Où avez-vous grandi ?
Charlie Ahearn : J'ai grandi dans le Nord de l'Etat de New York, avant de déménager à NYC en 1973 pour devenir artiste avant-garde. Je n'étais pas encore intéressé par les films, seulement les arts plastiques. Mais, progressivement au cours des années 70, les jeunes de ma génération se sont mis à délaisser l'art traditionnel en studio et la fabrication d'objets pour s'orienter vers les performances artistiques et la vidéo. En parallèle à ce mouvement, j'ai commencé à me passionner par l'idée de trouver de nouveaux lieux de création ainsi qu'une nouvelle audience, notamment dans les quartiers pauvres du Lower East Side. C'était pour moi un challenge de filmer ces endroits, et de revenir la semaine d'après projeter les vidéos sur les murs des buildings, pour montrer mes images aux gens que j'avais filmés. Un jour de 1979, je me suis retrouvé dans le gymnase du Smith Project, à côté du Brooklyn Bridge. Des gamins étaient alignés les uns en face des autres et s'affrontaient en dansant sur le morceau Soul Power de James Brown, qui était répété à l'infini. C'était la chose la plus sauvage que j'avais jamais vue… J'ai filmé, et je suis revenu la semaine d'après pour projeter le film sur un mur. Peu après, j'ai commencé à faire un long-métrage en Super 8, auquel j'ai consacré deux ans. Dans ce quartier où je filmais, il y avait partout des peintures à la bombe de Lee Quinones. Je me disais que ce type était fantastique, et un beau jour, je l'ai rencontré. Il avait un petit scooter, il était maigrichon et portait une grosse afro. Il devait avoir 16 ans, mais j'étais impressionné de rencontrer l'artiste qui avait fait toutes ces magnifiques peintures. Je lui ai proposé de participer au film de Kung-fu que je faisais, et il m'a répondu «OK», avant de disparaître en me disant «on se reverra». Je ne l'ai pas vu pendant un an. Je demandais à tout le monde où il était et les gens me répondaient «on ne sait pas». C'était exactement comme dans Wild Style, personne ne savait où il était. C'était un personnage mystérieux.


Aviez-vous conscience à ce moment que le hip hop était une culture qui englobait le graffiti, la danse, le deejaying et le rap ?
Charlie Ahearn : Non. Mais je faisais partie d'un groupe d'artistes, et nous faisions des shows à Time Square, des performances chaotiques où on jetait toute sorte de trucs sur les murs. Un soir, lors d'une projection de mon film de Kung-fu, un type est venu me voir en me disant qu'il avait entendu parler de moi et qu'il voulait qu'on fasse un film ensemble sur le rap et le graffiti. J'ai trouvé que c'était une idée géniale. Il se trouve que le type en question était Fred Brathwaite, qui devait bientôt être connu sous le nom de Fab Five Freddy. Il me connaissait par le biais de Lee Quinones. Je lui ai donc demandé de trouver Lee, en lui disant que je leur donnerai 50 dollars pour acheter de la peinture pour qu'ils peignent le mur d'un immeuble face à ma caméra. Ce qu'ils ont fait. Sans que personne ne dise rien, ni les passants, ni les flics. C'était une autre époque… Aujourd'hui, ils se seraient fait arrêter !


Comment vous êtes-vous plongé dans la culture hip hop pour préparer ce film ?
Charlie Ahearn : Fred et moi avons commencé à beaucoup discuter à propos de ce film. On voulait que le personnage central soit à l'image de Lee Quinones, un writer solitaire et artiste hors-la-loi. Je voulais que Lee joue son propre rôle, mais il ne me disait jamais vraiment oui. Immédiatement après notre rencontre, Fred a commencé à m'emmener dans le Bronx, à des concerts et à des soirées hip hop. C'est comme ça que j'ai rencontré tout le monde. On allait à l'Ecstasy Garage Disco, au Celebrity Club, au Harlem World, au T-Connection... Chaque club avait son atmosphère, son identité et ses DJs. Au sud-est, c'était le domaine d'Afrika Bambaataa, le South Bronx Central celui de Grandmaster Flash et le nord celui des Funky Four. A ce moment, Flash était la star, mais comme il était en tournée avec Sugar Hill, il ne jouait plus trop dans le Bronx, donc ses protégés assuraient la relève. Les groupes qui montaient à l'époque étaient les Cold Crush, les Funky Four et les Fantastic Five. C'est eux qui sont devenus les stars de notre film. Pour revenir sur les clubs, ce qui est drôle, c'est que je n'ai jamais vu un seul breakdancer à cette époque.


