Commençons l'interview par une opinion sincère sur la dance music aujourd'hui, en 2011. Peut-on honnêtement dire que le meilleur n'est pas derrière nous ?
The Glimmers : Le meilleur n'est certainement pas  derrière nous. Qu'il s'agisse d'une réaction au passé ou d'une progression logique, chaque génération de clubbers ou de party freaks possède ses propres héros et ses propres styles. Tout ça se mélange parfaitement, comme un bon DJ mix devrait l'être. Il y a toujours de nouvelles impulsions à découvrir, et c'est super excitant pour nous qui sommes issus d'une génération plus âgée. Ça nous rend plus forts et nous permet de mélanger plus de trucs en essayant de le faire avec notre style et notre savoir.

Vous êtes connus pour être de gros collectionneurs de vinyles, comment acceptez vous la mutation globale vers le digital ?
The Glimmers : Nous embrassons cette nouvelle évolution tout en regardant vers le passé avec nostalgie. Aujourd'hui, le vinyle paraît vraiment ridicule dans le monde du DJing, en tout cas ça n'a plus aucun sens de croire que c'est le seul outil valable du DJ. J'adore mixer deux ou trois vinyles de temps en temps, tout comme j'aime voir quelqu'un passer des vinyles devant moi. J'adore le son d'un bon enregistrement sur vinyle quand il est joué sur un sound-system digne de ce nom, mais je me suis fait à ce nouveau spectre du monde digital audio, à condition toutefois que ce soit de la haute résolution. Mais surtout pas de Mp3, ce format est fait pour une écoute domestique mais certainement pas pour un bon sound-system ou pour un club. Le problème avec le digital, c'est qu'il n'y a plus de limite et qu'il envahit même la production et le play-back.


 
C'est quoi le secret pour toujours donner le meilleur de soi, sans être blasé, lorsque on a 20 ans de DJing dans les pattes ?
The Glimmers : Quand on a commencé, on faisait ça exclusivement pour gagner de l'argent, acheter des disques et des fringues, sortir avec des filles et s'amuser comme n'importe quel teenager. On était les gosses les plus riches de tout le quartier, on se faisait parfois plus que le salaire mensuel moyen d'un adulte. On avait 16 ans alors tu peux t'imaginer à quel point on s'est éclaté. Depuis 7 ou 8 ans, on a commencé à prendre tout ça plus sérieusement, on joue parfois devant 15.000 ou 20.000 personnes et ce à travers de nombreux pays. Ça correspond en fait au moment où on a commencé à produire de la musique en fait. Avant cela, on allait juste faire la fête dans des soirées où c'était nous qui passions des disques. On créait une bonne vibe et on rapportait de l'argent. Aujourd'hui, l'idée de faire la fête reste importante mais on a un peu mieux conscience de ce qui se passe autour de nous.

Comment vous bossez en studio ? C'est freestyle ou chacun à son propre rôle pendant l'enregistrement ?
The Glimmers : Tout dépend du projet, parfois je bosse plus, parfois c'est Mo, il faut juste que ça nous plaise à tous les deux, que ça sonne Glimmers. Mais pour être honnête, sans Raj (Ray Mang, collaborateur des Glimmers et artiste signé sur DFA Records ndlr) on ne serait jamais allé aussi loin dans la production. On n'est pas musiciens, on est des DJs d'une génération oubliée qui avons juste su être au bon endroit et au bon moment. Quand on fait de la musique, on essaie qu'elle ressemble toujours au son qu'on aime écouter à ce moment précis.
 
Quand j'ai demandé à Ray Mang de venir jouer avec nous jeudi prochain, je n'étais pas au courant de vos travaux communs ! Quelques mots sur lui et sa musique ?
The Glimmers : On lui doit beaucoup de notre expérience en production. C'est le meilleur quand il s'agit d'utiliser de la musique ou des enregistrements existants pour les rendre frais. Sans lui, il n'y aurait jamais eu les Idjut Boys ni toute cette incroyable disco et house U Star apparue à la fin des années 90. Parce qu'il a souvent collaboré à nos remixes et productions, on l'appelle parfois le 3ème Glimmers. On est absolument à fond avec ce qu'il fait, c'est quelqu’un de formidable, très malin et c’est un vrai plaisir de bosser en studio avec lui.



Quand j'ai entendu tout ces morceaux qui tabassent, avec des boucles de batterie, des samples et des basses de Tr 303, je me suis dit que votre nouvel album était la définition positive de ce qu'on appelle un "album de DJ". Est-ce que vous êtes d'accord avec ce feeling à propos de Whomp That Sucker! ?
The Glimmers : Avec notre album précédent, The Glimmers Present Disco Drunkards, on avait cherché à faire quelque chose d'original, un vrai album avec des musiciens. Mais quelque part, on avait perdu l'essence qui nous caractérisait, notre contact avec la scène du DJing, et on s'est notamment aperçu qu'on ne jouait plus que très peu de nos morceaux dans nos sets. Avec Whomp That Sucker !, on a voulu laisser tout ça derrière et revenir au dancefloor avec des trucs faciles à placer dans nos mixes. Au final, on est plus cohérents avec notre statut de DJ puisqu’on n’a jamais autant joué nos morceaux que depuis récemment.

