ALISTER : Cet album fonctionne comme un trip musical mais aussi comme une déclaration d'indépendance après le succès de votre premier album. Je me trompe ?
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ANDREW : On a vraiment été content du succès d'Oracular Spectacular, mais on s'est aussi senti incompris comme cela arrive à beaucoup de musiciens. On voulait ne pas être réduit à ce duo électropop. On ne s'est jamais identifié à un seul style musical. On voulait juste faire un album qui représente plus fidèlement la musique qu'on écoute, qui prenne aussi en compte notre expérience live. Et puis on n'aime pas faire deux fois la même chose.
 
ALISTER : Tout sur cet album est complexe : la musique, les paroles, la production…
 
BEN : Oui, on voulait un album où l'on découvre à chaque écoute quelque chose de nouveau. Que tout ne soit pas livré d'emblée… C'est quelque chose qu'on aime dans la musique qu'on écoute… qu'elle ne soit pas trop évidente…
 
ALISTER : D'où le choix de ne pas sortir de single comme vous l'avez annoncé dans la presse ?
 
BEN : C'est un peu exagéré… On voulait juste dire qu'il n'y avait pas de titres aussi accessibles que Kid et Time To Pretend, des trucs aussi dansants…
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{C}ALISTER : Le son est beaucoup plus américain sur Congratulations… Avec la touche psychédélique californienne 60's genre Love, Sagittarius, Beach Boys…
 
ANDREW : Oui. Ca fait partie de mes groupes préférés. On a voulu faire un mix de cette sunshine pop 60's et des groupes anglais psychédéliques des 80‘s.
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ALISTER : Sur le premier album les influences étaient moins évidentes. Ici on les entend tout de suite…
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BEN : C'est une des choses qui est arrivée avec Oracular. Les gens cherchaient des influences. La plupart du temps elles étaient complètement à côté de la plaque… Cette fois on a décidé de ne pas masquer d‘où venaient nos idées. Ou de faire croire qu'on inventait un style radicalement nouveau.
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ANDREW : On écoute beaucoup de groupes qui font apparaître leurs influences clairement. C'est aussi un signe de confiance de faire ça. Même pour les paroles.
 

 

ALISTER : Comment vous sentez-vous en tant que groupe américain ?
 
BEN : C'est étrange que les gens en Europe aient compris plus vite notre musique que les Etats-Unis. Il n'y a pas de tonnes de groupes auxquels nous identifions ici à New York, même si on a des potes.
 
ANDREW : C'est peut-être aussi parce qu'on a plus tourné dans le monde qu'aux Etats-Unis. C'est difficile de toucher tout le monde ici, c‘est tellement grand. Mais on pense bien y arriver avec ce disque.
 
ALISTER : J'ai une question française pour vous : où en êtes vous de votre conflit avec l'UMP et Sarkozy ? Est-ce que l'affaire est close ?
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ANDREW : Oui, c'est clos depuis un an je pense. Tu connais l'histoire ? Ils utilisaient Kids sur leur site sans nous avoir demandé… D'habitude ce n'est pas un problème mais là…
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ALISTER : Et pour régler l'affaire, ils vous ont proposé une compensation d'1 euro, ce que vous aviez trouvé « insultant »…
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BEN : C'était surtout hypocrite de nous proposer ça et en même temps d'essayer de faire passer une loi sur le téléchargement…
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ANDREW : Finalement on a reversé l'argent à une association pour Haïti… Par un étrange coup du sort…
 
ALISTER : Venant de ce parti c'était bizarre de choisir un titre de MGMT…
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BEN : On essaie de ne pas rentrer dans des questions politiques, là c'était vraiment un problème juridique…
 
ANDREW : On n'a pas envie de rester douze heures à la douane la prochaine fois qu'on vient en France (rires)… On veut rester positif.
 