C'était déjà plus à la mode ?
Charlie Ahearn : Non. Et je disais aux gens que je voulais que le Rock Steady Crew soit dans le film, et tout le monde me répondait invariablement : « C'est dépassé tout ça, c'est fini ! ».


Qui était ton DJ préféré ?
Charlie Ahearn : Je dirais Grandmaster Flash. Mais celui dont j'étais le plus proche était Grandwizard Theodore. Il était pour moi le plus artistique de tous, il créait une sorte de musique abstraite avec ses platines. Aujourd'hui, tout le monde fait ce qu'il faisait, mais à l'époque, c'était vraiment révolutionnaire. Ce n'était pas de la pop, c'était une musique entièrement nouvelle et beaucoup plus radicale que ce qu'on pouvait entendre partout ailleurs. Pour moi, c'était de l'Art à l'état pur.


Ton groupe préféré ?
Charlie Ahearn : Je les aimais tous. J'étais très proche de Busy Bee et de Grandmaster Caz des Cold Crush. Je passais également beaucoup de temps avec les Fantastic. Mais je pense que mon groupe préféré, c'était les Funky Four, ils étaient incroyables. La seule raison pour laquelle ils ne sont pas dans Wild Style, c'est parce qu'ils se sont séparés juste avant le début du tournage.


Vous étiez le seul Blanc dans ce milieu ?
Charlie Ahearn : Oui. Les Blancs ne sont jamais vraiment venus voir des concerts hip hop dans le Bronx. Ce sont les groupes qui sont descendus dans les clubs Downtown. Le Roxy à Manhattan est devenu un endroit à la mode en 1982 seulement, et c'est à ce moment-là que le hip hop est devenu populaire, bien plus qu'on ne l'aurait jamais cru. Des milliers de gens venaient chaque soir au Roxy pour voir Bambaataa et les autres. Des cercles géants se formaient autour des battles entre le Rocky Steady et d'autres crew. Tout ce dont on avait rêvé se réalisait au-delà des espérances. C'était tellement beau de voir tous ces gens faire la fête ensemble, Blancs, Noirs, Hispaniques, jeunes, vieux, gays, punks, Allemands, Français… C'était une époque incroyable. Mais un ou deux ans plus tard, tout était déjà fini.


La nouvelle génération avait pris le relais…
Charlie Ahearn: Oui, notre scène n'avait plus la côte, elle s'était faite remplacer par des groupes comme Run DMC, les Beastie Boys, Public Enemy. C'était plus du tout la même atmosphère. Déjà les DJs n'avaient plus la même place, donc la danse n'avait plus la même importance. Désormais le public se contentait de regarder des stars rapper sur une scène. D'autre part, vers 1986, le graffiti et le break étaient devenus has-been. Donc il y avait moins cette idée de scène et de grande communion. Et puis, le crack, les gangs et donc la violence étaient devenus plus présents, suivis du Sida…


Revenons sur la création de Wild Style… Quel était votre objectif initial?
Charlie Ahearn : J'étais obsédé par Time Square et la 42ème rue, donc mon phantasme au départ était d'y louer un théâtre et de projeter mon film. C'était là où les gamins venaient voir les films de Kung-fu et je voulais que mon film leur parle, qu'il plaise aux lycéens et aux jeunes. Je ne voulais pas que mon film soit un film d'art qui ne s'adresse qu'à un public arty. Plus précisément, je voulais faire un film artistique qui plaise aux jeunes. Je n'ai jamais pensé faire un documentaire, parce que justement, les documentaires n'avaient pas la côte auprès de la jeunesse de cette époque. Donc je voulais faire un film pop. Et c'est ce que j'ai fait.


