Vous vous appelez Girls parce que vous êtes des garçons émotifs ?
J.R. :
Je ne crois pas que les filles soient plus émotives que les garçons en général. En revanche, elles ont un rapport beaucoup plus affectif à la musique, et plus envie de faire partager leurs goûts. J'ai découvert tellement de morceaux et de groupes grâce à mes copines. Après, est-ce qu'on est si sensibles que ça, je ne sais pas. Au quotidien, j'ai surtout l'impression d'être un emmerdeur !
Christopher : Notre musique n'est pas très émotive, en tout cas on ne la conçoit pas comme telle. On essaie juste de faire le plus beau son possible, pas forcément d'aller chercher l'auditeur.

Et du côté du songwriting, pas d'intention non plus ?
Christopher :
Non, rien de rationnel. Ça se construit au fur et à mesure, comme cette conversation. J'exprime ce qui me passe par la tête à un moment donné.

Nous, on pensait que vous vouliez attirer les filles émos.
Christopher :
Qu'elles viennent ! Nous on accueille tout le monde, surtout on ne veut exclure personne. Evidemment on ne vendrait pas notre âme pour faire l'unanimité, on n'engagerait probablement pas Dr Dre pour que ça plaise. Quoique... Mais en tout cas on ne veut pas être considérés comme un groupe à la mode. Les gens à qui on veut vendre l'album, ce sont les personnes les plus ordinaires, pas un groupuscule de hipsters.

Vous ne vous revendiquez pas de la culture 90ies en grâce chez eux en ce moment ?
Christopher :
Non, il y avait beaucoup de très bons groupes à cette époque, mais il n'y a pas de période qui nous semble plus intéressante qu'une autre en musique. On a grandi en écoutant les Stones, Michael Jackson, Take That ou Guns'n'Roses, maintenant on écoute aussi Ariel Pink ou Cass McCombs. On aime tellement de trucs.

 



Ce n'est pas plus difficile de créer une histoire ou un style propres au groupe du coup ?
Christopher :
On essaie mais bon, on ne veut pas voir notre musique comme un pur objet à moduler, à habiller. Hé, attends, tu essaies de nous dire qu'on n'existe pas vraiment en tant que groupe ?

Non, juste que vous n'avez pas de mythologie.
J.R. :
C'est vrai, mais parce qu'on a toujours voulu conserver un mode de fabrication brut. Tous ces trucs sont crées par les acteurs secondaires, ceux qui sont là pour faire du fric avec les disques. Le mythe ne vient pas du groupe, il est distillé dans la presse pour faire des effets. Nous, on veut avant tout parvenir à l'idéal qu'on s'est donné au niveau du son, et faire des morceaux accessibles. C'est génial d'être un groupe qui alimente les fantasmes, qui sort des biographies comme Led Zeppelin. On sait que les gens s'attachent aussi à ça, mais on n'est pas Mötley Crüe, on ne vend pas des histoires.

Christopher pourrait jouer avec la médiatisation de son enfance (passée dans une secte, ndlr).
Christopher :
Bien sûr. Mais les gens sont déjà tellement indécents avec ça. C'est devenu un passage obligé des interviews. Toujours les mêmes questions sans fondement. Il y a un vrai opportunisme là-dedans, en plus d'une absence totale de sensibilité.

Vous avez le sentiment de sacrifier beaucoup de vous pour le groupe ?
J.R. :
Oh, moi de toute façon je suis un garçon généreux ! Mais bien sûr, rien que la tournée, c'est une concession permanente à l'hygiène, à l'amour, à toutes les petites choses confortables, à notre santé... Et puis on reste des personnes, donc les critiques nous touchent en tant que telles. On ne peut pas se réfugier derrière le groupe en tant que chose autonome.

Ça n'a pas l'air très sexy.
J.R. :
Si ça l'a été, ça ne l'est plus, c'est certain. On ne peut pas être heureux en vivant comme ça. Après avoir joué, je me sens plus naïf et plus vulnérable, mais jamais plus épanoui. En plus, on n'est pas vraiment des rocks stars, on ne boit quasiment pas, on n'a pas d'histoires. Le sexy c'est pas franchement notre créneau...

Vous ne seriez pas des groupies de girls alors ?
Christopher :
Ah non, moi ce serait Zac Efron.
J.R. : Et moi Dan, notre tour manager. D'ailleurs, il a déjà des groupies. Ce type est devenu ma figure masculine préférée.

Vous aimeriez les vampires aussi ?
Christopher :
Oui, c'est hyper sexy les vampires. Beaucoup plus que les loups-garous en tout cas.
J.R. : Il y a un imaginaire beaucoup plus intéressant autour des vampires... et je ne suis pas trop fan des chiens.

Vous auriez fait autre chose si vous aviez été des filles ?
J.R. :
Oui, je crois. Je n'aurais sans doute jamais ressenti le besoin d'écrire des morceaux en fait. Et j'aurais probablement recherché un mode de vie plus doux.
Christopher : Moi aussi. J'aurais voulu vivre de plaisirs simples. Etre choyé, être aimé... Ce qui me manque le plus aujourd'hui, c'est de passer des journées entières devant ma télé à pleurer quel que soit le programme... La musique, ce n'est jamais pleinement satisfaisant.


Clip - Lust For Life




Par Elise & Jean-Benoit.