La pochette de l'album est une dédicace flagrante au groupe Sparks. Pourquoi eux ?
The Glimmers : C'est une coïncidence. On bossait sur un morceau avec des samples de boxe, et cette semaine-là je suis tombé par hasard sur la pochette de Sparks dans un magasin de disques. En 2008, avec The Glimmers Are Gee Gee Fazzi, on a commencé à prendre des pochettes existantes et à remplacer les visages par les nôtres. On a juste continué le délire avec cette pochette de Sparks.
J'aime cette pochette, j'aime ses couleurs et j'aime le titre de cet album. Et Mo ressentait la même chose que moi, alors on a décidé de tout reprendre. Pour l'instant, aucune réaction officielle du groupe, on verra bien. Avec la pochette de Gee Gee Fazzi, on a eu une réaction de Carlos Peron du groupe électronique révolutionnaire suisse Yello. Il a aimé l'idée et ça l'a fait marrer, alors s'est sentis chanceux et heureux parce qu'on est des grands fans de sa musique. La pochette était un vrai hommage, une ode à Carlos Peron, rien à voir avec Sparks, dont seulement quelques morceaux nous ont branchés. Par contre la pochette méritait vraiment d'être détournée.

Glimmers November 2010 Party Podcast



A propos de Gomma, comment l'album est arrivé sur le bureau de Jonas et Mathias, les deux bosses du label ?
The Glimmers : On a créé Eskimo Recordings en 1999 mais on a perdu le contrôle du label. On était si occupés à passer des disques qu'on n’a pas réalisé que quelqu'un d'autre avait pris la direction de la boite. Tant qu'on était sous contrat on est resté tranquilles jusqu'à ce que la liberté nous permette de tenter quelque chose de très inhabituel et rock'n'roll.
On a donc décidé de distribuer gratuitement notre musique pendant un an. The Glimmers Are Gee Gee Fazzi a ainsi été distribué dans les clubs à travers le monde, plus de 55 000 CDs, pressés et distribués par nous-mêmes. L'année d'après, on a enregistré un album avec des musiciens, The Glimmers Present Disko Drunkyards, et on s'est embarqué pour une tournée belge avec eux. Ces deux projets ont fait grand bruit, et en plus de cela ils avaient une autre chose en commun: ils coûtaient très chers donc on s'est retrouvé complètement fauchés ! On s'est bien marré pendant ces années-là, mais il était temps (et à vrai dire on n’avait pas d'autre choix) de sortir ce nouvel album à l'ancienne.
Or, il se trouve qu'on avait adoré la compile Anti N.Y sortie sur Gomma il y a un moment déjà. Elle était pleine de morceaux punk funk, de disco bizarre, des trucs qu'on aime vraiment encore aujourd'hui. Ils avaient des couilles de sortir ce genre de trucs. C'était bien avant l'arrivée de LCD Soundsystem, avant DFA Records. Bref on a tout de  suite accroché avec ce label. Ils ont même sorti un album de Rammelzee qui est un de nos artistes hip hop préférés. En fait, c'est le seul label auquel on pensait, on leur a envoyé l'album et ça s’est fait aussi vite. On en prépare un autre ensemble qui devrait sortir juste après l'été.
 
Il y a d'autres labels ou producteurs que vous suivez avec attention ?
The Glimmers : On écoute plein de trucs mais c’est difficile de dire qui est hot maintenant et qui le sera plus tard. Parfois on découvre un truc qu'on adore et on se rend compte que ça a été enregistré il y a plus de 20 ans. On est plus dans un délire de prendre ce qui arrive et de voir si ça peut passer à un moment. Il faut que ça soit funky ou pas du tout, il faut que ça groove ou pas vraiment. Tout dépend vraiment de l'humeur dans laquelle tu es et du club dans lequel tu te trouves. J'aime la musique très commerciale, mais j'aime aussi la musique très underground. La musique est une addiction, et souvent je me sens mal parce qu'il y a tellement de choses qui sortent que je sais que je rate plein de trucs mortels qui colleraient parfaitement dans nos sets...



Votre vision de la scène belge des Villa, Mustang, Mickey, Aeroplane...
The Glimmers : Ils ont tous en commun de travailler avec quelqu'un qui a été très proche de nous il y a de ça un bout de temps, quelqu'un que nous avons grandement inspiré en tant que DJS et ceci depuis la fin des années 80. On peut dire qu'ils sont donc entre de bonnes mains. Ce mec sait ce qu'il fait et il a vraiment très bon goût en matière de musique.

Ce nouvel album à venir chez Gomma va ressembler à quoi?
The Glimmers : On y travaille beaucoup (comprendre: on y pense surtout beaucoup pour l'instant). La formule sera la même. Ou bien peut être que ça sera un Disko Drunkards bis. On ne sait pas trop à vrai dire, on verra...
 
 
The Glimmers seront au Social Club ce jeudi 27 janvier avec Ray Mang & Get A Room!. Des places à gagner: ici.
 
Interview: Rove Dogs // Photo: DR.