste.


Dans le film, même la musique additionnelle est de vous, comme Paris que l’on entend dans une scène de bar.
Maud : Oui, c’est parce qu’on est tellement mégalos que l’on veut que tout vienne de nous ! (Rires) Non, en fait c’est parce que le film de Zoe est un petit budget et que cela revenait moins cher de procéder ainsi.

Zoe, comment s’est passé le travail avec Scratch Massive sur ton film ? Par rapport au matériau qu’ils t’ont fourni, y a-t-il eu beaucoup de choses à changer ou revoir ?
Zoe Cassavetes : Non, en fait presque rien. C’est extrêmement facile de travailler avec eux. Ils comprennent exactement ce que je veux. J’étais très contente de leur travail sur Broken English. C’est pourquoi c’était une évidence pour moi de les reprendre comme compositeurs de la musique de mon nouveau film. Bien sûr, il y a eu quelques retouches. Parfois la musique était trop longue par rapport à un plan ou ne cadrait pas exactement avec ce que je voulais, mais je n’ai presque rien enlevé du matériel qu’ils m’ont fourni. Entre nous, les choses tournent vite et l’on se comprend facilement.

Capture d’écran 2016-11-01 à 14.23.16Zoe Cassavettes

Tu as tourné des clips pour Scratch Massive (Like You Said, Paris). Eux font la musique de tes films. C’est un work in progress ?
Zoe  : En quelque sorte, oui. Nous aimons travailler ensemble. Au fil des années, l’entente est devenue presque parfaite. Nous connaissons de mieux en mieux nos travaux réciproques. Lorsque j’ai réalisé des clips pour eux, ils voulaient quelque chose de très cinématographique. Leurs clips racontent une histoire, qui plus est avec des comédiens de cinéma. J’aime cette façon de travailler ensemble : moi qui réalise leurs clips et eux qui composent les B.O. de mes films.


Maud et Seb, vous bossez pour Zoe qui fait du cinéma indépendant. Pourriez-vous composer des B.O. de films mainstream ?
Maud : Nous n’avons aucun a priori mais je pense que ce serait difficile. Quand tu travailles pour un film indépendant, tout est assez simple. Même avec le producteur, la discussion est facile. S’il y a un truc qui ne va pas, il te le dit et tu le retravailles. Tout cela dans un climat de confiance. C’est ce qui s’est passé sur Day Out of Days. Pour un film à gros budget, tout est beaucoup plus compliqué.  Quand tu vois ce que dit un musicien aussi talentueux et respecté que Philip Glass sur la façon dont cela s’est passé lorsqu’il composait des musiques de films, qu’il arrivait que l’on massacre son travail ou qu’on n’arrêtait pas d’y faire des coupes, tu n’as guère envie de travailler pour les films à gros budget. En plus, souvent dans ces films, la musique surligne beaucoup trop l’action. Ce n’est pas notre façon d’envisager la musique de films.

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++ La B.O. de Day Out of Days est disponible ici.