Ta rencontre avec le hip hop ?
Consequence : J'ai grandi au moment de ce qu'on appelle le « Golden Age » du hip hop. Je me suis essayé à toutes les disciplines : la danse, le graffiti, le deejaying et le rap. On était tout le temps dans la rue, on n'était pas comme les gamins d'aujourd'hui à passer notre temps dans notre chambre à jouer à la Playstation. On voulait faire plein de trucs. Il y avait ceux qui voulaient jouer aux hustlers pour faire leur blé, et d'autres, qui étaient dans le hip-hop. La rue était un lieu beaucoup plus important à cette époque. Disons que c'était juste différent à l'époque, le climat était différent, et par conséquence notre éducation a été autre. Le fait de passer notre temps dans la rue faisait qu'on était entraîné dans plein d'histoires. Les années 80 et le début des années 90 étaient dures, très dures, tu te forgeais forcément un caractère, qu'il soit bon ou mauvais. Mes parents ont divorcé assez tôt, donc, quand j'étais jeune adolescent, mon père n'était plus là pour me surveiller et m'empêcher de faire des conneries. Donc les conneries, je les ai faites. Mais je ne peux pas dire que je le regrette parce que ça m'a appris beaucoup, ça a fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui.


Quels sont les rappeurs qui t'ont influencé ?
Consequence : La question n'est pas qui m'a influencé mais ce qui m'a influencé, et la réponse, c'est le hip hop. Kid'n Play, Kane, Slick Rick, Biz, Public Enemy, Gangstarr, Tribe, Digital Underground, toute la West Coast, tous les groupes avaient leur propre individualité à l'époque. Personne n'a été ma référence en particulier, c'est la culture hip-hop dans sa globalité qui m'a donné envie d'en faire partie.


Quel a été le rôle de Q-Tip dans ton éducation hip hop ?
Consequence : Q-Tip était mon grand cousin, pour lui, j'étais juste un petit. Mais plus je devenais sérieux au sujet du rap, plus j'allais le trouver pour lui demander de m'aider. Par contre, je ne voulais pas qu'il me fasse rapper sur un de ses disques juste pour me faire rapper, je voulais qu'il en ait vraiment envie, qu'il me trouve vraiment bon. Et puis un jour, il m'a proposé de rapper sur le morceau Chase Pt.II, de l'albumMidnight Marauders. Après la sortie du single, alors que c'était le premier truc que j'avais jamais enregistré de toute ma vie, je pensais que j'allais être signé tout de suite. Tout le monde dans le quartier me demandait comment ça se faisait que j'avais pas un deal déjà. Je connaissais absolument rien au business. Mais j'allais l'apprendre de la manière forte…


Tu as rejoint Tribe tout de suite après ce morceau ?
Consequence : Non. Après avoir posé sur Chase Pt.II, je saoulais Tip en lui parlant de mes morceaux, en lui disant que j'étais prêt à sortir un album. Et lui, il partait en tournée, il faisait des trucs. Alors je me vexais, je comprenais pas. Je me suis donc démerdé pour trouver un manager, Dino Delvaille, qui a plus tard signé Cash Money chez Universal. Il m'a présenté à un producteur. On a fait dix morceaux ensemble et on a commencé à démarcher les labels.


Ça t'a aidé dans tes démarches d'être le cousin de Q-Tip ?
Consequence : Etre le petit cousin d'une star n'a pas que des inconvénients, mais à chaque fois que j'entrais dans un bureau, on me sortait le même discours : « Alors j'entends dire que tu es le cousin de Q-Tip, pourquoi il est pas avec toi ? » ou alors : « Pourquoi il te fait pas un morceau ? ». Beaucoup de gens étaient intéressés par moi, mais ils voulaient Q-Tip avec, ou sans ça je n'avais rien. J'avais 17 ou 18 ans à l'époque, je venais de sortir du lycée et je me donnais un an pour trouver un deal ou alors je rentrais à l'université. Je me suis décidé à aller parler à Q-Tip, d'homme à homme, de cousin à cousin, de petit cousin à grand cousin. Il a écouté un titre sur lequel je bossais, ça lui a plu alors il a commencé à bosser sur ma démo en tant que producteur. On a fait trois ou quatre morceaux et il est parti les faire écouter à Puff Daddy qui, à l'époque, n'avait signé que Craig Mack et Biggie. Q-Tip revient vers moi et me dit (Conséquence prend une petite voix toute douce) : « Ecoute, j'ai parlé à Puffy et il m'a dit : "Yo, je signe le playboy immédiatement".» Je deviens dingue, c'est dingue, je vais signer avec Bad Boy ! Mais là, Q-Tip me dit (il reprend sa petite voix) : «Ecoute ce à quoi j'ai réfléchi, je crois que je veux que tu rejoignes Tribe. Tu serais le quatrième membre de Tribe». Moi, je suis là : «Oh, word ?!». C'est le plus beau jour de ma vie. J'ai un deal avec Bad Boy et je rentre dans le meilleur groupe de hip hop du moment ! Alors, je lui réponds : « Je peux faire les deux ». Et lui, il me dit : « Non, tu dois choisir, c'est l'un ou l'autre, et je pense que c'est mieux que tu deviennes un membre de Tribe ». Et c'est comme ça que j'ai participé à Beats, Rhymes and Life. Mais, le truc c'est que c'est Q-Tip qui m'a fait rentrer dans Tribe, et non pas Tribe qui m'a fait rentrer dans Tribe. En d'autres termes, je n'étais pas le bienvenu du point de vue des autres membres du groupe. Et ça, je le savais pas. Phife pensait que j'étais là pour le remplacer, donc c'était plutôt tendu entre nous. La situation de Tribe était tendue de toute façon. Ils se sont séparés après The Love Movement, mais ils ne s'entendaient plus depuis longtemps. Ils sont restés ensemble du fait de leurs obligations et pour l'argent.


