« J'ai grandi à Harlem dans les années 70. Quand je compare mon enfance à celle de Richard Porter, mon meilleur ami, je me dis que j'ai eu de la chance. Sa mère à lui était une droguée et son père avait foutu le camp. Etant l'aîné, c'est lui qui devait s'occuper de son frère et de sa soeur. Richard a dû apprendre à devenir un homme alors qu'il n'était encore qu'un gamin. A 13 ans, il avait déjà un pied dans le trafic de drogue. Dans un premier temps, il se contentait de transporter de la drogue d'un endroit à un autre. Ensuite, il a commencé à fabriquer du faux shit qu'il vendait aux jeunes blancs du New Jersey de passage à Harlem pour s'approvisionner avant le week-end. Ca lui rapportait pas mal de fric mais il avait pris goût à l'argent facile, il en voulait toujours plus. Rich s'est donc mis à vendre de la drogue dure. Un beau jour, il s'est fait arrêter par les flics et s'est retrouvé en prison. A cette époque, moi je travaillais dans une laverie. J'étais un gamin tranquille. Pendant que Rich était à l'ombre, j'ai commencé à sortir avec sa soeur. C'était désormais à moi que revenait la responsabilité d'entretenir la famille Porter. Mon salaire à la laverie ne me permettant pas d'y arriver, je me suis mis à dealer à mon tour à la fin de l'année 1983.

En prison, Richard s'est lié d'amitié avec un mec qui s'appelait Alpo. Quand ils sont sortis, on a décidé de s'associer tous les trois. En moins de deux, on était devenu les plus gros dealers de coke de Harlem. On n'avait que 16 ou 17 ans mais on brassait déjà des centaines de milliers de dollars chaque semaine. Partout à New York, des gens nous idolâtraient. On était des stars, tout le monde voulait rentrer dans notre cercle. Quand on allait dans un bar, le propriétaire était aux anges parce qu'il savait qu'une foule de fans allait bientôt nous rejoindre. On était des rois et on avait notre cour. Toutes les filles, même les plus belles, voulaient être avec nous parce qu'on avait les moyens de leur offrir des voitures, des fourrures ou des bijoux. Rich, Alpo et moi étions les meilleurs. Mais ça n'a pas duré.
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Au cours de l'été 1987, deux hommes se sont introduits dans mon appartement pour me cambrioler. J'étais en compagnie de cinq autres personnes. Ils ont tiré sur tout le monde à bout portant. J'ai pris neuf balles, dont deux dans la tête. Personne ne pensait que je m'en sortirai. Même pas ma mère. Quand je suis sorti de l'hôpital, j'ai appris qu'elle avait dépensé une bonne partie de l'argent que j'avais caché chez elle, en s'achetant notamment un manteau à 14 000 dollars. Pendant que j'étais entre la vie et la mort, ma mère courrait les magasins. Une belle image pour un fils… Mais ça m'a permis de réaliser que ceux qui m'entouraient ne m'aimaient que pour mon fric. L'argent ne peut pas tout acheter. Un coeur ne s'achète pas. Avec de l'argent, tu peux te payer un coeur en toc mais pas un vrai coeur. J'ai alors décidé d'arrêter de dealer et en parallèle, j'ai revendu mes voitures, mes chaînes en or et tous mes accessoires de luxe. Mon objectif était de faire le ménage autour de moi, d'éloigner les sangsues. En 1989, j'avais complètement tourné le dos à cette vie-là mais Rich et Alpo étaient encore dans le business. En décembre de cette année-là, le petit frère de Rich s'est fait kidnapper. Alors qu'il se démenait pour récupérer les 500 000 dollars de rançon, Rich s'est fait descendre par Alpo pour des histoires d'argent. Quelques semaines plus tard, son petit frère était retrouvé mort. On a découvert plus tard que celui qui l'avait séquestré n'était autre que son oncle.

Les dealers et autres gangsters finissent toujours par le payer. En l'espace de quelques années, au moins soixante personnes se sont faites assassinées autour de moi. Aujourd'hui, ce qui me fait le plus mal c'est d'entendre tous ces rappeurs qui s'approprient notre histoire pour glorifier le crime. S'ils avaient vraiment vendu de la drogue, ils ne s'en vanteraient pas. Aucun dealer n'est fier de son passé. Les gangsters vivent dans le mensonge. Ce sont des gens tristes.»


IDOLES DU RAP
L'histoire d'Azie, Rich et Alpo est une source d'inspiration pour les rappeurs américains. La preuve en textes :
- 50 Cent dans le morceau 50 Bars :
«Yo Black is flashy like Alpo (...) Picture this is a nigga gettin it like Rich Porter»
- Jay-Z dans le morceau There's Been a Murder :
«The twin brother of Rich Porter, separated at birth»
- Noreaga dans le morceau All We Got Is Us :
«I'm like Rich Porter, the epitome of Alpo, Azie and Nicky Barnes»
- Cormega dans le morceau The Realness :
«No more to say, words can't explain; like Rich Porter's grave, this is a ghetto monument»


Par Anais Carayon // Photos : Richdirection