Quand et comment avez vous créé Ganglians ?
Ryan Grubbs : En 2007, j'ai juste chopé une guitare, et je me demandais à quoi ça ressemblait si je jouais et chantais. J'avais un six pistes, sur une piste j'ai enregistré la guitare, sur une autre un tambourin. J'ai essayé d'harmoniser tout ça, j'ai fait des démos. Adrian était mon voisin je lui ai demandé de m'aider. Puis j'ai rencontré les deux autres membres du groupe, je leur ai fait écouter les démos et voilà. Je pense pas que nous réalisions où ça allait nous amener mais en tout cas c'est comme ça que ça s'est passé.
 
Votre nom veut dire "Gang d'Alien", vous vous considérez comme des aliens ?
Ryan : Oui. C'est plutôt que nous sommes des outsiders, même si on fait de la pop.
 
Vous portez des barbes et vous prenez des drogues, du coup beaucoup de gens disent que vous êtes des hippies c'est vrai ?
Ryan : Non nous ne sommes pas des hippies. A cause de ma barbe, les gens m'appellent Jésus ou le Roi Salomon. C'est juste une préférence. Je pense que les psychotropes sont importants mais je crois pas être un hippie.
Adrian Comenzind : Moi je suis plutôt clean… Je fais du jardinage par contre et de la musique psychédélique. Les hippies sont vieux, il faut avoir vécu dans les 60's. Aujourd'hui ce serait plutôt des "neo-hippies" qui ne sont en fait pas vraiment des hippies...
 


 
Ryan, c'est quoi cette fausse histoire de toi qui prends de l'ayahuasca ?
Ryan : Ça a commencé parce qu'un ami du groupe Eat Skull a dit que j'en avais pris. On faisait un concert et Adrian m'a montré une plante psychotrope, le Burgmansia, et je l'ai avalée. Je me suis senti super bizarre et j'avais l'impression d'avoir pris de l'ayahuasca. Et notre ami a dit à un journaliste que j'en avais pris, mais ce n'est jamais arrivé, bien que j'aimerais beaucoup essayer, mais c'est dur à trouver à moins d'être en Amérique du Sud. C'était agréable de croire que j'en avais pris ceci dit.
 
Comment obtenez vous ce son vintage et pourquoi ?
Ryan :
Quand on a enregistré Monster Head Room on voulait surtout enregistrer en mono parce qu'on voulait que ça soit très 60's. Notre guitariste avait un son très traditionnel des 60's mais sur le nouvel album il a essayé de nouvelles choses. C'est pas comme si on avait la bible des 60's pour s'inspirer.
Adrian : On ne fait pas intentionnellement référence à quoi que ce soit.
Ryan : On a des influences du passé mais aussi des références actuelles. C'était peut être plus intentionnel pour Monster Head Room mais pas sur le nouvel album.

Ca vous fatigue que les gens dissent toujours que vous faites de la "musique vintage de surfeur" ?
Ryan : Oui. (rires)
Adrian : En quelques sortes c'est un compliment mais ça fait quand même se demander ce qu'est réellement un son "vintage". Je veux dire, on est dans le présent donc...
Ryan :
Si les gens veulent dire qu'on essaye de copier le passé et recycler des vieilles idées là ce n'est pas un compliment, ça voudrait dire qu'il faudrait qu'on essaye plus sérieusement de nous distancier de cette époque.
Adrian : Quand on fait de la musique on est plutôt dans quelque chose d'intemporel. Je pense que c'est ça le sentiment "vintage". C'est quand l'écriture ou la production d'un morceau aboutit au sentiment d'intemporalité.
Ryan : C'est une nostalgie, comme la tristesse de perdre le passé.
 
Votre single Jungles me fait penser à une version joyeuse de Last Race de Jack Nitzsche qu'on peut entendre dans Death Proof. Vous êtes inspirés par le cinéma ?
Ryan : Carrément. Ca fait longtemps que j'ai envie de faire une Bande Originale. Quand je fais un album, j'y pense comme si c'était un film. Je pense que les plus beaux travaux artistiques sont des clips, parce qu'on associe deux arts, l'art visuel et la musique. Il y a des chansons que je peux écouter des centaines de fois et ne pas aimer, je vois le clip une fois et d'un coup j'adore la chanson.

Récemment tous les groupes Indie Pop disent qu'ils sont inspirés par la Pop Mainstream, c'est votre cas ?
Ryan : Oui mais ce n'est pas intentionnel.
Adrian : On ne peut pas vraiment y échapper. Je n'écoute pas la radio mais je connais Lady Gaga, ma mère est allée à son concert, elle a ses disques à la maison et tout ça. C'est toujours bien d'écouter ce qui se fait. Mais on ne recherche pas forcément cette influence.
Ryan : La production est tout le temps très bien dans la musique mainstream. On dirait qu'ils ont toujours les meilleurs producteurs. Savoir si le fond vaut la forme, c'est une autre question. Il y a des artistes qui on une très bonne production et un fond intéressant et d'autres qui ont une bonne production mais pas vraiment d'intérêt. Mais c'est la même chose pour les groupe lo-fi, n'importe qui peut acheter un six pistes dans une brocante et faire du bruit mais si le fond n'est pas là… C'est bien, parce qu'il y avait une période où les groupes underground négligeaient la musique mainstream et maintenant les gens admettent qu'elle les influence. Parce que tout le monde est influencé par la musique mainstream et vice versa, tout s'influence en musique. Mais courir uniquement après la musique mainstream…
Adrian : La musique mainstream peut refléter l'attitude des gens, l'air du temps. Je pense que c'est bien de s'y intéresser, plutôt que d'écouter seulement des vieux disques. Pour faire quelque chose de nouveau c'est bien d'avoir cette perspective.

