Vous ne donnez pas d'interviews au Royaume Uni, c'est parce que vous ne voulez pas être affiliés à tous ces groupes qui font le buzz et qui disparaissent une semaine plus tard ?
Ellery (Wu Lyf) : Oui, ils ont cette stupide manie au Royaume Uni de s'exciter toutes les semaines sur LE groupe qui soi disant va changer la musique, nous on veut se tenir à l'écart de ça car ça nous dégoûte. On ne veut pas se voir coller une étiquette, après les gens attendent quelque chose de particulier de ta part et ça te coupe l'herbe sous le pied.

Du coup, le fait que vous jouiez la carte du mystère nourrit le fantasme que les gens ont de vous, non ?
Ellery (Wu Lyf) : Oui peut être, comme en Angleterre on a vraiment fait aucune promo il y a peut être une certaine émulation de la part d'une certaine population, notamment à Manchester, d'où on vient et à Londres. Mais en dehors de ces deux villes, nous sommes absolument inconnus au bataillon, les gens ne se prennent pas la tête pour en savoir plus sur nous ! Je ne suis pas fan du Royaume Uni de manière générale, toute cette folie autour du rock indie anglais me déprime terriblement.

 Le fait de venir de Manchester, une ville où plein de légendes sont nées, c'est enrichissant ou c'est un poids ?
Tom (Wu Lyf) : En fait ça ne nous touche pas autant que ce que les gens pourraient croire, on vit là bas depuis toujours alors on ne pense pas tous les jours au fait que tant de groupes viennent de là. C'est notre ville aussi donc tout ça nous parait naturel.
Ellery (Wu Lyf) : La ville est arrogante, elle se targue d'avoir abrité tant de groupes qui ont cartonné mais la vérité c'est que c'est une ville plutôt chiante avec pas grand chose à y faire. La plus grande influence sur notre album c'est l'ennui. Si la ville avait été remplie de choses cool à faire peut être qu'on n'aurait pas passé tout notre temps libre dans une cave à faire de la musique.

Comment vous êtes vous rencontrés ?
Tom (Wu Lyf) : Chacun jouait dans des groupes, on s'est rencontrés car on trainait avec les mêmes personnes, c'était il y a quatre ans.

Vous avez tout de suite pris la musique au sérieux?
Ellery (Wu Lyf) : Non on voulait se marrer, je pense qu'il ne faut jamais prendre ça trop au sérieux. C'était notre aire de jeux, une zone de liberté totale, et c'est ce qu'on souhaite préserver. Aujourd'hui c'est devenu plus structuré mais on est en charge de tout et c'est très important pour nous.

C'est assez rare au final de voir des groupes ou des artistes qui ont un droit de regard total sur leur musique ou leur image, y-a-t'il un groupe ou un artiste qui vous a inspiré pour adopter cette attitude ?
Ellery(Wu Lyf) : Pour moi ça serait Daniel Day Lewis, l'acteur. Je respecte à fond ses choix, c'est quelqu'un de talentueux qui ne suit pas les règles parfois foireuses des médias, il fait son chemin depuis des années et ça marche bien comme ça pour lui.

 Le fait de rester à Manchester, ça fait partie de votre stratégie pour ne pas vous faire bouffer par les médias ?
Ellery (Wu Lyf) : Tu rigoles ? Je rêve de me barrer le plus rapidement possible de cette ville! J'y suis depuis que j'y suis né, c'est chiant. Et surtout, on voit tellement de trucs cool depuis qu'on voyage à l'étranger avec Wu Lyf que le fait de toujours devoir revenir à Manchester est clairement déprimant.
Tom (Wu Lyf) : On est malheureusement pas encore dans la position où on peut se casser de là bas, peut être dans le futur qui sait ? En tous cas c'est notre objectif à tous.

Comment se porte a ville actuellement selon vous ?  Est-ce que c'est une ville-musée du rock ?
Ellery (Wu Lyf) : Il y a cette boite ouverte par le bassiste de New Order, Factory 251.

Oui j'y suis allée, c'était horrible...
Ellery (Wu Lyf) : Exactement ! Comment peut-on oser faire ça ? Prendre l'argent des fans pour faire de la merde pareille. Il pisse sur l'héritage de la Factory. Il chie dessus même !
Est-ce que le live est important pour vous ?
Tom (Wu Lyf) : Clairement, c'est super jouissif d'exposer à des gens toutes nos idées, notre travail, et ça l'est encore plus quand on les voit apprécier le show. L'immédiateté du truc te rend super fort et te donne encore plus envie de continuer ce que tu as démarré.
Ellery (Wu Lyf) : Notre musique est “humaine” dans le sens où elle n'est pas policée, on peut entendre des petites erreurs sur le disque, des ratages mais c'est pas grave car c'est la vie ! Et jouer en live c'est exactement ça, toutes ces émotions passent en direct avec le public, c'est très fort comme moment.

