Gary et Simon, vous venez de Bournemouth, en France on pense que c'est juste une ville où partir en voyage linguistique pour pas cher...
Gary (guitare, basse, claviers, chant) : Oui, on a rencontré beaucoup de Suédoises ! (rires)
Simon (guitare, claviers, chant) : En été, on sortait et on rencontrait des gens qui venaient de partout dans le monde.

Comment c'est de grandir à Bournemouth ?
Simon : Très cool parce qu'il y a la mer. Je passais quasiment tout mon temps sur la plage.
Gary : Mais les gens là bas sont souvent assez fermés d'esprit. Ça peut devenir assez violent. Ils sont conservateurs dans leur façon de penser, leurs idées politiques. Mais à part ça, c'est très sympa.

Est ce que vous jouiez déjà la musique là-bas ou vous avez commencé à Londres ?
Simon : Non, je n'ai pas fait de musique avant d'emménager à Londres, j'ai commencé assez tard.
Gary : Ça fait pas longtemps qu'on fait de la musique. On s'est mis à faire de la musique avec le groupe, or le groupe existe depuis peu de temps.
Dominic (batterie, programmations) : Moi j'étais dans une fanfare quand j'habitais aux États-Unis. Je sais pas vraiment pourquoi j'ai fait ça. Donc c'est ça mon expérience musicale, la fanfare, et après ça un groupe de pop.

Quand et comment avez vous créé Is Tropical ?
Simon : Ça fait deux ans maintenant. On jouait avant mais c'était juste comme ça, en soirée. Donc ça se résumait à jouer en soirée et être très bourré. Mais on voulait que les gens nous prennent au sérieux donc on s'est enfermés et on a commencé à écrire des démos il y a deux ans. Environ deux mois plus tard, on faisait notre premier concert.
Dominic : Au début, c'était juste jouer et être bourré, parce qu'évidemment c'était marrant, tu fais ça tu te dis "Wow, c'est marrant". Et puis quand on a eu l'opportunité d'enregistrer quelque chose, ça n'a pas fonctionné. Et donc c'est là qu'on a pensé qu'il fallait vraiment construire des chansons, des mélodies, penser aux éléments qui font une bonne chanson, ce genre de choses.
Gary : On voulait que ce soit plus réfléchi. Qu'on pense plus à ce que nous étions en train de faire.

 


 
Alors maintenant on peut dire que vous êtes un groupe cool et arty de Shoreditch c'est ça ?
Simon : On entend toujours ça. C'est bizarre parce que les gens se disent "ah ouais c'est un groupe de l'East London". Oui, ok on vit dans ce quartier, mais la musique qui est faite là-bas ne ressemble pas vraiment à la notre. En fait on écoute plus de Pop que de la musique "Arty".
Gary : C'est bizarre comme ta situation géographique peut déterminer la façon dont les gens écoutent ta musique. C'est très bizarre. On pourrait vivre n'importe où et faire le même style de musique. Je pense pas que ce qui nous entoure nous influence. Je ne crois pas que nous ayons un son particulièrement londonien.
Dominic : Je pense que la chose positive à propos de la musique à Londres ces derniers temps, c'est que beaucoup de nouveaux projets qui sont lancés ne se ressemblent pas trop. Il y a quelques années, tous les groupes s'appelaient de la même façon et ils avaient tous deux guitares et tous le même son. Mais aujourd'hui, je pense que beaucoup de choses différentes sont faites et c'est cool de pouvoir écouter des choses différentes chaque soir. Du coup, dire qu'on est un groupe de Shoreditch ne veut pas dire qu'on fait tous la même musique.

J'ai lu sur internet que vous aviez tous foiré vos études en Ecole d'art...
(rires du groupe)
Gary : En fait, moi j'ai fini mes études mais Simon a abandonné.
Simon : Oui, j'ai abandonné. En fait quand on est arrivés à Londres on a squatté dans une galerie d'art.
Gary : Je crois pas qu'on ait besoin d'une éducation en Art. Moi j'ai rien appris pendant mes études.
Simon : Je crois que beaucoup de musiciens sont des anciens étudiants en Art.
Dominic : C'est juste parce que t'es étudiant, tu as du temps libre, c'est pas comme si tu travaillais au Pizza Hut.
Simon : Et particulièrement en Art.

Est ce que vous avez vraiment tous un tatouage de Cheryl Cole ?
Tous en choeur : Oui (rires).