ALISTER : Il parait que Paul McCartney veut travailler avec vous, mais seulement si vous l'appelez ?
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ANDREW : C'est des conneries ! Excusez mon français… On a fait un concert avec lui, on l'a rencontré et je lui ai dit « Hey Paul, quand est-ce qu‘on écrit une chanson ensemble ? » Et il a pas vraiment répondu… Mais on adorerait ça…
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BEN : C'est sans doute une phrase qu'on lui a mis dans la bouche après lui avoir demandé : « Quels groupes trouvez vous cool ? » et « Est-ce que vous voudriez collaborer avec eux » ? C'est pas quelque chose qu'il veut vraiment je pense…
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ANDREW : C'est comme si nous on nous demandait « Est-ce que vous voulez travailler avec les Beatles ? »… (rires)
 

ALISTER : Il y a un autre musicien anglais qui vous intéresse c'est Brian Eno. Il y a une chanson sur l'album qui porte son nom… Est-ce que vous avez essayé de travailler avec lui ? Les paroles sont un peu ambiguës à son sujet (nda le texte est tout au plus ironique, brossant le portrait d‘un Eno excessivement gourouesque « Je vois bien qu‘il est souriant/Mais qu‘est-ce qu‘il sait ?» etc...)
 
ANDREW : Au début on voulait qu'il produise cette chanson… Mais finalement ça ne s'est pas fait… Je pense qu'il est blessé maintenant… Mais ce n'était pas censé être offensant.
 
ALISTER : Elle est un peu maligne quand même…
 
ANDREW : Oui un peu…On voulait juste que ça soit un moment un peu léger sur l'album. C'est une chanson marrante pour danser.
 
ALISTER : Est-ce que vous utilisez les « stratégies obliques » (nda jeu de cartes inventé par Brian Eno pour débloquer les crises d'inspiration artistique) ?
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ANDREW : Oui. On avait ça en studio avec Sonic Boom. On a même nos propres stratégies qui s'appellent les « stratégies obtuses » qui sont assez ridicules (rires) …
 
ALISTER : Vous avez un exemple ?
 
ANDREW : La première qu'on a écrite dit Go Fuck Yourself (rires) … Mais on en a des meilleures…
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Ils cherchent…
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BEN : Je  m'en rappelle plus…
 
ANDREW : C'est des blagues en fait.
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ALISTER : Dans votre chanson Siberian Breaks vous dîtes « Marianne pass me the joint » et dans Time To Pretend vous disiez « I'll move to Paris, shoot some héroïne ». C'est quoi ce lien entre la France et la drogue ?
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ANDREW : Etre en France c'est comme être sous drogues (rires). C'est un si beau pays. On a pris des drogues en France…. Euh… On adore la cuisine aussi.
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ALISTER : Et cette  « Marianne » elle existe vraiment ?
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ANDREW : Oui. Je faisais référence à Marianne Faithfull. Je l'imaginais avec Mick Jagger à l'arrière d'un taxi, fumant un joint avec leurs lunettes de soleil.
 
ALISTER : Vos paroles sont souvent cryptées, labyrinthiques… Qui les écrit ?
 
ANDREW : C'est moi.
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BEN : On n'essaie pas délibérément d'être compliqué ou gratuitement obscur. Juste stimulant. On ne veut pas exclure les gens genre « Vous n‘êtes pas assez cool pour écouter MGMT » ...
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ANDREW : Ca fait sens pour nous. On a envie que pour les gens aussi.
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ALISTER : Vous n'êtes pas dans un songwriting classique type « storytelling « : « I woke up this morning »…
 
ANDREW : Vraiment ? Et qu'est-ce que t'as fait ? (rires) C'est ennuyeux… On dirait un vieux Noir de 75 ans du Mississipi. J'ai pas envie de savoir ce qu'il a fait ce matin. Je préfère les histoires bizarres. Je veux parler d'aliens et de fumer du crack dans le métro.
 
ALISTER : Quels sont vos paroliers préférés ?
 
ANDREW : Raffi (nda sorte d'Henri Dés local)… Quand j'étais enfant (rires)… J'aime aussi David Byrne, Neil Young…
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ALISTER : Il y a 9 chansons sur l'album, mais on pourrait dire qu'il y en a une centaine tellement il y a d'idées…Vous essayez de casser le moule couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain ?
 
ANDREW : On avait déjà essayé ça sur le premier album en même temps que de vouloir écrire la musique la plus catchy de tous les temps…On veut toujours écrire de la musique pop qui ne suive pas des structures normales… C'est un peu aussi notre façon d'écrire qui nous mène là… On ne compose pas en chantant par exemple. On doit trouver un autre moyen de rendre ça intéressant. Mais ça serait bien aussi de se mettre à des choses plus simples.
 
ALISTER : La dernière chanson Congratulations est assez classique dans ce sens ?
 
