Ca fait quatre ans depuis la sortie de votre premier album. Pourquoi avoir fait attendre vos fans si longtemps ?
Ismael : Toi aussi tu nous a fait attendre, où étais tu ? 

Je ne sais pas. Revenons plutôt à vous...
Ismael : C’est très simple, on a beaucoup tourné, près de deux ans, et on aime pas vraiment produire et écrire sur la route, ça ne nous convient pas. On a besoin de calme pour travailler. En 2009, on a arrêté de tourner, on est un peu partis en vacances, on a acheté du nouveau matos. 
Jens : On a commencé à vraiment bosser sur cet album en 2010, on ne se sentait pas obligés d’enchainer tout de suite. Non..mais en fait pour te dire la vérité, on s’est mis au travail avant 2010 mais on a rien tiré de ces sessions, c’était de la merde et on a cru devenir fous. 

Vous n’avez pas eu peur qu’on vous oublie ? Vous êtes apparus sur Kitsuné et ce sont les spécialistes pour dégoter LE nouveau groupe tous les trois mois... 
Ismael : Bien sur les gens peuvent nous oublier, mais d’autres peuvent rentrer dans notre trip, c’est dans la nature des choses, c’est pas grave. C’est intéressant car quand on joue notre morceau Pogo les gens deviennent fous, même après deux ans d’absence, les gens ne l’ont pas oublié ! C’est pareil avec Zdarlight, c’est un sentiment vraiment agréable. On espère que nos vieux fans vont nous suivre pour la suite, sinon on s’en fera des nouveaux ! 

 Vous aimez les interviews ?
Ismael : Oui carrément ! Le premier album est sorti il y a quelques temps déjà, et depuis deux ans on a pas fait beaucoup d’interviews, c’est donc sympa de revenir avec des choses à raconter.
Jens : On réalise ce qu’on a accompli en en parlant aux gens.
 
Quelle est votre relation avec les fans ? Vous twittez et facebookez frénétiquement ? 
Ismael : Oui on fait tout ça mais avec grande modération, on est toujours assez effrayés devant le flot de conneries que les gens postent à la seconde. On écrit quelque chose quand on a quelque chose de relativement intéressant à dire en fait, sinon on se la ferme. 
Vous travaillez toujours dans votre studio bunker ?
Jens : Oui ! 
Est-ce que ça apporte une vibe particulière ?
Ismael : Une vibe mélancolique et intemporelle par le simple fait qu’on a pas de fenêtres. On ne sait pas ce qu’il se passe dehors, c’est le mystère total. On peut rentrer dedans le matin avec un plein soleil dehors et en ressortir le soir sous une pluie battante.
Jens : On est complètement dans notre monde, ça nous empêche d’être distraits, on est concentrés à 100% sur la musique c’est parfait. 
 
Mais c’est pas claustrophobique comme atmosphère ?
Ismael : Non pourquoi ? C’est pas la taille d’une cave à Paris tu sais, ça fait 90 mètres carrés, il y a plusieurs pièces, on est à l’aise, t’inquiète.

Le single 2 hearts, est très pop, très mélodique, c’est une direction que vous souhaitez prendre à l’avenir  ?
Jens : Mais tout l’album est très pop je trouve. C’est comme le premier album mais en plus extrême, les trucs hard sont plus hardcore et les trucs pop sont super mélodiques. On voulait aller de l’avant et on ne voulait pas se répéter. C’est comme ça qu’on se sent en ce moment. 
 
Vous vous considérez comme des producteurs ou des musiciens?
Jens : On pourrait dire que le premier album a été fait par des producteurs et celui ci est l’oeuvre d’un groupe. C’est une grande différence.
Ismael : On apprend petit à petit, on a appris nous mêmes à produire, c’était en 2002, à l’époque ce n’était qu’un hobby, on bossait dans un magasin de disques en parallèle. Petit à petit on évolue, l’idée de devenir un groupe ne nous déplait pas.

Votre musique est-elle instinctive ou réfléchie ?
Jens : Instinctive ! Si tu réfléchis trop à quelque chose, ça casse toute la pureté et l’innocence de ta démarche. 