D'où vient cet amour pour Cheryl Cole ?
Simon : Notre tour manager affirmait qu'il aimait Cheryl Cole plus que nous, donc on a tatoué son nom pour prouver notre amour pour elle.
Dominic : Et ça l'a beaucoup énervé.
Simon : On aime le fait qu'elle ne vienne pas d'un milieu huppé. Elle n'est pas parfaite.
Dominic : C'est une Princesse Diana des temps modernes.
Gary : Si, elle est parfaite.
Simon : A part le fait qu'elle soit raciste.
Dominic : Au lieu d'aller en Afrique et de s'occuper des champs de mine, elle préfère détester les toilettes (Cheryl Cole aurait tapé et insulté une Dame Pipi noire, ndlr). Mais nous l'aimons quand même.
Simon : Comme je le disais, on est très influencés par la pop.



Est ce que l'association des images et de la musique est importante dans votre travail ?
Gary : C'est un tout, les pochettes de disque, les posters, les vidéos, c'est un package. On voudrait pas faire notre musique, travailler des années sur nos chansons, sortir un album et que quelqu'un d'autre puisse faire un truc merdique pour l'illustrer. On veut contrôler l'image du groupe.
Simon : Pour les projections on est inspirés par un Anglais, Adam Curtis. Il fait des documentaires incroyables. La façon dont il raconte les choses est géniale, et il les rend encore plus touchantes avec les images. C'est ce que nous voulions faire pendant nos lives.
Dominic : Les images qu'il utilise ne sont pas directement reliées à ce dont il parle mais elles rajoutent un aspect différent. C'est marrant de faire des projections parce que c'est une opportunité de savoir de quoi parlent les chansons.
Simon : Je peux passer des heures à regarder des photos sur internet, les images te donnent une émotion instantanément.
Dominic : Et si t'as des paroles qui ne sont pas très claires, pas comme "Ma copine vient de me quitter" et tout ça, si tu as un support visuel en même temps, ça rend le sens des chansons plus clair.
Gary : Et pour les clips, je pense que c'est pour les gens une autre façon d'apprécier la musique.

Est ce que jouer au chimiste de labo de Crystal Meth était un de vos jeux favoris quand vous étiez enfants ?
(rires du groupe)
Simon : Il faudra demander à Megaforce (les réalisateurs français du clip ndlr), puisque c'est eux qui ont eu l'idée.
Dominic : Mais t'as déjà fait ça quand t'étais gamine, de mélanger tous les shampoings dans ton bain pour faire une potion. Moi je le faisais. J'avais un kit de chimiste mais tout sortait marron.
Simon : Moi je mélangeais les soda.
Dominic : Ouais ou essayer de faire des pierres précieuses mais en fait c'était merdique.
Simon : Une fois j'avais des plantes, je les ai cuisinées dans les plats de ma mère et j'ai essayé de faire croire aux autres gamins que c'était de l'herbe pour leur vendre.
Dominic : (rires) Tu les as cuisinées ?
Simon : Ouais, je les ai fait bouillir.

Est ce que vous pouvez comprendre que certaines personnes soient choquées par cette vidéo ?
Gary : Non vraiment, c'est juste des dessins. Comme Tom et Jerry. Comme Homer dans les Simpsons qui est toujours en train de prendre des acides.
Dominic : Il n'y a rien dans cette vidéo qui soit censé être une sorte de message, c'est juste des enfants qui s'amusent, ce qu'ils imaginent.
Simon : J'aurais adoré avoir une vidéo de moi comme ça quand j'étais enfant.
Dominic : Je comprendrais qu'on ne veuille pas que son gamin de 4 ans regarde Human Centipede mais des enfants qui jouent dans un jardin...
Simon : Qui jouent au Human Centipede ? (rires)
Dominic : (rires) Non, ils jouent avec leurs pistolets et c'est juste ce qu'ils voient dans leur imagination. On a lu beaucoup de commentaires sur YouTube qui disent "c'était absolument ce que j'imaginais quand j'étais enfant". C'est cool, le collectif Megaforce est super, ils ont de super idées.
Gary : De toute façon les gens adorent être choqués et ils voient le clip comme ça parce qu'ils ont envie d'être choqués. Donc ça a joué en notre faveur.

