Tout d’abord, et si je puis me permettre, pourquoi vous êtes vous appelés Crystal Fighters, après Crystal Castles, Crystal Antlers, Crystal Stilts, c’est pas un peu du suicide commercial ?

Gilbert : Nous avons choisi ce nom bien avant  d’avoir eu connaissance de tous ces groupes.
Pour nous, ça a une signification super profonde. Tout a commencé avec Laure qui joue avec nous en tournée.
Elle est d’origine Basque et quand son grand- père est mort elle est partie là bas pour récupérer certaines de ses affaires. Elle a trouvé un vieux grimoire dans lequel se trouvait un Opéra inachevé que son grand père avait secrètement  écrit. Elle l’a rapporté à Londres et ça nous a tous fascinés. On a fait plein de recherches sur la musique Basque, on était véritablement obsédé, et ça a été le point de départ pour nous.
Les mélodies folk propres à cette musique nous ont tout de suite attirés et on a su très vite qu’on pourrait les marier avec un son plus dance.
Sebastian : Sinon, pour tenter de répondre à ta question, on a rencontré les Crystal Castles il y a quelques mois et on s’est justifié avec la même histoire qu’on vient de te raconter, mais ils s’en foutaient, ce sont des stars ! (Rires)
 
Quelles ont été les premières réactions face à votre musique qui mêle des instruments basques, tels que les txalapartas et les txistus, à des instruments plus « classiques » ?
Gilbert : Les réactions ont tout de suite été très bonnes, les gens sont intrigués, mais de façon positive. On veut avant tout que les gens prennent du plaisir  sur notre musique car c’est son unique vocation. Peu de temps après avoir formé le groupe, on est allé jouer au Pays basque et les gens là- bas ont réagi super positivement. 

 

Ils ne se sont pas énervés qu’un groupe anglo/américain s’approprie leur folklore ?
Graham : C’était notre angoisse initiale mais ils ont été adorables, ils nous ont encouragés. Ils étaient intéressés de savoir pourquoi on se servait de leur folklore, ils ont aimé notre démarche. Forcément ça nous a boostés.
 
Je me souviens  d’un de vos concerts à Londres, il y a un an et demi à Cargo à Shoreditch, il y avait déjà une énorme hype autour de vous, comment vous l’expliquez ?
Graham : C’est parce qu’on a énormément tourné. On a dû jouer 100 dates la première année de notre formation et depuis on a continué à jouer non stop, surtout à Londres. Il n’y a qu’en tournant énormément qu’on se fait remarquer. Et il faut aussi savoir se démarquer car il y a tellement de groupes, tellement de salles, il faut tourner à fond. On aime aussi le fait de tester régulièrement des nouveaux morceaux auprès du public.


 
C’est comme ça que Kitsuné vous a repérés ? (Le groupe est apparu sur la compilation Maison 9 avec le morceau Xtatic Truth
Gilbert : Oui, on tournait beaucoup, on a balancé pas mal de morceaux sur notre Myspace. Notre manager est entré en contact avec eux, il y a eu des échanges de morceaux, ils ont beaucoup aimé et c’est comme ça qu’on s’est retrouvés sur la compilation. On est assez contents car on a toujours aimé ce label, leurs remixes sont cool aussi.

D’ailleurs qu’est-ce que vous écoutez ?
Sebastian : On aime tous le hip hop, le « classic rock », la dub et pour ma part je suis à fond dans MF Doom en ce moment.
Gilbert : Moi, j’aime beaucoup un groupe de punk Espagnol qui s’appelle Siniestro Total.
Graham : J’ai  grandi en écoutant plein de choses différentes : Frank Zappa, du blues, du métal. Quand je suis  arrivé en Angleterre (il est Américain ndlr), mon esprit s’est ouvert et j’ai compris l’engouement pour le clubbing, j’écoute pas mal de techno et de dance du coup.

Comment vous êtes vous rencontrés ?
Gilbert : Avec Sebastian, on se connaît depuis très longtemps et on a rencontré Graham par un ami commun, à l’été 2007. On faisait de la musique de notre côté et on a entendu la sienne et on l’a trouvée cool. On en avait tous marre de nos jobs pourris, donc on s’est dit qu’on allait monter un groupe de façon sérieuse et se lancer dedans à corps perdus.



