Quelle a été votre évolution sur cet album par rapport à Multiply ?
Jamie Lidell : Il y a beaucoup plus de vitamine C dans Jim. Après avoir vécu des années à Berlin, on a l'impression que le gris fait partie de sa peau, de son esprit. J'ai décidé de l'enregistrer à Los Angeles : c'est vraiment un disque L.A., expansif, optimiste…

Avec qui avez-vous collaboré cette fois ?
Le plus important c'est Mocky : on a coécrit et coproduit le disque ensemble. Mocky est un très bon ami, je lui fais confiance pour m'aider à ne pas m'éparpiller : j'ai beaucoup d'idées, et parfois je m'y perds un peu : le titre est prêt, on a enregistré les voix, on écoute, et je dis : « Ah, mais je suis sûr que ce serait mieux comme ça… » Je peux parler pendant des heures, continuer à faire des sons pendant des heures… et lui il dit : « Okay stop! allez, on arrête ! » Dans ces cas-là, je le regarde et je me demande : « Est-ce qu'il dit ça parce qu'il veut rentrer chez lui ? Ou il me dit la vérité? » Maintenant je sais quand il me dit la vérité ou quand il veut juste rentrer ! C'est pour ça que j'aime retravailler avec les mêmes gens, parce qu'on finit par trouver le meilleur moyen d'arriver rapidement à ce qu'on veut. Gonzales, Peaches, Nikki Costa et Feist ont aussi participé au disque… Gonzales est un génie. Il a apporté son incroyable travail au piano, son énergie, ses excellents conseils d'écriture… Il est une source constante d'inspiration, et bien sûr je suis très jaloux de lui, parce qu'il joue du piano comme un maestro.

Vous dites que cet album a mis fin à votre schizophrénie. Pourquoi ?
C'est plus que j'ai contenu une partie de ma schizophrénie. Ceux qui suivent ma carrière depuis le début se disent : « Mais qui est ce mec ? Il fait quoi : de la techno, du beatbox, de la soul ? » Cette fois j'ai voulu faire un disque pop, je voulais toucher les gens. C'est pour ça que j'ai appelé mon album comme ça : Jim. C'est une manière gentille d'appeler « Jamie ». Quand les gens m'appellent comme ça, je vois quelque chose de sympathique dans leurs yeux. Et je n'aurais pas pu l'appeler « Jamie », parce que je ne peux que donner des parties de moi.

Aviez-vous besoin de passer par des expérimentations sonores très modernes avant d'arriver à un son très soul, presque rétro ?
C'est une manière intéressante de voir les choses. Peut-être que je vais à l'envers, peut-être que mon prochain album sonnera twenties ! En fait, pendant longtemps je suis sorti énormément, j'ai adoré ça, et puis j'ai arrêté. Je me suis rendu compte que la musique que je faisais n'étais plus celle que j'écoutais. Et puis dans le monde de l'électro, il y a une sorte de compétition très masculine, un côté « harder better faster louder » : il faut prouver que ton son est génial, nouveau… La culture DJ est très comme ça : « Je vais tout casser avec ce titre ! ». Tout ça m'a un peu cassé les c…, j'ai eu besoin de sortir de ça. Je ne veux pas dire que c'est parce que je deviens vieux mais c'est vrai… Je voulais aussi faire de la musique pour petites enceintes, qu'on écoute chez soi, plutôt que de la musique de club. Toute l'électro repose sur la basse : si tu l'enlèves tu n'as plus rien. Je ne veux pas que toute ma musique repose sur une ligne de basse.

Croyez-vous qu'un genre musical soit explorable à l'infini ?
Un genre ne meurt pas tant qu'il continue d'exister. Les gens adorent Amy Winehouse : la soul n'est définitivement pas morte. (Il crie dans le micro : « Amy, tu m'as volé mon succès ! ») Brian Eno a créé un jeu de cartes fait pour aider les créateurs à sortir d'une impasse non créative (les “stratégies obliques”, ndlr). Parfois tu en pioches une qui te dit de faire quelque chose qui va contre tes instincts profonds, mais c'est toujours un avis intéressant. Et il y en a une qui dit : « N'aie pas peur des clichés ». Comme un styliste se dit : « Tiens, je vais faire un costume…, mais un costume… quel ennui ! Quel cliché ! » Mais en fait, c'est libérateur d'avoir une forme à développer, de prendre une idée basique comme tremplin. Et il y a quelque chose de très plaisant à reprendre un genre connu, c'est que les gens reconnaissent quand tu le fais bien. On SAIT quand on délivre la bonne émotion.

