Pour un artiste de la scène électro, comment se présente le moment de faire un album et d’arrêter d’enchaîner les formats courts? C’est une décision personnelle ou une idée qui vient du label ?
Toxic Avenger : D'abord, la musique électro se vend beaucoup moins bien que la musique tradi, ensuite elle se vend mieux en format maxi qu'en format long et puis surtout, c’est un essai qui n’est pas toujours transformé. L’album d’électro c’est souvent une compilation maxi avec des morceaux "bouche-trous". Du coup les maisons de disques sont assez frileuses. Dans ce cas, c’est moi qui avais une énorme envie de faire un album parce que j’avais plein d’idées. Des trucs qui s’éloignaient un petit peu de l’électro sans jamais en sortir complètement, et tout en incorporant d’autres influences. Je trouvais que l’album avait une vraie légitimité.

Ça te permettait de davantage t’exprimer que dans un format maxi où tu es obligé de balancer du lourd ?
Toxic Avenger : Oui. Là, j’ai essayé de ne pas céder à la tentation de faire des morceaux efficaces. J’ai travaillé sur des morceaux dans la longueur et qui s’écoutent de façon assez groupée.

Tu as composé ton album cloîtré dans un Riad à Essaouira. C'est pas difficile d’être seul ? Ça ne manque pas parfois d'une vision extérieure pour mettre le doigt sur des pulsions personnelles qu’on s’est peut-être empressé de mettre au mauvais endroit ?
Toxic Avenger : C’est une expérience intéressante aussi d’être tout seul. Moi ça m'a beaucoup enrichi musicalement parce que je me suis « dépassé » techniquement. J’ai bossé avec des gens, beaucoup, beaucoup de gens pendant 10 ans et aujourd’hui je respire un peu à bosser tout seul même si effectivement je n’ai personne pour me cadrer. Tant mieux puisque ça a donné cet album là.

Pourquoi le Maroc ?
Toxic Avenger : J’ai besoin de me dépayser pour composer, j’avais envie de soleil aussi, c’était en février, il fallait que ça soit pas trop loin pour pouvoir embarquer 200 kilos de matos donc le Maroc est tombé à point nommé.
 
Tu tables sur combien de ventes ?
Toxic Avenger : J’en sais rien. Je serais très content si on en vendait 10 000. Pour de l’électro, c’est bien et puis c’est un joli chiffre. Ma maison de disque aussi serait contente. En fait, je veux juste en vendre assez pour en faire un deuxième, puis un troisième sans qu’on m’emmerde, mais en vendre 500 000 j’en ai rien à foutre.


L’album est différent d’un morceau à l’autre. C.O.L.D. avec Bonjour Afrique ne surprend pas quand on te connaît, alors qu’Alien Summer avec Annie est presque pop. Tu voulais faire quoi avec cet album ? Démonter les dancefloors ? Accompagner les gens le matin dans le métro ? 
Toxic Avenger : Globalement l’album est vachement plus pop que ce que j’ai fait avant. En partie parce que je suis un enfant de la pop, c’était naturel pour moi. Il n’y a quasiment pas de morceaux "club". C’était plus pour l’écouter chez moi, pour ne pas que ça me saoule au bout du troisième morceau. J’aime bien ce genre d’album que tu peux écouter en détails mais aussi en marchant, ou en bagnole.
 
Ta musique est en général violente, elle assène des sacrés coups derrière la tête. Tu considères que tu fais pogoter ou danser ton public ?
Toxic Avenger : Beaucoup plus danser les gens. Maintenant, j’essaye d’être plus fin que ce que je faisais avant parce que ça m’a lassé. Tous ces DJs essayent de faire des choses de plus en plus violentes et c’est un peu le concours du mec qui fera le plus de bruit. Du coup, j’ai pris le chemin inverse en me disant : « Ok on va se poser deux secondes, on n'a pas besoin d’être extrêmement violent pour faire danser les gens et on va essayer de faire ça plus intelligemment ».
 
On peut considérer que l'électro que tu fais est sortie du ventre du hard rock ?
Toxic Avenger : Ouais carrément, même si c'était beaucoup plus le cas avant. Mais je pense que tous les gens qui font cette sorte d’électro-là ont ce même petit passif métal et hard parce que c’est un son assez violent et assez saturé. C’est une vraie source d’inspiration pour ce type d'électro. Mais encore une fois, sur mon album ça s’entend moins parce que je me suis éloigné de ça. Je suis un enfant de la pop et j’ai vraiment besoin de mélodies. C’est ça qui a été la base de tous mes morceaux : d’abord une jolie mélodie et ensuite, essayons de voir si je peux faire danser les gens avec cette jolie mélodie.
 