Pour le tournage du clip de South Pacific, est ce que vous avez pris les conseils de Bear Grylls pour votre radeau ?
(rires du groupe)
Simon : Le radeau que nous avons fabriqué, il faut le dire était vraiment pourri. Ça bougeait dans tous les sens. Mais la voile était très bien faite, parce que ça nous a emmené très loin et il a fallu qu'on nous ramène en hors-bord. On a enlevé la voile mais on continuait de s'éloigner.
Dominic : On serait surement arrivés en France.
Simon : Le hors-bord arrive et le gars nous dit "vous vous rendez compte que vous êtes au milieu d'une course de hors-bord ?". On se dit "merde", les bateaux passaient à 200 miles à l'heure.
Gary : On a tourné cette vidéo à Bournemouth d'ailleurs.



Comment avez vous eu l'occasion de signer chez Kistuné ? C'était quelque chose que vous vouliez ou c'est juste arrivé comme ça ?
Simon : On voulait signer chez eux. On ne voulait pas aller dans une major qui essaierait  de nous contrôler, de nous dire ce à quoi nous devions ressembler.
Gary : C'est un label très créatif, leur ligne de vêtements, leur identité visuelle. Ça nous convenait, ça collait avec notre style. On n'a pas a eu à changer. Et puis on aime aussi le fait qu'ils s'attachent aux groupes.
Dominic : Ils nous ont fait confiance, même si on était un jeune groupe. Probablement plus qu'une major. En major, tu peux te faire emporter dans la machine et te faire détruire. Kitsuée entretient une relation personnelle avec nous, on s'aide mutuellement... Et quand on boit des coups ensemble, on en discute et on se dit "ouais la vidéo avance bien!" et ce genre de choses.

Est ce que vous avez des fringues Kitsuné gratuites maintenant ?
Simon : On n'arrête pas de les harceler mais je pense qu'ils veulent qu'on vende des albums d'abord. Il y a une paire de chaussures que je veux vraiment mais bon ok, il faut qu'on vende des albums d'abord. (rires)

Quelle est la meilleure activité que l'on puisse faire en écoutant votre musique ?
Dominic : Fumer un gros bong de weed. (rires puis silence) (A Simon et Gary) Vous vouliez pas pas que je réponde ça…. Ah oui aussi, il faut essayer d'être avec un singe...
Simon : Va te faire foutre...
Dominic : ... parce que tu vas réaliser à quel point tu lui ressembles si tu passes du temps avec lui. (Simon et Gary sont désespérés)
Simon : Sors de cette pièce. (rires)
Gary : Non tu sais quand tu es dans une voiture et que tu as tes écouteurs, tu regardes le paysage, c'est comme une bande-son.
Dominic : Ou dans un train.
Simon : Voyager avec des écouteurs, c'est une bonne façon d'écouter notre musique.

Est ce que vous voulez dominer la planète avec votre musique, comme Lady Gaga, ou…
Tous : Oui.

Ok.
Gary : Ou juste sortir avec elle, qu'on puisse aller boire dans les mêmes pubs.
Simon : On veut recevoir le coup de fil de Bono.
Gary : Tu sais, Bono passe un coup de téléphone, quand tu deviens vraiment connu, genre une véritable rockstar, Bono t'appelle et te dis "Bienvenu au club", le Club Bono... Non, en fait je n'ai pas du tout envie que Bono m'appelle.
Dominic : Moi je dirais "désolé, je croyais que c'était The Edge" et je raccrocherais. (rires)
Gary : The Edge est cool.

Si Is Tropical n'existait pas, ou seriez-vous aujourd'hui, toujours en train de squatter à Londres ?
Simon : On a arrêté de squatter parce que c'était devenu trop difficile, les lois ont changé aussi. Et puis tu pars en tournée pour deux semaines et on t'appelle pour te dire que t'as été viré de chez toi et qu'on a mis toutes tes affaires dehors, tu te dis "merde".
Dominic : Ou des gens vivent dans ta chambre et utilisent tes vêtements.
Simon : Donc là, on est lentement en train d'entrer dans le vrai monde. On paie des taxes. On grandit.



Vous avez rencontré notre Ministre de la Culture
Tous : Frédéric Mitterrand.
Simon : On ne savait pas qui c'était.

Est ce que vous connaissez quelqu'un qui serait parfait pour ce job ?
Simon : Notre ami Junior. Mais ça sert à rien que je dise ça, puisque personne ne le connaît.
Dominic : C'est qui déjà la fille de ce chanteur français.
Gary : Serge Gainsbourg.

C'est Charlotte Gainsbourg
Dom: Oui elle pourrait le faire. Elle est un peu déjà là dedans de toute façon.
 

Celia Guizard // Photos: DR.