Après un sympathique premier jet garage-pop, le groupe passe aujourd'hui à la vitesse supérieure avec Dye It Blonde, dont les mélodies tellement sucrées qu'elles piquent la langue devraient, en toute logique, rapidement conquérir le monde. Gueules d'anges et poses provoc', ils n'ont jamais été aussi prêts.      
 

C'est votre première fois à Paris?
Cameron Omori (Smith Westerns) : Non, on a joué ici en novembre, et une fois avant ça, pendant l'été. C'était cool, les deux dates étaient au Point Ephémère. Mais on n'a jamais vraiment vu la ville. A chaque fois il faut repartir direct, le soir même. Ce soir, par exemple, on rentre à la maison, et il va falloir conduire jusqu'à Heathrow. Nous avons pu marcher un peu en ville hier, mais je ne saurais même pas te dire où nous étions.
 
Dye it Blonde est votre deuxième album, et ce qui frappe immédiatement c'est la richesse et la qualité de votre son. On est dans le haut-de-gamme, alors que jusqu'à présent vous aviez plutôt une étiquette lo-fi bête et méchante. Comment s'est effectuée la transition? Et comment s'est passée la collaboration avec Chris Coady (producteur et ingé son ayant travaillé avec TV on the Radio, Beach House et Blonde Redhead ndlr)?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Le nouvel album a ce beau son parce qu'on est tout simplement devenus de meilleurs musiciens. Et puis, en signant avec Fat Possum, on a pu avoir un vrai budget, avec pas mal d'argent. Mais le premier album devait avoir un son lo-fi, un côté inachevé: il correspond au tout premier moment où nous avons pris conscience de nous-mêmes en tant que musiciens. Le lo-fi nous a permis d'enregistrer tous seuls et de se lancer, et Dye it Blonde n'est qu'une nouvelle étape dans un processus cumulatif.
Max Kakacek (Smith Westerns) : Chris Coady était génial, vraiment un type sympa. C'était facile de travailler avec lui, il a un chic pour créer une bonne ambiance de travail. Pas de pression. C'est pas le genre de mec qui va te dire ce qu'il faut faire, et certainement pas le genre à s'énerver et à nous gueuler dessus pour une partie qui ne collerait pas. Et puis quand tu enregistres avec quelqu'un, t'es dans un studio; seuls, nous ne saurions pas en exploiter toutes les possibilités.
 

 
Quand tu écoutes du rock en France, tu as deux Eldorados musicaux vers lesquels te tourner: la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Il y a peut-être cinq ans, tous les nouveaux groupes hype que j'écoutais venaient du Royaume-Uni, mais aujourd'hui j'ai l'impression qu'on découvre une scène américaine underground en pleine effervescence. Vous avez le sentiment d'appartenir à une scène nationale? Vous sentez que les choses bougent en ce moment?
Cullen Omori (Smith Westerns) : J'ai pas assez d'expérience avec ce genre de concept pour te répondre. Je veux dire… qui fait partie de notre "scène"? On est parfois classés avec des groupes comme Girls, Pains of Being Pure at Heart, ou Jay Reatard, qui n'ont rien à voir ensemble, et avec qui on n'a pas grand-chose en commun, même si Jay Reatard et Girls nous ont bien aidé. Le truc, c'est qu'avec internet, toute cette idée de scène localisée — nationale ou locale — perd en pertinence. C'est Internet qui nous relie, et qui relie les gens qui font de la musique en marge du mainstream. Après, je sais pas si la musique est de meilleure qualité aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne.
 
Comment Internet affecte-t-il les comportements musicaux à votre avis?
Cullen Omori (Smith Westerns) : On dit partout que les gens n'écoutent plus d'albums, et ne font que télécharger les singles sur des blogs. Nous, ça nous force à écrire des putain de bonnes chansons. En fait, ça nous pousse à écrire des albums, ce qui est très différent d'une attitude qui consisterait à coller dix morceaux ensemble sur un disque. Pour un album, il te faut créer une famille, dans laquelle tous les morceaux partagent des éléments en commun, des même thèmes, etc. Sur Dye it Blonde, on a cherché à faire un album sans remplissage, et à mettre les morceaux en cohérence dans un même élan, avec solos, des intros et des outros, des ponts entre les chansons, et tous ces trucs-là. On a essayé de surprendre l'auditeur, en jouant beaucoup sur le tempo. 
 
