Mais rien de mieux qu'une bonne controverse pour lancer avec fracas un nouvel album, son troisième, le non googlisable, /\/\ /\ Y /\, megamix sonique truffé d’influences aussi diverses que les basslines londoniennes, le folklore traditionnel bollywoodien ou le protopunk 80’s. En interview, Mathangi Arulpragasam se révèle charmante, mais hors de question que je lui donne mon 06.

 

Depuis le succès de Paper Planes (titre extrait de Kala, utilisé dans la B.O de Slumdog Millionaire ndlr), tu es devenue une superstar. Comment tu vis cette célébrité ?
M.I.A :
Tu crois que je suis une superstar ? Je ne sais pas, comment tu mesures cette popularité. Il y a une échelle pour ça ? Je jouis encore d’une certaine tranquillité. Personne ne m’importune dans la rue, par exemple. Fort heureusement. Par contre, cette légitimité m’offre une vraie liberté artistique et des moyens pour donner libre cours à mes projets. Pour autant, je n’ai pas voulu me lancer dans un album « d’industrie » et collaborer avec le gratin des producteurs actuels. Je me suis enfermée avec mon crew, chez moi, à Los Angeles, où j'ai mon propre studio avec un ingénieur du son qui est tout le temps présent. Avec Dave (Switch), Rusko et Blaqstarr, nous avons vécu ensemble du matin au soir, en communauté.Les producteurs allaient et venaient. C’était vraiment cool comme process. Il y a du sens, une vérité derrière tout ça.

Des conditions d'enregistrement très différentes de tes deux premiers albums donc?
M.I.A :
En effet. C’est vraiment la première fois que j’ai l’opportunité de pouvoir passer du temps en studio. Je n’avais jamais eu cette chance auparavant. Mon premier album était en quelquesorte un « sketchbook », comme une compilation de mes premières créations. Je découvrais la musique et tout ce qu’on pouvait faire. J’étais étonnée, un peu candide. Je ne savais pas concrètement  quelle direction prendre. Et pour Kala, les autorités américaines ne m’ont pas remis de visa, si bien que j’ai été contraint de le produire sur la route.

C’est difficile de travailler avec toi ?
M.I.A :
Non, je suis excitée par tellement de choses. Je suis très enthousiaste mais également assez déterminée. Je sais exactement ce que je veux, et exactement comment cela doit sonner. C'est sans doute difficile de collaborer avec moi si tu es fermé d’esprit. Je peux partir dans toutes les directions, certains peuvent suivre, d’autres non.



Diplo, (producteur de ses débuts, et ancien boyfriend, qui notamment produit le megatube Paper Planes ndlr), a très peu participé à cet album...
M.I.A :
Pffff, oui on a juste fait un morceau sur celui-ci. Je le vois à peine.

Tu peux nous présenter en quelques mots les producteurs de cet album ?
M.I.A : Dave (Switch), c’est le « sound technician ». Lui et moi, nous nous comprenons tout de suite. Rusko, pour une première collaboration, tout a été très simple, vraiment agréable. Je crois que nous avons une certaine alchimie ensemble, définitivement. Il était tellement cool, toujours de bonne humeur, c’est vraiment le mec le plus gentil que je connaisse. Et en terme de son, ce serait le savant fou. Il est brillant.  Il peut te suivre dans toutes les directions. Que ce soit pour de la pop sucrée ou de la bass music bien deep… Il est dingue. Quant à Blaqstarr, c’est un peu différent, il me laisse plus m’exprimer, chanter… C’est quelqu’un de tellement humble, il est là pour la musique et cherche à lui donner du sens. Il va creuser dans les morceaux.

Tu es signée chez Interscope, tu n’as pas cherché à faire appel à des collaborations avec leur catalogue d’artistes ?
M.I.A :
Je ne me voyais pas donner rendez-vous à un rappeur ou n’importe quel autre ariste dans un studio à 50 000 $ la journée pour juste « faire » un morceau. Ce ne serait pas réussi, pas vrai.  Cela se doit être « organique », avec de vrais rapports humains.

Il y a tout de même une version de XXXO avec Jay-Z.
M.I.A :
Oui, Jay-Z tenait tellement à le faire. Il a même été très insistant pour apparaitre sur XXXO. Je n’y croyais pas trop mais lui était certain que ça allait être mortel. On a essayé et effectivement le résultat est cool. A moi de lui rendre la pareille sur son prochain projet. Un remixe arrive aussi avec Niki Minaj. Cette meuf envoie !

Tu donnes l'impression de vouloir tout contrôler tout le temps. Tu serais pas un peu une control freak ?
M.I.A :
Tu as mis le doigt sur mon problème. Je pourrais être dix fois plus puissante et plus riche si je m’attachais les services d’un manager (rires). Et c'est pas faute d'avoir essayé. Sept managers pour deux albums. Évidemment, ça forge une réputation. Mais, ne vous inquiétez pas, je fais confiance à mon instinct et reste en phase avec moi-même. Tout ceci n’altère en rien ma créativité et je suis épanouie ainsi.

Les photos de presse de ton nouvel album (celles utilisées dans cet article ndlr) sont rigolotes. C'est quoi le concept ?
M.I.A :
Je sais très bien que certains trouvent ces clichés ridicules. L’histoire, c’est qu’Interscope, mon label, m’a proposé des photographes reconnus avec des budgets faramineux. Mais pour quel résultat ? Être « photoshopée » et ressembler à toutes les autres. Non merci. Personne ne me dicte l’image que je suis supposée donner. Pour tout te dire, je suis tout simplement passée chez ma mère, j’ai consulté le répertoire de la communauté tamoul et appelé le premier photographe de mariage du listing, sans qu’il sache qui je suis. Je lui ai expliqué que je voulais devenir modèle… Il a pris soin de moi comme si j’étais une midinette. C’était craquant. Et voilà le résultat. De toute façon, ces photos sont anecdotiques, ce qui importe avant tout, c’est qui je suis.

Tu retournes régulièrement au Sri Lanka ?
M.I.A :
La dernière fois que je me suis rendue au Sri Lanka, tous ces checkpoint, c’était l’horreur. En tant que tamoul, Columbo représente le gouvernement cingalais. No comment.

Où te sens-tu chez toi finalement ?
M.I.A :
World is mine (rires). Je vis entre Londres, New York et Los Angeles. J'ai grandi à Londres. J'y retourne régulièrement. J’ai besoin de son hyper créativité. J'aime New York parce que c'est une ville fière. Tu as remarqué comment les habitants de NYC représentent leur ville chérie. Et j'ai emménagé récemment à Los Angeles. Pour ses tacos, sans doute.

/\/\ /\ Y /\ (XL Recording).

 

Anthony Ferrat // Photos: un photographe tamoul.