L’évolution de l’électro super brutale va se faire dans quel sens ? Les gens vont encore avoir envie de se prendre de la grosse saturation dans la gueule encore longtemps tu penses ?
Toxic Avenger : Contrairement à ce que je viens de dire, je crois que ouais. Là en ce moment c’est vraiment le concours du truc le plus violent. C’est puissant au détriment d’être mélodique.
 
C’est quoi cette histoire de Toxic Avenger qui quitte les platines pour se mettre à la formation live ? Une façon de revenir à tes goûts pour le rock et les vrais instruments ?
Toxic Avenger : On l’a déjà fait au Printemps de Bourges, aux Transmusicales et c’est ce qu’on va faire aux Solidays et encore après. Je suis sur scène avec un groupe qui s’appelle Bonjour Afrique, avec un batteur, un guitariste qui joue aussi des synthés et moi je suis aux machines et à la guitare, comme je l'ai toujours fait. J’ai eu des groupes avant et ça me manquait. Non seulement les instruments mais aussi le fait de prendre un peu des risques. A force de faire le DJ, je ne ressentais plus le risque. Là, j’ai un peu peur à nouveau.
 
Ça demande aussi plus d'argent pour se lancer dans un projet comme ça...
Toxic Avenger : C’est clair. J’ai aussi attendu le bon moment pour le faire parce qu’il faut trouver les bons partenaires mais je crois que la formule en live marche bien. C’est un vrai mélange entre musique dansante et rock.
 
Tu vas tourner combien de temps avec ton live ?
Toxic Avenger : Un an, un an et demi. On fait la France puis l’étranger, les Etats Unis vont être un gros morceau. Je ne vais pas être lassé, c’est quand même génial.

Bien que tu n’écoutes pas d’électro, tu me donnerais un petit palmarès de tes producteurs préférés ?
Toxic Avenger : J'aime beaucoup Siriusmo, il est assez génial et talentueux. Sinon j’écoute vraiment pas d’électro.
 
Bon et bien alors ton palmarès rock ? Ça sera plus intéressant.
Toxic Avenger : En ce moment j’écoute vachement Cascadeur. C’est hyper bien. Un mec qui s’appelle Josh Pierson aussi, qui est pour moi un génie. Après Morissey, Weezer, Bon Iver. C’est le genre de trucs que j’écoute en permanence.
 


Le balèze en guise de danseur de ton clip Angst est dingue. Vous avez couché ensemble après ? "Fucking and punching" un peu.
Toxic Avenger : Non je n’ai pas couché avec. Par contre, il m’a couché lui parce qu’il m’a vraiment mis des pains. Je suis super mauvais acteur, alors les passages du clip où l'on me voit pleurer, et bah je pleure vraiment. Il m’a pété la mâchoire à force de me taper dessus! 
 
Tu te donnes du mal avec tes clips...
Toxic Avenger : Dans l’électro, y a pas vraiment de clips léchés au niveau de l’image et de la réa. J’ai donc voulu prendre un peu le contre-pied et faire un truc plus classe que d’habitude avec plus de moyens parce que ça coute très cher. Aujourd’hui les clips ça ne rapporte plus grand chose parce que c’est surtout des clips qui finissent sur Internet à l’exception d’un ou deux de mes clips. Du coup, c’est un vrai investissement pour me faire plaisir et pour faire plaisir aux gens qui les matent.
 
Quand tu dis à ta maison de disques que t’as besoin de 10 000 balles pour faire un clip, elle te répond quoi ?
Toxic Avenger : En l’occurrence 10 000 euros c’est pas grand chose pour un clip. Le dernier nous a couté ce prix-là voire même un peu plus. Ce qui est beaucoup moins que le prochain, Never Stop, qui sort dans une semaine.

Le dernier, Angst, c'est celui où tu te fais défoncer ? Ça fait cher pour se faire péter la gueule…
Toxic Avenger : Ouais. Après je crois que ma maison de disques croit au potentiel commercial des morceaux pour lesquels on fait des clips, j’ai de la chance qu’ils n’hésitent pas à investir. Le clip avec Orlesan nous a couté une blinde par exemple mais pour le coup on l’a rentabilisé parce qu’il est beaucoup passé sur M6.
 