C'est à ce moment que tu as signé un deal avec Elektra ?
Consequence : En fait, j'ai signé en tant qu'artiste solo avec The Ummah (l'équipe de producteurs qui réunissait Q-Tip, Ali Shaheed et Jay Dee, ndlr) qui avait un deal avec Elektra. L'album aurait dû s'appeler Hostile Takeover, il était produit par The Ummah, mais j'ai demandé à casser mon contrat parce qu'Elektra n'arrêtait pas de repousser sa sortie. En fait, Q-Tip et Sylvia Rhone (la présidente de Elektra, ndlr), n'étaient plus en bons termes. De plus, Q-Tip se séparait de Tribe, il n'allait pas bien, donc je sais pas vraiment à quel point ça a joué, mais Elektra ne semblait pas vouloir sortir mon album. Si je devais le refaire, je n'aurais jamais cassé mon contrat parce que je sais que j'aurais vendu minimum 150 000, 200 000 albums et qu'aujourd'hui, je toucherais encore de l'argent sur ce disque. Mais à l'époque, je trouvais mon album excellent et je voulais qu'il fasse un score exceptionnel, or, si Elektra n'arrêtait pas de le repousser, il allait finir par sonner dépassé... Je pensais d'un point de vue artistique, je ne pensais pas du tout au côté business.


Tu as fait quoi, ensuite ?
Consequence : Après le passage chez Elektra, je voulais prendre mes distances avec toute cette clique. J'étais frustré, on peut le comprendre. J'ai donc signé un deal avec Relativity. Je bossais avec un producteur du nom de Ty Fyffe. Je ne voulais plus faire le même type de musique que je faisais avec Tribe, mais eux ils voulaient carrément me faire porter des grosses chaînes en or incrustées de diamants… Rien de mal à porter de la bijouterie, mais si c'est le seul truc dans ta vie qui te passionne vraiment, là ça devient inquiétant… Eux ils vivaient pour ça. Et moi je ne suis pas comme ça. Et puis Loud a finalement récupéré les artistes de Relativity et ils n'ont pas voulu de moi. Après ça, j'ai décidé de prendre mes distances avec ces enculés. J'ai arrêté de chercher à être signé et j'ai un pris un boulot, un vrai boulot, un boulot à la con. J'allais au boulot et je rentrais chez moi pour écrire. Quand je finissais un morceau, j'allais l'enregistrer en studio. Et j'ai aussi formé un groupe avec un autre gars parce que je pensais que je devais peut être me réinventer. On s'appelait Guilty et on a réussi à obtenir un deal avec Rawkus pour un single, et ils nous ont donné beaucoup d'argent. Ils croyaient vraiment en nous. Mais mon partenaire s'est mis à vendre de la weed, tellement qu'il n'a plus jamais écrit de textes. J'ai essayé de le convaincre, je l'ai supplié, mais il ne voulait rien entendre. Alors je me suis mis à écrire ses rimes, mais le gars a perdu les textes ! J'ai laissé tomber et j'ai recommencé en solo. Les mecs de Rawkus m'en voulaient, j'avais pris leur fric…Mais j'allais quand même signer pour un single en solo avec eux. Mais voilà qu'on est le 11 septembre 2001 donc ça tombe à l'eau.


De là, comment as-tu rebondi ?
Consequence : J'étais vraiment abattu, mais quelques mois plus tard, mon gars, 88 Keys, m'appelle pour me dire qu'il voulait que je participe au morceau qu'il avait fait avec ce mec, Kanye West, qui venait de participer à The Blueprint. De là, je suis devenu pote avec Kanye. Il était question que je signe sur Roc-A-Fella Records pendant un moment, mais Jay-Z et Damon Dash se sont séparés, donc finalement, après la tournée, Kanye m'a signé sur son label, G.O.O.D Music. And the rest is history in the makin' !

 

Propos recueillis par A.C // Photos : DR.