C'est à peu près à ce moment qu'est sorti le film Fort Apache, qui donnait une très mauvaise image du Bronx. Est-ce que l'une de vos ambitions était justement de vous opposer à ce film en dépeignant le Bronx d'une façon plus positive ?
Charlie Ahearn : Tout à fait ! Les gens du Bronx étaient vraiment remontés contre le film Fort Apache, parce qu'effectivement, ils y étaient présentés d'une façon très négative. Je tenais à ce que dans Wild Style, les gens soient présentés de la façon dont ils se percevaient eux-mêmes. Il y a donc peu de moments où le film aborde les thématiques de la violence ou du danger. Le monde entier avait déjà cette image du Bronx, pas besoin d'en rajouter. Parler du Bronx en disant que ce quartier était à l'origine d'une culture incroyable paraissait surréaliste aux yeux du public, on a même pensé qu'on avait inventé tout ça. Mais, je n'ai vraiment pas embelli les faits, les personnages dans mon film sont sympathiques parce que les gens que je rencontrais étaient sincèrement sympathiques. C'était des gens aimables avec lesquels c'était toujours un plaisir de passer du temps. Ils étaient créatifs, drôles, avec une vision optimiste de la vie.


Vous êtes également le producteur de Wild Style. Comment avez-vous trouvé les financements pour faire ce film ?
Charlie Ahearn : C'est tout d'abord ZDF, une chaîne allemande, qui a accepté de le produire. Ils voulaient investir dans des films américains indépendants, or le mouvement indé n'avait pas encore commencé aux Etats-Unis. On était en 1980, c'était avant Sundance, avant Spike Lee, avant Jim Jarmusch. En plus de ZDF, Channel 4, en Grande-Bretagne, a également investi dans le film. J'ai tenté de trouver des financiers américains, mais je n'ai jamais réussi, donc j'ai également emprunté de l'argent à mes parents. Lors de sa sortie en Allemagne, mon film a été renommé Graffiti, car j'imagine que Wild Style ne voulait rien dire pour eux…


Ceux qui étaient dans le graffiti à l'époque n'étaient pas tous dans le hip hop, certains n'écoutaient que du rock…
Charlie Ahearn : C'est vrai, par exemple Lady Pink n'écoutait pas de hip hop. Mais, peu importe, pour moi le mouvement hip hop vient du graffiti. Il n'y aucun doute là-dessus. Le graffiti est le premier élément à être apparu à New York, et, à la base, le graffiti est issu de la culture des gangs de la fin des années 60. La plupart des artistes essentiels dans le hip hop, comme Kool Herc, étaient au départ des writers.


Dans Wild Style, vous avez réuni des artistes qui étaient en compétition artistique, notamment les Cold Crush et les Fantastic Four. Est-ce que ce fut difficile à gérer par moments ?
Charlie Ahearn : Non. Tout s'est très bien passé à ce niveau-là. Le seul qui agissait d'une façon ‘étrange' était Lee, mais on le respectait, parce qu'on savait qu'il était comme ça. La rivalité entre les Fantastic Four et les Cold Crush était très forte et très sérieuse, mais en tant qu'individu, à un niveau personnel, ils s'entendaient tous très bien. Ils avaient tous grandi ensemble…


Comment avez-vous fait le casting ?
Charlie Ahearn : En ce qui concerne les musiciens, j'ai choisi ceux qui étaient les plus proches de moi. Je voulais qu'ils aient tous un rôle égal dans le film. On me demande souvent pourquoi Bambaataa n'est pas dans le film, et ce n'est pas parce que j'avais un problème avec lui, mais juste parce que je ne savais pas comment l'utiliser. La plupart du temps, ce n'était pas lui qui passait les disques, il se contentait de les choisir et de les donner à ses ‘assistants' pour qu'ils les passent. J'aurais pu, et sûrement dû, le faire jouer tel qu'il était, posté derrière ses platines, mais bon…


Comment avez-vous eu l'idée du personnage féminin interprétée par Patti Astor ?
Charlie Ahearn : Je me suis inspiré de cette journaliste du Village Voice, qui fréquentait les artistes graffiti de cette époque. Je trouvais que c'était intéressant d'avoir un personnage étranger à toute cette scène. Par contre, on ne voit jamais les choses de son point de vue, on voit le point des vues des habitants du Bronx sur elle, l'étrangère. Et son personnage est comique, il introduisait une touche d'humour, ce qui me permettait aussi de mieux me moquer de ces réalisateurs de documentaires prétentieux.