 


Digitalism

Vous arrive-t-il de vous battre sur des décisions ?
Ismael : Oui on a un ring de boxe dans le bunker, et dès qu'on s’embrouille on règle ça de manière sportive et fair play. Non je déconne ! On est très complémentaires donc à vrai dire on s’engueule très peu. c’est bien d’être seulement deux personnes au sein d’un groupe, ça évite les embrouilles, deux c’est parfait c’est carré ,compact , on fait le tour des choses plus rapidement.
Jens : On se complète bien, on aime triturer les sons, faire des essais, on est un peu des Indiana Jones de la production, on aime l’aventure. 

Vous êtes plus un groupe de studio ou de live ?
Ismael : On vient du studio mais on évolue doucement vers un groupe live.  

Et qu’est-ce qui vous procure le plus de plaisir ?
Ismael : A la base on a commencé à produire de la musique pour nous, puis tout ça a grimpé petit à petit et on a eu cette opportunité dingue de faire les DJ à travers le monde entier avec des gens qui réagissent super bien à nos morceaux . Ensuite tout le monde nous a dit “vous devriez jouer en live”, oui d’accord mais comment fait-on ça ? C’est définitivement la prochaine étape, jouer des instruments en live, avoir un set up différent. On est super excités, j’ai envie d’entendre les mêmes remarques que pour le premier album : les gens qui ont mal aux jambes, qui doivent changer de T shirt tellement ils ont transpiré. 

Et en tant que spectateurs, quel était le meilleur set ou live que vous ayez jamais vu ?
Ismael : On jouait à Barcelone il y a quelques années, et il y avait ce groupe The infadels. Ils ont joué avant Franz Ferdinand et leur live set était tellement intense que tout le public est devenu dingue. Franz Ferdinand a ensuite enchainé, ils étaient censés être les stars de la soirée mais comparé à ce qu’on venait de voir, leur concert était à chier ! 

Vous êtes originaires d’Hambourg, à quoi ressemble la scène musicale là bas ?
Ismael : Elle est différente de tout le reste de l’Allemagne, c’est une ville très indépendante. Malheureusement c’est une ville assez méconnue, elle n’a pas cette caution “cool” qu’a Berlin, mais il y a une scène hip hop super importante, il y a aussi quelques dj’s electro ici et là. 

Est-ce que vous aimez sortir ou vous associez trop les clubs à votre boulot ?
Ismael : On ne sort pas autant qu’avant d’être dans le music business, maintenant on sort moins car on considère que nos sets c’est du boulot mais aussi et surtout de la fête. Si je suis a Hambourg et que mes potes vont sortir ou vont jouer ou faire des dj set je sortirai avec eux volontiers, car il faut se forcer parfois. Je les vois très peu à cause des tournées. 

Votre musique vous rapproche de la scène électro française, mais vous sentez vous Allemands ?
Jens : Pas vraiment, notre musique n’est effectivement pas allemande en tous cas, ce n’est pas Kraftwerk quoi. On a effectivement des influences Anglo-Saxonnes et Françaises. 

Ceci est-il du à un rejet ou est-ce inconscient ?
Jens : C’est inconscient ce sont juste les sons que nous aimons et avec lesquels nous avons grandi. Mais Parfois je me sens comme un alien quand je rentre en Allemagne, les gens sont peut être un peu trop fermés d’esprit là bas. 
Ismael : Moi c’est différent je suis né en Allemangne mais mes parents sont Turcs. C’est compliqué car j’ai pas mal de ressentiment par rapport au gouvernement Allemand. Il stigmatise la communauté Turque, si un connard fait une connerie, le gouvernement te dira que tous les gens d’origine Turques font des conneries, c’est super frustrant. Je pense que vous avez le même problème en France, non? 

Oui effectivement...
Ismael : Ils ne montrent jamais les bons exemples, les réussites, la positivité. Bien sur je me sens Allemand car je suis né et j’ai grandi là bas mais pour certains je ne suis pas assez Allemand. C’est l’effet inverse quand je vais en Turquie je ne suis pas assez Turc, c’est le bordel. 

Vous écoutez quoi en ce moment ?
Jens : Metronomy, et le dernier Arcade Fire, je ne m’en lasse pas. 
Ismael : Beastie Boys, Make Some Noise c’est complètement dingue cet album, j’écoute aussi Conan Mockassin. Je dois avouer que j’écoute pas énormément de musique, on en écoute déjà tellement non stop au studio que je chérie le silence. 
 


Sarah Dahan // Photos: DR.