De quoi une chanson pop a besoin pour être une bonne chanson ?
Ryan : Elle doit être entraînante, avoir plusieurs mélodies. Ou alors être très simple, en fait la plupart des meilleures chansons sont très simples. Je ne sais pas, ça doit juste faire réagir les régions du plaisir dans le cerveau (pointant du doigt son crâne, au dessus de ses oreilles, ndlr). Et bien cette partie ne réagit pas de la même façon chez chaque personne. Pour certaines c'est la nostalgie qui stimule les zones du plaisir par exemple. C'est nous qui établissons les règles de notre plaisir et au final il s'agit juste de se faire plaisir.
Adrian : Quand une chanson pop est bonne c'est que tout le monde a le sentiment qu'elle l'est.
Ryan : Oui ça réunit toutes sortes de personnes. C'est comme un chant tribal.

Dans votre prochain album vous chantez "This is a sad sad song", mais ce n'est pas vraiment de la tristesse qu'on ressent en écoutant votre musique, c'est un paradoxe que vous recherchez ?
Ryan : Oui oui, en fait au début ça devait être une chanson assez "énervée", mais quand les autres membres du groupe on rajouté leur partie, le ton a changé. Et je me suis dit "ok ça me va". Dans le groupe, on ne dit jamais vraiment non à quoi que ce soit à moins que ce soit vraiment de mauvais goût.

On entend beaucoup de chœurs dans vos chansons, pourquoi cette obsession des voix angéliques ?
Ryan : J'étais dans une Église épiscopale quand j'étais enfant et je chantais dans la chorale, c'est d'ailleurs ce que je préférais à l’Église. Et puis aussi j'ai eu des expériences avec la weed. J'en fumais beaucoup trop et je faisais des crises d'angoisse. Une fois j'en ai fait une et j'ai eu l'impression que j'allais mourir, ça m'a rendu très triste parce que j'avais l'impression que je ne reverrais plus mes amis et ma famille et qu'ils n'étaient que le produit de mon imagination. C'était très effrayant et d'un coup j'ai entendu des voix angéliques et ça a été très réconfortant. Depuis c'est comme une obsession de vouloir retranscrire ça. De jamais vraiment y arriver d'ailleurs mais de continuer à le faire. Et c'est pour ça que les gens font de la musique.

Vous pensez que l'on peut entendre quelle drogue a été prise par un artiste en écoutant ses chansons ?
Ryan : Je pense que des fois, quand t'écoutes une chanson, tu te dis c'est obligé que les musiciens aient pris des drogues parce que tu te demandes d’où peuvent venir leurs idées. D'ailleurs ça doit être un jeu sympa d'essayer de deviner si les musiciens avaient pris des drogues ou pas sur telle ou telle chanson.
Adrian : Moi Animal Collective me donne l'impression que j'ai pris de la drogue !
Ryan : Aux États-Unis on parle beaucoup des drogues auditives et tout le monde en a peur dans le Midwest. Tu entends un son différent dans chaque oreille et ça te donne les effets de la drogue. Soi-disant il y en une qui te donne les effets de l'herbe, l'autre de l'extasy, du Paradis ou de l'Enfer, de l'héroïne. Ces drogues sont en vente sur internet et les parents se disent "oh non mon fils est un drogué !". Il y a des vidéos youtube de gamins qui sont soit disant défoncés. J'ai essayé, ça te fait sentir bizarre mais ça ne marche pas vraiment. Et donc en fait les gamins font semblant d'être défoncés aux drogues auditives sur Youtube. Enfin voilà, la musique agit vraiment sur le cerveau d'une façon incroyable. J'imagine que tout se rapporte au Aum (son originel, ndlr).

Vous êtes de Sacramento. La Californie c'est bien cet endroit ensoleillé plein de gens beaux tel que l'imaginent les Européens ?
Ryan : En fait la Californie est immense… Cette description correspond vraiment à une partie de la Californie c'est sûr mais il y a aussi des rednecks, des forêts, des océans, des montagnes, de la neige. L'industrie du cinéma est née à L.A car ils voulaient avoir tous les styles de décor à portée de main.
Adrian : Je pense que ça ressemble à l'Europe, ou à New York, dans le sens que l'environnement est varié, riche et les gens ont envie d'en faire quelque chose et de faire partie d'une dynamique.
Ryan : Les États-Unis essayent de contrôler 50 États qui sont en fait comme 50 pays différents, peut être plus différents entre eux que certains pays européens. Beaucoup d’États ne s'entendent pas entre eux mais ce qui donne une sorte de cohésion c'est qu'à la fin on se dit tous "Ouais on est Américains !". Mais même en Californie il y a des endroits où tu ne peux pas aller si tu portes les cheveux longs et des jean slim comme moi.
Adrian :
Le nord de la Californie est très différent, je me sens privilégié d'habiter là.
Ryan : Oui, si les États se séparaient et devenaient des pays à part entière, je pense que je resterais en Californie. Ils ne savent pas trop comment dépenser leur argent mais bon…
 
 
Celia Guizard // Photos: Jan Rasmus Voss.