Si je vous dis que j’ai l’impression d’entendre un Starmania ésotérique quand j’écoute votre disque, c’est OK ? 
Jimmy : C’est pas la première fois qu’on nous le dit, donc c’est pas un délire. Même notre label québécois, Dare To Care, a trouvé une ressemblance.
Emmanuel : Je crois qu’à une certaine époque, c’était vu comme quelque chose de ringard, comme un plaisir coupable. Pour moi, c’est pas mauvais cette intention d’opéra rock glam' à la française.
Christophe : Il y a même beaucoup de bon, je l’ai écouté récemment à 45 RPM. Ouais : ça passe plus vite et ça permet d’écouter les arrangements. Ils sont vraiment bons.

Mais toi Jimmy, tu n’en as pas marre qu’on te compare à Daniel Balavoine ?
J. : On ne m’en parle pas assez pour que j’en aie marre. Je ne le connais pas bien.
E. : À propos du timbre de Jimmy, il y a en beaucoup qui disent Polnareff, aussi. En plus nasillard. (Jimmy chante une réponse en mode Polnareff suraiguë, nda)

C’est intensif, le tour Chocolat ? J’ai vu que vous aviez sorti un T-shirt de tournée bourré de dates bizarres. 
C. : Attends mais il n’y a que des fausses dates sur le T-shirt ! Le but au départ était de faire une tournée sans pause. En France, on voulait faire 16 dates en 16 jours, mais on n’a pas pu.
J. : Sur les précédents tours, on avait des congés, et on n’aime pas trop ça, les congés… Je ne sais pas pourquoi. 

Votre précédent album s’appelait Tss Tss. Je me demandais si c’était une référence au tchip ?
J. : Non, c’est plutôt un sifflement pour aller chercher l’attention de quelqu’un, en douce. (Un dealer ou un dealer de drogue, par exemple, nda). Ou l’autre signification : c’est que c’est le son de la charleston et qu’on veut faire du jazz. 

Dans votre nouvel album Rencontrer Looloo, j’adore Golden Age. On dirait vraiment que vous voulez faire du hard, et que vous laissez tomber au bout de deux mesures.
Le groupe :
C’est exactement ça !
E. : Mais oui, il n'y a personne dans le band qui aurait pu jouer la suite, donc on laisse tomber, on switche vers une autre vibe.
J. : Sinon ça aurait juste sonné comme un groupe de hardos bien cranké.
C. : C’était aussi un peu le fruit du hasard. 

Pourquoi ? Vous avez composé en improvisant ?
C. :
Nan. Jimmy fait très courageusement des maquettes où il n’y a que sa guitare classique et sa voix. Enregistré avec un iPad et Garage Band, c’est très nu, parfois t’entends le matériel qui tombe… Et le gros skill, c’est que derrière, on est de bons arrangeurs. On sait reconnaître les «accidents» qui vont bien sonner.
J. : Par exemple, quand on a un fou rire dans le studio, c’est une bonne piste. Ça veut dire qu’on tient quelque chose. On ne fait pas de la parodie, mais c’est comme si on poussait le bouchon à un niveau supérieur, à la frontière du bon et du mauvais goût et qu’on surfait sur le fil du rasoir. Et des moments où l'on a ri, il y en a eu beaucoup. Les enregistrements de saxo… Du hard-rock avec du bon saxophone : on sentait qu’on touchait quelque chose. 

Il y a aussi ce morceau Koyaanisqatsi (Apparition). Je me demandais si votre histoire de demi-dieu était née d’une apparition, ou vous avez travaillé tout ça comme un scénario un peu fourre-tout ?
J. : Le disque a l’apparence d’un concept-album, mais on ne sait même plus s’il y en a eu un moment… C’était plus une solution pour réunir tous les morceaux. Si l'on ne comprend pas très bien l’histoire, c’est peut-être qu’il n’y en a pas vraiment. (Le groupe se marre et, bien sûr, abonde en ce non-sens, nda)
E. : Ce morceau est aussi le pivot du disque ; ensuite, le groupe rencontre le dieu Looloo et passe d’un rock band à groupies un peu bas de plafond à un groupe qui a sa révélation.

Ma question était plus : est-ce que cette histoire vous est tombée dessus comme une apparition ? J’ai lu qu’il y avait eu 1131 signalements d’ovnis en 2016 au Canada.
C. : Merci, on apprécie vraiment ton chiffre, mais non : ça veut juste dire qu’il y a beaucoup de gens qui prennent le temps d’appeler au Canada !
J. : Pour revenir sur Apparition : c’est plus un morceau qui irait dans un film où la bande-son serait du Goblin, il y aurait de la fumée qui sort… Et là : boum, apparition de Looloo ! Et il nous dirait : «salut les gars». (Jimmy prend la voix d’un Vin Diesel d’outre-tombe, nda

J’adore l’ambiance. Ça me fait penser que votre clip est très Métal Hurlant dans le genre. Vous connaissez Planète Gros Nibards, la parodie de South Park ?
J. : Magnifique, la traduction française.
E. : Mais c’est bien les références de la vidéo. Jonathan Robert, le mec qui a fait le clip, a très bien réussi ce dilemme entre Métal Hurlant et Sgt. Peppers.

On m’a envoyés les textes, sinon je n’aurais rien compris à vos paroles. Vous vous en foutez ?
J. : Oui.
C. : T’es pas le premier à le dire, tu sais.
J. : On s’en fout parce qu’on ne voulait pas faire un album de chansons, on voulait traiter la voix comme on peut traiter n’importe quel instrument, sans regarder comment les mots s’en allaient.

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Alors qu’il a fallu 6 ans pour sortir quelque chose après votre premier album, vous avez enchainé Tss Tss et Rencontrer Looloo en moins de deux ans avec de grosses tournées : c’est un disque enregistré pendant le tour et fait pour le live ?
J. : En fait, ça nous paraît pas si frais car on a commencé à l’automne 2014. C’est vrai que les deux se complètent bien sur scène. 

Drôle qu’en France, vous soyez signés d’abord sur Born Bad puis sur Teenage Menopause, deux gros labels de garage rock, alors qu’a priori, vous n’êtes pas très garage ?
E. : Tu vois, on touche à plusieurs genres sans zoom-in dans un style en particulier. La scène garage, dans la mentalité, on s’y est retrouvé. On fait du jazz avec un esprit garage, on partage une certaine attitude avec eux. Et le public est cool. On a joué avec Forever Pavot, Marietta… Comme si l'on s’était fait accepter tout de suite dans une sorte de famille. 

Dernière question : Anvil, c’est vraiment légendaire chez vous ?
E. : Anvil, Anvil… Le groupe du documentaire, c’est ça ? C’est un peu comme Spinal Tap en plus sérieux ? Il y a toujours eu une grosse fanbase de metal au Québec. On connaît plein d’histoires de groupes qui auraient pu devenir super gros, mais non. C’est très canadien comme genre de sensations, cette espèce de mélange de gêne et de volonté de devenir gros, puis de s’excuser de ne pas y arriver.
J. : Les Américains disent : «fucking loser» !

OK c’est fini. Merci les Looloo.

++ Retrouvez Chocolat sur Facebook, Instagram, Bandcamp, et en tournée à Gigors et Lozeron le 23 avril, Die le 24, Lyon le 25, Capbreton le 26, Nantes le 27 et Lorient le 28.
++ Leur dernier album, Rencontrer Looloo, est disponible ici et en écoute sur Deezer et Spotify.

Crédit photos : Audrey Canuel.