Vous semblez très déterminés à imposer votre patte mais quelle est était l'idée derrière cet album ?
Tom (Wu Lyf) : On l'a enregistré dans les conditions du live, on voulait que ça sonne comme nous, que ça ne soit pas  chiadé. C'est ce qu'on aime, on aime la spontanéité, l'amateurisme peut avoir tant de charme, bien plus que des disques qui coûtent des millions de dollars. On l'a aussi produit nous mêmes, c'est la représentation la plus honnête de nous mêmes. C'est une bonne pub pour nos concerts, c'est la même énergie et la même honnêteté.
Ellery (Wu Lyf) : Au niveau du contenu, je voulais l'utiliser pour en faire un film mais c'est trop compliqué, ça demande du temps, de l'argent, etc.. donc on l'a fait en musique. La construction de l'album est narrative. Chaque chanson est comme une scène, je ne pense pas qu'il y ait un single par exemple dans cet album.

Votre album m'a parfois fait penser à un groupe mythique de Manchester, les Stone Roses au niveau des guitares notamment...
Tom (Wu Lyf) : Oui je vois ce que tu veux dire, nos guitares sont très mélodiques mais sont noyées dans une cascade de bruits. La vibe transe peut aussi être retrouvée dans les deux groupes je trouve. En tous cas la comparaison me fait très plaisir, après je ne trouve  pas qu'on ressemble à d'autres groupes en particulier.

Ellery tu sembles être très attiré par le cinéma...
Ellery (Wu Lyf) : Je voulais aller dans une école de cinéma en fait, mais j'ai réalisé que ça ne comblerait pas ma soif d'apprentissage alors je me suis tourné vers les relations internationales. C'est ce que j'étudie quand je ne joue pas avec Wu Lyf. Le groupe est très visuel, il n'est définitivement pas unidimensionnel.

 Qui a réalisé votre clip pour Spitting it Concrete like the Colden Sun God ?
Ellery (Wu Lyf) : Jamie Allan, c'est un vieux pote. Je l'ai rencontré il y a des années de ça car j'ai essayé de lui voler son vélo. Un jour j'étais au parc et pour je ne sais quelle raison je me suis dit que j'allais voler un vélo, je commence alors à m'occuper de ses roues quand il arrive, le mec me hurle dessus “ qu'est-ce que tu fais connard c'est mon vélo ! Je dois aller rendre mes devoirs demain ! On avait 13 ans, c'est comme ça qu'on est devenus amis. Notre amitié s'est forgé autour du cinéma d'ailleurs, lui est allé en école de ciné et moi pas. Mais c'est comme un membre de Wu Lyf d'une certaine manière. Beaucoup de gens avec qui nous travaillons se trouvent être des amis, on a besoin de sentir une certaine connivence avec les gens avec qui on bosse. 

Donc tous vos amis font partie de la World Unite Lucifer Youth Fondation (Acronyme du groupe mais aussi “fondation” qu'ils ont crée, NDLR) ?
Ellery (Wu Lyf) : Oui !

Que faut-il faire pour rentrer dans cette fondation, échanger son sang avec les membres ?
Ellery (Wu Lyf) : Ah ah, ça sonne cool ton truc mais non il suffit juste d'aller sur Internet sur notre site et de cliquer sur le bouton “rejoindre” ( “join” en VO) . Y'a des réducs pour nos shows et nos albums. C'est une organisation qui est payante, mais à titre minime, qu'on a créée pour nous donner la possibilité de créer ce qu'on veut librement. On se suffit à nous mêmes grâce à ça, on en est même à 900 membres !

Est-ce que la musique est aussi importante que l'image ?
Ellery (Wu Lyf) : Pour nous la musique guide l'image. On fait d'abord de la musique, après on a goût pour une esthétique particulière qu'on fait ressortir de façon naturelle.

Où aimeriez vous déménager si vous pouviez le faire ?
Tom (Wu Lyf) : J'ai toujours pensé à la Belgique, c'est entre l'Angleterre et la France, c'est parfait. Ca peut être un entrainement pour moi d'apprendre le français là bas comme ça en suite je peux venir m'installer à Paris en sachant parler parfaitement le français.

Tu veux venir à Paris ?
Tom (Wu Lyf) : Oui j'apprends le français avec des cassettes !

Le meilleur moyen d'apprendre c'est avec des films français en V.O. A Manchester, dans un magasin qui s'appelle Fopp les DVD de films d'art et d'essai Français sont moins chers qu'en France, vas-y !
Tom (Wu Lyf) : OK, j'adore le cinéma Français, je viens d'acheter A Bout de Souffle !Sarah Dahan // Photos: DR.