Votre musique fait baver les geeks du rock, qui s'amusent à en cataloguer les influences: T Rex, Bowie, Oasis, Suede, les Nuggets… Mais si on établissait des statistiques pour évaluer scientifiquement votre consommation musicale, ça donnerait quoi?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Jouer et écouter de la musique, c'est vraiment tout ce qu'on fait de nos vies. Rien d'autre. Mais je n'achète pas de musique. Je ne collectionne pas les disques. Bien sûr j'ai accumulé plein de morceaux au fil des années, et si tu regardes nos iPods, on a tous plein de trucs différents dessus. Mais j'ai pas d'argent pour acheter de la musique. J'ai même pas assez d'argent pour me payer autre chose à manger en tournée que du Burger King. 

Désolé, la chaîne n'existe plus en France…
Max Kakacek (Smith Westerns) :
Ouais, du coup on est obligé d'aller chez McDo.
 
Vous écoutez quoi en ce moment, même si vous l'avez pas acheté?
Cullen Omori (Smith Westerns) :
Dans la voiture on écoutait pas mal de Gucci Mane. Et un peu de Big Boi. En fait, notre nouveau truc, c'est de faire des remixes et des mash-ups. On se fait chier dans la voiture, et après cinq mois de tournée, on est devenu des pros sur nos ordis portables.
Cameron Omori (Smith Westerns) : Le plus souvent on fait nous-même la musique et on enregistre les rappeurs par-dessus. C'est pas des vrais mash-ups, plutôt un travail avec des versions a capella de rappeurs.
 
 

J'allais vous dire: aujourd'hui tout rockeur indé doit collaborer avec une star du hip-hop. Mais pas Kanye West, ni Jay-Z, ça a déjà été fait. Alors vous, avec qui vous allez enregistrer?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Les types d'Odd Future, ça serait tellement cool. Je sais que Tyler The Creator aime bien notre groupe, alors… Et Mellowhype vient de signer sur le même label que nous aux États-Unis. On les a rencontrés vite fait à South by Southwest, mais on n'a pas eu le temps de parler de collaboration, il y avait trop de presse autour de nous.
 
Vous êtes fans des Strokes?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Carrément! Leur dernier album est un peu mi-figue, mi-raisin, par contre. Si tu compares avec leurs deux premiers disques, c'est vrai que c'est difficile de garder le niveau. Mais en même temps, peu de groupes aujourd'hui sortiraient un disque aussi bon. J'adore Taken for A Fool par exemple, c'est une chanson magnifique.
 
Cullen et Cameron, il y a une histoire musicale familiale?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Non, vraiment pas. C'est très banal, à vrai dire, notre amour de la musique. Ça vient juste de notre temps passé ensemble au lycée, et de mes propres recherches sur internet. Personnellement, je cherchais à me faire une idée de ce qui était cool, et j'ai beaucoup changé d'opinion. Mais non, nous ne venons pas d'une famille très musicale.
 
Votre album a tellement de mélodies super-glue que ça en devient presque dégoûtant. Comment vous décririez la mélodie pure et parfaite?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Wow, je sais pas… C'est instinctif, quelque part, tu joues un truc, et puis tout d'un coup tu es frappé par ce que tu viens de jouer. Tu te dis, "Wow, c'est hyper catchy ça. Tellement bon que si je l'entendais à la radio, je trouverais ça mortel. Mais en même temps, suffisamment original."
Cameron Omori (Smith Westerns) : C'est simple, en fait. La mélodie parfaite c'est celle que les filles non-anglophones peuvent chanter à nos concerts. Tout le monde chante en cœur à nos concerts, et je ne pense pas que tout le monde parlent anglais ici.
 