Est-ce grâce à ce film que Patti Astor a rencontré tous les artistes graffiti et qu'elle a eu l'idée d'ouvrir la Fun Gallery ?
Charlie Ahearn : Elle avait commencé à les fréquenter avant le tournage. Je me rappelle l'avoir croisée à un concert de Sugar Hill, et c'est ce qui m'a décidé à la prendre pour ce rôle. Au départ, je voulais que ce soit Debbie Harry, et c'est d'ailleurs pour ça que j'ai mis un morceau de Blondie dans la scène où Patti arrive en voiture. Patti était d'ailleurs surnommée Blondie par les gamins des quartiers où on tournait, normal, comme elle, elle était blonde…


Quels étaient les films ou les réalisateurs qui vous inspiraient ?
Charlie Ahearn : J'adorais Harder They Come et Black Orpheus, tout comme Werner Herzog et les films musicaux. J'aurais aimé que Wild Style contienne plus de scènes musicales, comme celle sur le terrain de basket, qui est ma scène préférée. J'ai adoré filmer cette scène, parce que j'ai eu l'impression de disparaître, comme si je volais au-dessus du tournage. C'était magique. Par contre, il y a des choses que je regrette de ne pas avoir mieux documentées, comme les métros. J'aurais tellement voulu descendre dans le métro avec une caméra au cours de l'été 1980, parce que dès l'année suivante, plein de trains étaient déjà nettoyés.


Ce fut difficile d'obtenir une autorisation de la MTA (équivalent de la RATP) pour filmer dans les dépôts de trains ?
Charlie Ahearn : Ce fut très dur. Il m'a fallu un an pour les convaincre. Quand ils ont finalement accepté, ils m'ont forcé à choisir une date trois mois à l'avance. Le quart de mon budget est passé dans cette scène et il a plu pendant toute la journée de tournage. C'était un désastre.


C'est vrai que c'est Dondi qui fait la doublure de Lee dans cette scène ?
Charlie Ahearn : Oui, entièrement vrai.


Mais pourquoi ?
Charlie Ahearn: Parce que Lee ne voulait pas. Pour lui, peindre dans un dépôt de train était un instant quasi religieux, un recueillement, et je pense que l'idée d'être filmé s'apparentait à un sacrilège en quelque sorte… Il a bien failli détruire notre film, donc on était en conflit à ce sujet, mais je comprenais ses convictions.


Pourquoi avoir choisi Dondi ?
Charlie Ahearn : Parce qu'il était, avec Lee, le meilleur writer à l'époque. J'avais d'ailleurs envisagé à un moment que se soit lui qui joue le rôle de Lee. C'était donc naturel. (Charlie se lève pour attraper un livre sur un bureau). Tiens regarde la couverture de mon livre. Tu es la première personne à la voir. C'est pas wild ?


Wild ? Ça se dit encore ? Comment est née l'idée de ce livre ?
Charlie Ahearn : (Rires) J'ai travaillé avec Powerhouse (la maison d'édition, ndlr) sur le livre de Jamel Shabazz, pour lequel j'avais écrit un texte, et à nouveau sur un livre de Ricky Powell. J'imagine qu'ils ont aimé travailler avec moi. Ils savaient que j'avais fait le livre Yes Yes Y'all, mais qu'il me restait de nombreuses photos que je n'avais pas utilisées, donc Sarah (Rosen, responsable promo de Powerhouse et directrice des éditions Miss Rosen, ndlr) m'a proposé de faire un nouveau livre. Je lui ai tout de suite dit « OK, et il s'appellera Wild Style - The Sampler », parce que je trouvais que c'était un titre rigolo.