Est-ce que vous vous sentez libéré de l'injonction d'innover à tout prix?
Comme n'importe qui qui crée, j'ai besoin de rester intéressé. Quand j'étais ado, je venais d'acheter mon premier sampler, j'ai commencé à faire des beats et des morceaux électro, des trucs pour mon chat, je n'arrêtais pas. Je continue d'ailleurs. Ça semble innovant pour la plupart des gens. Mais finalement avec Jim, j'ai l'impression d'avoir fait ma collection de prêt-à-porter : il y a quelque chose d'innovant là-dedans pour moi. C'est ÇA qui me maintient intéressé. Ce challenge. Puis-je, messieurs les profs soul geek freak, faire un disque pour la radio en lequel je crois malgré tout, accessible, mais qui me ressemble quand même ? Je suis content de Jim, j'en suis très fier.

Avez-vous le sentiment de former une famille avec Feist, Gonzales, Mocky ?
Ils ont en commun d'être très talentueux, très ambitieux. Un certain humour cynique aussi, ils savent se moquer d'eux-mêmes. Gonzo est très mégalo, mais dans un bon sens. Ils ont un très bon sens du business, ils savent se vendre. Ils m'ont aidé à être meilleur dans ce domaine, avant eux je ne vendais pas de disques. Dans cette famille, je suis le cousin anglais excentrique, qui vient voir ce qui se passe.

Comment vous situez-vous par rapport à la French Touch et leur rapport à la modernité, à l'innovation ?
Eux aussi ont un truc très nostalgique - vocoder, disco…-, ils sont obsédés par rendre les sons très pop. Mais ils mettent beaucoup d'hormones dans leur musique. C'est très différent de moi, je ne me concentre pas sur la disco, sur le côté sex on the dancefloor. Ils sont aussi très bons dans le contrôle des médias. J'aime aussi cette musique, j'ai fait de l'électro, mais j'étais plus intéressé par les sons que par la musique. Ici, il y a une tradition très forte de mélodies, tout est melody driven. Daft Punk, c'est plein de musique, d'harmonies, tu pourrais le jouer au piano, c'est très rafraîchissant.

Avez-vous conçu cet album comme une entité ? Pensez-vous que c'est toujours pertinent alors que les gens piochent leurs titres préférés sur iTunes et les écoutent dans le désordre ?
Je me sens toujours un peu coupable de choisir des chocolats dans une boîte, par exemple je choisis rarement les oranges à la crème… J'espère que je n'ai rien mis en trop dans ce disque. Je crois en chaque chanson, pour de bonnes raisons. Il n'y a pas de gâchis. J'aurais pu faire un album de 100 chansons, chaque chanson coûtant toujours un dollar sur iTunes, ça m'aurait forcément rendu plus riche par la loi des probabilités, mais j'espère que les gens comprendront que j'ai fait ce disque comme un album, et que c'est pour ça qu'il y a 10 titres. Que de l'or. Bon, de l'argent. L'argent, c'est plus classe! Donc faites comme vous le sentez les gars…, mais légalement, si vous pouvez ! Je sais que c'est pas facile, mais j'ai besoin d'une nouvelle paire de chaussures, donc soyez charitables !

Que prévoyez-vous pour la scène ?
Une explosion humaine. Un homme qui joue deux trompettes en même temps, un batteur qui joue de la basse et de la batterie en même temps, des guitares, des basses, des claviers, des vocaux, des machines..., des lumières, des cameras, de l'action ! Le tout joué par une formation réduite débordante d'énergie et explosant de joie, qui laissera les spectateurs la mâchoire tombante et les coeurs en joie : voilà ce que sera la Jim experience.

 
Clip - A Little Bit Of Feel Good
 


++ myspace.com/jamielidell.

Photos: DR.