Bon, alors vous avez le gros son du studio, un album qui n'a pas eu une seule mauvaise critique… Tout roule pour vous, et vous avez à peine vingt ans. Mais il faut songer au futur. C'est le moment de sortir un album concept avec plein d'instruments bizarres, non? Quelle est votre prochaine direction musicale?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Notre Dark Side of the Moon arrive bientôt.
Cameron Omori (Smith Westerns) : Le dubstep.
Cullen Omori (Smith Westerns) : Ce qui est vraiment cool, c'est que comme on s'entend bien, le groupe reflète notre maturation, en tant qu'individus et en tant que musiciens. Donc le prochain album sera différent, tout en restant dans la continuité logique de ce qu'on a accompli. Ce qui est sûr, c'est qu'on sera moins attendus au tournant, et qu'on aura sans doute encore plus de temps pour bidouiller en studio.

Et les stades, ça vous tente?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Ça serait génial. J'espère qu'on pourra jouer dans des stades bientôt, en ouvrant pour des gros groupes. Nos morceaux ont un côté épique, et joués bien forts sur des gros amplis de stade… Je vois déjà la mer de briquets.
 
Pourquoi vous voulez tout teindre en blond?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Le blond, c'est un fantasme culturel. Quand n'importe qui décrit la fille idéale, il y des chances pour qu'elle soit blonde. C'est bête et cheesy, je pense que c'est pour ça que beaucoup de filles se teignent en blond. Au final, c'est une couleur très artificielle, mais avec des connotations assez salaces, presque sales. Ça correspond bien à l'album, parce qu'on a essayé de prendre des morceaux pop et de les dévoyer, des les teindre en blond en quelque sorte… Notre musique a un brillant un peu salace.
 
Vous avez vu Black Book? Dedans, une jeune Juive se teint les poils pubiens en blond pour séduire un officier Nazi.
Cullen Omori (Smith Westerns) : C'est exactement l'esprit. On s'est toujours dit que si quelqu'un venait vers nous à la table de marchandises et nous montrait ses poils pubiens teints en blond, on lui donnerait tout ce qu'il veut. Des tonnes de trucs gratos.
 
En regardant le court-métrage que vous avez réalisé avec Ray Concepcion pour la promotion de votre album, on se dit que votre musique a une indéniable qualité cinématographique. Quelle est votre relation au cinéma? Il y a un film en particulier pour lequel vous auriez rêvé d'écrire la musique? 
Cameron
(Smith Westerns) : Un porno.
Cullen Omori (Smith Westerns) : J'étais étudiant à l'université en cinéma, pendant une très brève période — avant de réaliser ce qui m'attendait. Donc oui, nous aimons beaucoup le cinéma. Ça serait drôle de faire la bande-son d'un porno bien intense.          
 
Dans le clip de votre single Weekend, on voit plein de bouffe qui a l'air aussi grasse qu'absolument délicieuse. C'est quoi votre nourriture préférée, Burger King mis à part?
Cullen Omori (Smith Westerns) : On n'a mangé aucune de cette nourriture, on l'a juste achetée pour la vidéo et on l'a jetée direct. En fait ce qu'on préfère c'est de ne pas manger. Le slogan du groupe est: rien n'est aussi bon que de garder la ligne. De toute façon, on n'a pas assez d'argent pour bien se nourrir.
Max Kakacek (Smith Westerns) : Hier soir j'ai essayé votre truc français à base de viande crue. J'avais l'impression de manger de la bouillie sans saveur.
 

Le clip vous montre aussi devant une maison avec un énorme drapeau américain. Et quand j'y pense, vous avez un des noms de groupe les plus américains depuis Bruce Springsteen. Vous avez le sentiment de représenter la mère patrie quand vous jouez en Europe?
Cullen Omori
(Smith Westerns) : C'est intéressant, je me demande si c'est une bonne stratégie marketing. Je pense que les symboles patriotes peuvent jouer dans les deux sens: on a rencontré beaucoup de pseudo-intellectuels hyper européens qui nous prenaient pour des Américains débiles. On en a plein de ces gens-là, aux États-Unis. Mais moi, j'ai envie de jouer avec un énorme drapeau américain en toile de fond pendant les concerts. Comme Myley Cyrus. Je veux être encore plus Américain que Myley Cyrus. Et d'ailleurs, je pense que je vais mettre ma chemise avec le drapeau des États-Unis pour jouer à Paris ce soir.
 