Je ne saisis pas la blague…
Charlie Ahearn : Enormément d'artistes ont samplé des répliques de Wild Style, et j'ai toujours eu l'idée de sortir un album qui regrouperait tous les morceaux ayant samplé le film. L'album se serait appelé Wild Style - The Sampler. Mais au fur et à mesure, je me disais que ce n'était pas à moi de sortir ce disque. Par contre, du coup, j'ai repris l'idée du titre pour ce bouquin. Surtout que ça reste logique, dans le sens où il reprend plein d'éléments du film pour en faire quelque chose de nouveau : des photos, des histoires inédites, des dessins…


Vingt ans après, vous aimez toujours parler de ce film, c'est chouette…
Charlie Ahearn : (Rires). Je dois passer pour un fou. J'adore parler de ce film, mais je peux parler de plein d'autres choses aussi.


Je n'en doute pas... Est-ce que les dialogues étaient précisément écrits ou vous laissiez une place à l'improvisation ?
Charlie Ahearn : Les deux, mais c'est beaucoup plus écrit qu'on ne le croit. Je laisse les gens penser que les acteurs ont beaucoup improvisé parce que cette perspective est plus intéressante. Fred a joué un rôle déterminant dans l'écriture des dialogues. C'est lui qui réécrivait tout ce que je lui donnais parce que ses expressions étaient bien plus intéressantes. Pour répondre à la question, je dirais que la grande majorité des dialogues étaient écrits, même si je laissais la possibilité aux acteurs de se les approprier à leur façon.


Et pour ce qui est des paroles dans les scènes musicales, vous aviez votre mot à dire ?
Charlie Ahearn : Aucunement. J'écrivais le scénario, mais les rappeurs écrivaient tous les textes. Je n'avais rien à dire, et c'est ce qui donne au film sa vitalité.


Comment s'est déroulée la réalisation de la bande originale ?
Charlie Ahearn : Toutes les parties instrumentales ont été créées avant qu'on ne tourne le film. Fred est celui qui a engagé les musiciens et qui les a dirigés. On a ensuite distribué tous les instrumentaux à différents rappeurs pour qu'ils posent dessus. C'était une façon originale et très intéressante de procéder. L'un des musiciens principaux était Chris Stein, qui faisait partie de Blondie, c'est lui qui écrivait la majorité des morceaux du groupe. Un grand musicien. Fred était proche de lui, donc il a été très disponible pour nous.


Y a-t-il des choses que vous feriez différemment si c'était à refaire ?
Charlie Ahearn : J'aurais bien vu une scène avec Pattie Astor et Fred dans le même lit. Ç'aurait été vraiment drôle (rires). Quoi d'autre ? Rien, je crois. Le film était un désastre de toute façon.


Comment ça ?
Charlie Ahearn : Le tournage fut un désastre. Rien ne se passait comme on voulait. On avait une tonne de problèmes chaque jour.


Lorsque vous tourniez, est-ce que vous réalisiez que ce film avait le potentiel de devenir culte ?
Charlie Ahearn : J'en étais certain. Fred pensait la même chose. Et quasiment tout le monde sentait qu'on était investi d'une mission, et que ce film allait rentrer dans l'histoire. J'étais passionnément attaché au hip hop, et j'étais persuadé que cette culture allait un jour devenir importante dans ce pays. C'est drôle parce que tous les artistes autour de moi étaient au contraire très inquiets, peu d'entre eux pensaient que le hip hop allait un jour sortir du Bronx. On me disait de me dépêcher de finir le film parce que tout le monde pensait que cette culture allait disparaître aussi vite qu'elle était apparue.


Quel a été selon vous l'impact de Wild Style dans le développement du hip hop ?
Charlie Ahearn : Ce film a incontestablement aidé à faire connaître et à propager la culture hip hop à travers le monde. La jeunesse du monde entier pouvait s'identifier avec les personnages du film. Les gamins des quartiers difficiles voyaient dans ce film un espoir, il leur permettait de penser qu'eux aussi pouvaient faire des choses constructives. S'il n'y avait pas eu Wild Style, le hip hop serait tout de même devenu une culture mondiale, mais ce film a certainement accéléré les choses. Je ne dirais jamais que Wild Style marque les débuts du hip hop, parce que c'est totalement faux, mais pour la plupart des gens ce fut bel et bien le cas.

 

Bande Annonce Wild Style   Scène Mythique - Basket Ball Rap 
Photos : Charlie Ahearn.