ANDREW : Oui celle là est plus couplet/refrain/couplet/refrain/outro…
 
ALISTER : Applaudissements (nda la chanson se finit par des applaudissements, donc).
 
ANDREW : C'est nous aussi, les applaudissements… Vraiment magnifique. (rires)
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ALISTER : Vous écrivez d'abord des instrumentaux ? Et après la mélodie de voix et les paroles ?
 
BEN : Oui ,c'est ça… On fait tout l'arrangement sans savoir ce qu'il va y avoir dessus… Parfois on rajoute la voix à la toute fin.
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ANDREW (à Ben) : C'est frustrant pour toi… Je veux te montrer la mélodie que j'ai dans la tête… C'est difficile parfois…
 
ALISTER : Vous êtes physiquement dans la même pièce à cette étape du processus ?
 
BEN : Oui. Quand on a commencé, on travaillait séparément mais maintenant on s'y met à deux dans la même pièce jusqu'à ce que soit fini…
 

ALISTER : Vous êtes rentrés dans une phase plus live avec ce nouveau groupe (nda les 3 autres membres font désormais officiellement partie du groupe MGMT)… Je vous ai vus à Rock en Seine au mois d'août dernier et j'ai vraiment été agréablement surpris par votre prestation… On m'avait dit que vous étiez un peu décevants sur scène, mais en fait c'est parce que vous aviez déjà mis de côté l'aspect électro de votre musique… Et les gens voulaient que ça sonne comme sur le disque…
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BEN : C'est vrai. Mais maintenant, les gens vont mieux comprendre où on voulait en venir. Je pense qu'avec cet album on va définitivement aller dans cette direction… On a écrit cet album en pensant à le jouer live en groupe… On écoute beaucoup de musique comme ça… C‘est très excitant…
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ALISTER : Vous pensez qu'on revient à de la musique jouée ?
 
BEN : Oui. C'est pour ça qu'on a fait ce disque. Nous,  maintenant, on écoute de la vieille musique jouée par des groupes, comme du rock psychédélique, et pas par des producteurs avec leurs machines. Du coup, ça été plus facile pour nous de répéter avec le groupe.
 
ALISTER : On a un peu oublié que c'était pas mal de « jouer » de la musique ?
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BEN : Il y a eu un moment où les gens pensaient que si les musiciens montaient sur scène et ne savaient pas jouer de leurs instruments c'était un show horrible. Maintenant ,c'est presque le contraire qui se passe, où les gens sont plus attentifs au côté théâtral, à la mise en scène et veulent que ça sonne exactement comme sur l'album, quitte à ce que le groupe joue avec des bandes préenregistrées…
 
ANDREW (diplomate) : En même temps chacun fait ce qu'il veut…
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ALISTER : Vous pensez quoi de Protools ?
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BEN : On s'en sert… C'est drôle pour créer des choses humainement impossibles à faire, en studio, mais on en n'est pas dépendant… Sur scène on essaie de s‘en sortir à 5… Parfois y'a des journalistes qui disent qu'on fait des concerts pourris mais bon…
 
ANDREW : Parfois ils ont raison… (rires)
 
BEN : Mais là, on en est au point où l'on joue de mieux en mieux sur scène…
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ALISTER : Est-ce que la scène est aussi naturelle que le studio pour vous ? Vous aimez ça ?
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ANDREW : On préfère les petits concerts… On ne se voit pas forcément en « entertainers »… On est juste des musiciens… Le show constitue à faire de la bonne musique sans utiliser de bandes… Ca mobilise toute notre concentration…Certains pensent que c'est ennuyeux à cause de ça… Mais les groupes qu'on préfère ne sont pas des gens qui sautent partout et haranguent la foule… Cela dit, je viendrai en rollers à chaque concert sur cette tournée…
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ALISTER : Dernière question française : est-ce que vous savez que « Petit Bateau » veut dire « Little Boat » ? (nda MGMT a posé en 2008 pour la marque de sous-vêtements enfantins).
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BEN : Oui, oui…
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ANDREW : Non, je ne savais pas ça… Mais toi, est-ce que tu sais pourquoi ils ont fait appel à deux mecs bizarres à tête de drogués pour cette campagne? Je ne sais pas… Et en plus on n'a toujours pas reçu de vêtements (rires)…
 
 
Interview: Alister // Prise de vue: Valentine Faure // Photos: DR.