En France, on est aussi fascinés par le style de vie universitaire étasunien, et votre façon de faire la fête. Vous en pensez quoi?
Cullen Omori (Smith Westerns) : C'est vrai que plusieurs fois, des types nous ont demandé si on pouvait faire la fête sans les traditionnels gobelets en plastique rouge, ou des choses dans le genre. Mais nous, on fait la fête comme on peut et dès qu'on peut. La tournée te donne l'opportunité de te bourrer la gueule tous les soirs, et plus encore — et c'est exactement ce qu'on fait. On est des bêtes de soirée.
Max Kakaceck (Smith Westerns) : En même temps, on fait souvent la fête juste tous les trois, à l'hôtel.
Cullen Omori (Smith Westerns) : Oui, parce que quand tu as fini un concert, que tu restes après le show pour trouver quelqu'un avec qui faire la fête, tu te fais toujours harponner par des mecs relous. Tu vois un groupe de jolies filles, et alors que tu te diriges vers elles, un gros nerd qui adore les albums vintage se met à te parler et reste planté là pendant une heure, avec une haleine qui pue la bière. Résultat, les filles sont toutes parties.
 
OK, donc en rentrant à Chicago, imaginez que vous organisez la fête de vos rêves. On y trouve quoi?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Déjà, je fais payer tout le monde, comme ça je me fais un peu d'argent dessus. Ensuite, à ma fête il n'y aura ni bière, ni même softs — juste de l'alcool fort, en grosses quantités. Je ne veux même pas de gobelets pour boire. Si, il aura des 4Locos, même si je crois que c'est illégal aujourd'hui. Il faudra également une salle pour l'orgie. Ah, et seule notre musique sera autorisée: j'imagine un très beau kiosque pour le DJ, avec des caisses entières de disques, mais tous seront des albums de Smith Westerns. Je veux dire, au fur et à mesure de la soirée, les morceaux sonneront différemment. Il y aura les initiales du groupe tracées en cocaïne sur un immense miroir. Et à la fin, on roulera un méga joint avec un drapeau américain, qu'on devra poser sur deux tables et fumer à tour de rôle, jusqu'à-ce que tout le monde s'endorme.  
 
Vous venez de la ville d'Obama; vous faisiez quoi le soir de son élection?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Mec, je dormais profondément.
Cameron Omori (Smith Westerns) : J'ai voté pour McCain, à fond. Il a servi notre pays, et c'est pour ça que ses bras sont tout bousillés. Il peut plus lever ses bras jusqu'en haut parce qu'il était dans une putain de geôle et qu'il s'est fait torturer. Ça, c'est un homme. J'ai pleuré quand il a perdu.
Max Kakacek (Smith Westerns) : Moi j'étais downtown, au milieu de la fête, mais à vrai dire je ne me rappelle pas de grand-chose. C'était n'importe quoi à Hyde Park et dans le South Side. Enfin, il doit y avoir des photos de moi sur Facebook.
 
Et pour les prochaines présidentielles, vous êtes dans quel camp?
Cullen Omori (Smith Westerns) : Si seulement George Bush pouvait se re-présenter…
Cameron Omori (Smith Westerns) : Sarah Palin aussi, c'est une option.
 
Michele Bachmann (députée du Minnesota ultra-conservatrice associée au Tea Party), peut-être?
Cameron Omori (Smith Westerns) : C'est qui déjà? Ah, la folle du Minnesota? C'est la Sorcière? Ouais, à fond pour elle.
Cullen Omori(Smith Westerns) : Ou sinon Glenn Beck, il devrait être élu. Si je le rencontrais, je lui dirais, "Super boulot d'analyse, mon gars. Continue." Mais je ne pense pas qu'on soit jamais admis dans les locaux de Fox News. On est trop à gauche.  


++ myspace.com/smithwesterns

 

Fabien Cante // Photos: DR.