D’où vient la rumeur qui dit que vous êtes Espagnols ?
Gilbert : C’est un malentendu. Sur notre Myspace on a marqué qu’on était originaire d’Espagne, mais ce qu’on entendait par là c’était que la musique que nous jouons est espagnole, pas nous ! On utilise aussi l’imagerie et la mythologie du pays basque sur scène et dans nos visuels, donc ça a dû accentuer le malentendu. Et comme on n’a jamais rien démenti, ça s’est propagé comme une trainée de poudre.
Graham : Le truc, c’est que le point de départ de ce projet vient de l’Espagne, du côté espagnol du pays basque du moins, donc le groupe est un peu espagnol à sa manière.

Vous connaissez le Pays Basque ?
Gilbert : On y est allés trois fois, on a des amis là bas, on connaît des groupes de la région aussi.

Est-ce que vous rêvez de Biarritz en été ?
Graham : Oui, si cet été on a un peu de temps pour nous pourquoi pas ne pas y aller ?

Vous connaissez Sébastien Tellier ? Il a écrit une chanson sur Biarritz et ses émois à la plage, ça s’appelle Roche. Elle est géniale…
Sebastian : Oui on l’adore, il est complètement fou ! Mais nous, on connaît plus le pays basque du côté Espagnol….

Avez vous envisagé de chanter en Espagnol ?
Gilbert : Sur l’édition européenne il y 5 titres bonus en acoustique, dont l’un chanté en Espagnol. Ça reste une possibilité pour nous, on l’envisage. On est très ouverts d’esprit tu sais.

Vous parlez Espagnol ?
Graham : Un poquito !


 
Parfait, c’est suffisant pour écrire une pop song…
Pour revenir à l’Angleterre, vous avez un morceau qui s’appelle I Love London. Je voulais donc savoir quels étaient vos endroits préférés dans la ville…
Gilbert : L’essence  de la chanson est de montrer que l’endroit où tu te trouves n’a pas d’importance. L’importance ne réside pas dans le fait de se trouver dans un endroit cool, il faut que tu te trouves là où tu te sens bien pour être capable de t’éclater.

OK…
Sebastian : On vit à Hackney, dans l’est de Londres et c’est plutôt cool comme endroit, plein de lofts et d’entrepôts désaffectés, les loyers ne sont pas chers donc tous les artistes se trouvent là. Sinon à Shoreditch on aime bien l’Old Blue Last.
Graham : À Hackney, il y a quand même pas mal de « wannabe artists »  aussi. Tu sais, ils sont toujours sur un projet mais bizarrement tu vois jamais l’aboutissement du truc.

Quel est votre meilleur souvenir en tournée ?
Gilbert : Il y a trop de supers moments. La première fois qu’on a joué au Pays Basque, c’était fort, jouer à Tokyo était dingue, jouer devant 10000 personnes à 2h du mat à Barcelone après Goldfrapp  l’était tout autant.
Sebastian : On a fait la première partie des Foals en Angleterre, dont leur concert à la Brixton Academy et c’était magique.

J’ai trouvé que les paroles n’étaient pas très audibles sur votre album, on ne comprend pas bien ce que vous dites…
Gilbert : Tu trouves ? C’est dommage parce que on a voulu faire un album avec des thèmes universels tels que la vie, la mort, l’amour, c’est plutôt intéressant ce qu’on raconte.
 
Qu’est-ce que vous avez voulu accomplir avec cet album ?
Gilbert : On a voulu combiner toutes nos influences de façon harmonieuse, mais aussi créer un voyage pour l’auditeur, on voulait que chacune des chansons l’emmène quelque part, qu’il y ait une continuité vers une destination finale.

Les chansons sont assez différentes les unes des autres, il n’y a pas vraiment de cohésion ou de continuité…
Sebastian : Oui, je vois ce que tu veux dire, certaines chansons sur l’album ont été écrites à deux ans d’écart donc forcément, ça se ressent.

Vous n’avez pas eu l’envie de sortir un disque plus uni, plus cohérent ?
Gilbert : Mais pour nous ça l’est. Pour nous il y a un fil rouge. On espère que notre musique emmène les gens en voyage. Je trouve qu’il n’y a rien de plus chiant qu’un album où le style du mec est posé au bout de la deuxième chanson, où tous les morceaux se répètent, les trucs super plats qui te font faire une ballade. Moi je veux emmener les gens en voyage pas en ballade.

 

Crystal Fighters sera en concert au Point Éphémère et en after-show Chez Moune le samedi 19 février.

 

Sarah Dahan // Photos: DR.