Bon, on commence avec la question classique : comment vous êtes-vous rencontrés ?
Connan Mockasin :
On s'est rencontrés à une fête en 2007, où l'on jouait tous les deux. On ne s'est pas trop parlé, on est tous les deux très timides. Nous nous sommes ensuite revus dans quelques festivals, et en février 2008 ,Sam m'a invité à faire la première partie de son groupe de l'époque, Late of the Pier, pour une tournée. Il m'a invité à dormir dans son tourbus, ce qui me changeait de mon van, et on est devenus amis.

Est-ce que vous avez vraiment, tous les deux, des cheveux doux ?
Sam Dust (LA Priest) : Oui, on en prend extrêmement soin.
Connan : Notre nom nous est venu parce qu'une fille nous a dit un jour : "vous avez tous les deux des cheveux si doux", et ça a été comme un déclic.


On sait que dans les films noirs, il y a souvent une dualité entre la blonde et la brune, l'une représentant la femme fatale et l'autre l'épouse fidèle. Dans Soft Hair, qui joue quel rôle ?
Sam : Je crois qu'on peut l'être chacun à tour de rôle, ça dépend des moments. On peut chacun être la belle ou la bête.

Cette comparaison m'est venue parce que dans votre clip pour Lying Has to Stop, une scène de douche m'a fait penser à Psychose...
Sam : On était très fatigués quand on a tourné cette scène, donc il y a des choses qu'on a loupées, mais cette scène de douche est très littérale, ce n'est pas forcément un hommage.

La pochette de votre album, très belle et étrange, vous voit déguisés en Adam & Ève glam'. C'est l'artiste français Théo Mercier qui l'a réalisée : pourquoi lui, et comment l'avez-vous rencontré ?
Sam : On l'a rencontré par des amis communs, il y a longtemps, et ça a vraiment été une belle rencontre.
Connan : On est des control freaks, on a pas l'habitude de travailler avec des gens, mais avec lui les choses se sont passées à merveille, on arrivait à se comprendre.
Sam : Les visuels qu'il nous a donnés sont très originaux, on ne voit pas souvent ce genre de choses dans les photos de presse traditionnelles. C'est un artiste très intelligent, il réfléchit à ce qu'il fait et pas en fonction de telle ou telle tendance.


Cette pochette, comme votre musique, oscille entre quelque chose de beau, d'un peu effrayant et de très drôle, d'un humour très particulier.
Sam : Pour être honnête, ça fait longtemps qu'on a enregistré l'album. Ce qu'on fait ne nous paraît pas si bizarre ; pour nous, c'est très naturel. Ce serait beaucoup plus étrange si on était là, sur la pochette de notre album, avec des super fringues hors de prix.

Mais pourquoi vous être déguisés en Adam & Ève ?
Sam : On ne s'en était même pas rendu compte jusqu'à maintenant - c'est le journaliste qui est passé avant toi qui nous l'a dit. Je crois que c'est une image tellement archétypale qu'on n'a même pas eu besoin d'y faire référence explicitement pour qu'elle apparaisse. Mais cette image a quelque chose de très sérieux, comme notre musique et nos paroles d'ailleurs. C'est ce qui nous excite le plus : d'aller vers une forme de sérieux et d'intensité, à notre manière évidemment. Beaucoup de gens, à nous voir et à voir nos clips, pensent que notre but est simplement de rigoler, mais ce qu'on fait n'est pas une blague, c'est extrêmement sérieux.

C'est ce qui est frappant quand on écoute vos paroles : là où votre musique est bizarre et sinueuse, vos paroles sont au contraire très directes, elles parlent d'amour, de coeurs brisés, etc. C'est un peu comme si, derrière cette apparence extravagante, vous cachiez quelque chose d'au fond assez normal.
Connan : 
En tout cas, ce n'est pas conscient.
Sam : Pour ce qui est des thèmes des paroles, il faut savoir qu'au début, cet album devait être la bande originale d'un film, donc mises à côté de certaines scènes qui les aurait un peu plus contextualisées. Pour nous, quand on se focalise sur les histoires d'amour, de jalousie, etc., c'était relié à la santé physique et mentale. De sorte qu'il y avait une analogie entre la désintégration d'un couple et la dissolution de ta personnalité, quand tu ne peux plus penser et que tu n'arrives pas à exister. La paranoïa et la jalousie que nous évoquons étaient reliées à une paranoïa sur sa propre santé, sur ton corps et ton esprit défaillant. Peut-être qu'un jour on arrivera à faire ce film !
Connan : On aimerait beaucoup mettre cet album en images.


Vous chantez dans un de vos refrains que vous êtes "amoureux d'une fille chinoise, et pas d'une fille japonaise". Connan porte un T-shirt avec des caractères japonais. Qu'est-ce qui vous plaît dans la culture extrême-orientale ?
Sam :
Avant de rencontrer Connan, je n'avais jamais connu quelqu'un avec une petite amie japonaise ou chinoise (ils essaient de se rappeler, laborieusement, qui était la copine de Connan quand ils se sont rencontrés, sa nationalité exacte, ndlr).
Connan : J'ai été avec les deux.
Sam : Mais avec la Chinoise, c'était une histoire beaucoup plus sérieuse qu'avec la Japonaise. Pour la culture asiatique, c'est en partant en tournée qu'on l'a découverte, qu'on a découvert ces mondes qui nous paraissent tellement étrangers. C'est dur d'en parler sans tomber dans l'exotisme eurocentrique.
Connan : Mais ça marche dans les deux sens : quand les Japonais vont en France, ils ont ce qu'on appelle le syndrome de Paris, où ils se sentent malades parce que la ville est tellement décevante, moche et sale par rapport à la vision idéalisée qu'ils en avaient, c'est une telle déception.
Sam : Quand t'es Anglais, c'est différent : on méprise tellement les Français que quand on vient pour la première fois à Paris, c'est une agréable surprise. Mais quand t'arrives au Japon, tout est nouveau, différent, et tellement attachant. Bon, ils ont quelques trucs qui craignent un peu : leur population vieillit, ils font la chasse à la baleine... Mais il ne faut pas généraliser non plus.

Mais Connan, toi-même tu viens de très loin, de Nouvelle-Zélande...
Connan : Par rapport à l'Europe, le Japon est à mi-chemin de la Nouvelle-Zélande. Or même si il y a une différence énorme entre les cultures néozélandaises et nippones, au Japon, les gens comme moi on les appelle des Kiwi Husbands ; on est très recherchés, on a la réputation d'être de très bons maris. Ça m'a profité.

Vous avez enregistré cet album en Nouvelle-Zélande et en Angleterre principalement. Quel est l'endroit où vous vous sentez le mieux pour travailler ?
Connan : On l'a enregistré en France aussi, et dans des chambres d'hôtel.
Sam : Les endroits qu'on choisit, c'est a priori pour une atmosphère particulière ; enregistrer sur une plage ou en haut d'une falaise, ce n'est pas du tout la même chose. Il faut que les conditions d'enregistrement soient bonnes, et que votre état d'esprit, votre inspiration et le lieu soient accordés. Et aussi que nous travaillions bien tous les deux ensemble. On ne travaille pas à distance, en s'envoyant des mails, on a besoin d'être présents l'un avec l'autre.
Connan : Et ça a été une belle expérience. Même si ce disque est en boîte depuis cinq ans, à attendre sur une étagère, on est très contents qu'il voie enfin la lumière du jour.


++ La page Bandcamp de Soft Hair, et les pages Facebook de Connan Mockasin et LA Priest.
++ Leur album éponyme est disponible.