 Avant d'écouter N'importe Comment de Orelsan feat Toxic Avenger, je m'attendais à des paroles trash sur du son trash. Au final, le résultat est quelque chose de tempéré. Le mélange entre vous deux était donc prévu pour donner un morceau plus formel ?
Toxic Avenger : Orel est un pote. On a fait le morceau sans se poser de questions, juste pour se marrer, donc après je comprends qu’il y ait des gens qui ne l’aiment pas parce que ça sort de son cadre à lui comme ça sort du mien. C’est un peu un morceau hors-série pour nous deux mais on s’est marrés à le faire. C’est normal que des gens qui écoutent Orel et des gens qui m’écoutent moins se soient dit : « C’est pas bien »
 
C’est pas que c’est pas bien, c’est que ça colle pas à l’image qu’on a de vous, même si Orelsan parle quand même de gonzesses.
Toxic Avenger : Bah tant mieux. Et puis on est partis faire un clip à LA, c’était cool pour nous.
 
C’est un label américain, IHEARTCOMIX, qui t'a fait signer en premier. Depuis, tu es très demandé là-bas ?
Toxic Avenger : C’est le pays dans lequel je tourne le plus. Super opportunité car à l'époque je n’avais encore rien sorti sous The Toxic Avenger. Je posais mes morceaux sur MySpace - qui était encore bien à ce moment là - et les gars m’ont contacté direct et m’ont dit : « Viens gagner de l’argent et viens tourner aux Etats-Unis ». J’ai répondu "oui, j’arrive!" Les Etats-Unis, c’est une super bonne école parce que c’est difficile mais c’est que du positif. 
 
Le public américain est très différent du public français ?
Toxic Avenger : La vraie différence c’est qu'en France, tu passes quand tu joues en tant que DJ, il faut que tu montres aux gens que tu es érudit musicalement. Impossible pour moi de passer un morceau de Kylie Minogue dans un de mes sets, c’est très mal vu. Aux Etats-Unis, si les gens entendent ça, c’est un morceau qu’ils connaissent donc ils vont être super contents. En France, tu es obligé de jouer que des trucs inconnus, parce qu'un morceau connu qui a marché c’est un mauvais morceau.

Qu’est ce qui va succéder à l’électro hyper brutale ? Parce que les gens vont bien finir par en avoir marre de se prendre tant de violence dans la gueule.
Toxic Avenger : Peut-être, et c'est vrai que c’est hyper particulier à l’électro ce délire d’une mode qui succède à une autre. C’est la seule musique où il y a ça. Trois ans comme ça, ensuite trois ans comme-ci et ainsi de suite.
 
Oui mais c’est pareil pour le rock où dans les années 80, il y a eu une succession de styles différents.
Toxic Avenger : C’est vrai mais dans l’électro, les genres qui sont obsolètes disparaissent. Dans le rock ça ne disparaît pas. Évidemment, le Grunge a disparu mais c’est un héritage. C’est un peu comme dans tout, ce qui succède à quelque chose qui a été hyper matraqué est son inverse. J’ai donc l’impression que ça va être un retour au minimalisme chiant, parce que le minimalisme dans l’électro, ça peut être super chiant.
 
T’aimes pas la minimale ?
Toxic Avenger : J’ai besoin qu’il se passe quelque chose. En fait j’aime bien me marrer, m'amuser, et j’ai pas l’impression que ce soit la bonne musique pour ça.
 
Si on écoute les Angst 1, 2 , 3 et 4 à la suite, la Terre se retourne et il se passe quelque chose de magique ?
Toxic Avenger : Ouais, c’est un peu comme dans Beetlejuice... Non, en fait, ces morceaux sont la colonne vertébrale de l’album. Tout l’album est rempli de chanson un peu pop avec de la voix et ces quatre morceaux sont les parties les plus électro. Le reste est le poumon qui laisse respirer l’album.
 
A part "dépêchez-vous d'aller acheter mon album", tu as une chute intéressante à donner à l’interview ?
Toxic Avenger : Volez-le si vous n’avez pas d’argent.
 
 
Angst de Toxic Avenger est sorti aujourd'hui.


Etienne Piketty // Photos: Philippe Delacroix.