Lors de la soirée Marble au Social, j’ai croisé ton ami barbu Das Glow qui dansait comme un fou sur le dancefloor. Entre deux pas de danse, il m’a confié que cette soirée était l’aboutissement du « projet » Marble. Es-tu d’accord avec ses propos ?
Surkin : Je sais pas si c’est l’accomplissement d’un projet mais c’était la première fois qu’on était tous réunis. On a fait pas mal de dates Marble Players où l’on jouait tous les trois avec J-B (Para One) et Hugues (Bobmo), mais c’était notre vraie première soirée Marble avec une scénographie et un line up qu’on avait choisi. Plutôt qu’un aboutissement, j’ai  l’impression que cette soirée a marqué le début d'un projet.

Vous êtes contents de la façon dont les choses se sont passées pour Marble jusqu’à présent ?
Surkin :
Hyper contents. Je pensais que ça allait prendre un an pour que les gens réalisent ce qu’on fait et s’attachent au projet. Or ça fait seulement six mois qu’on existe, c’est allé très vite. C’est cool quand on fait une soirée au Social et que les mecs connaissent déjà  les morceaux. On a eu une « fan base » hyper rapidement, une sorte d’hybride entre les fans historiques d’Institubes et les nouveaux. On a la chance de pouvoir tester des trucs, notamment comment sortir des disques virtuels. On fait vraiment les choses comme on le veut. On a sorti dix maxis en six mois alors que les distributeurs et les managers se disaient : « ils sont tarés, les trucs ont pas le temps de vivre, ça va trop vite »...

 


En gros, vous êtes des hyperactifs c’est ça ?
Surkin : C’est juste qu’on a fait les trucs de manière extrême. On a poussé le système à fond. On se sert des libertés qu’on a en tant que label digital. Et c’est vrai que ça nous permet d’être hyper réactifs, de  sortir un disque juste un mois après l’avoir fini. Même si on n’expose pas tout ce que l’on fait non plus, et que d’autres trucs prennent plus de temps.

 

Comment fonctionne le trio dirigeant Para/Bobmo/Surkin : c’est Para le papa business ou vous vous répartissez les tâches ?
Surkin : Pour le coté business, on est épaulé par nos managers qui gèrent la partie paperasse, mais pour ce qui est de la direction artistique on la fait vraiment à trois. On fonctionne comme un trio.
Après, tout ce qui est visuel, notamment les pochettes, c’est moi qui m’en occupe. A une époque, j’ai fait du graphisme, ça m’intéresse plus qu’eux, ils me font confiance, c’est moins leur truc. En fait, on se repartit les tâches assez naturellement, d’autant plus qu’on discute beaucoup vu qu’on est ensemble en studio toute la journée, et que le soir on boit des coups ensemble.

 

 

Quel rôle souhaites-tu jouer dans l’émergence du label ?
Surkin : Le fait d’avoir une plateforme que l’on maîtrise de A à Z,  c’est déjà hyper bien. Je ne sais pas comment on va s’en servir dans l’avenir, mais mon but actuel est de créer une base solide pour, plus tard, pouvoir vraiment faire ce qu’on veut. Etre libre dans nos projets. On est tous les trois perfectionnistes. Et moi ça me rend fou qu’un truc ne se passe pas comme je veux.
Je crois qu’on essaye de créer une identité qui dépasse les maxis, qui dépasse nos projets solo. Il y a six mois, je t’aurais pas dit ça, mais les trucs vont tellement vite. Au départ, on voulait juste faire des morceaux clubs, et puis on s’est rendu compte qu’on voulait continuer à travailler avec les mêmes artistes, créer une identité. On a rencontré les Club Cheval et on a vite vu qu’on pouvait faire un truc tous ensemble. On s’est donc vite retrouvé à être sept dans cette histoire.

 

Il y a quelque chose de générationnel dans cette amitié ?
Surkin : On a tous plus ou moins le même âge, entre 23 et 30 ans. On a grandi avec la même musique. On s’entend assez bien. On est passé de l’idée de faire des trucs à l’arrache à : « il faut une identité visuelle ». L’objectif de Marble change en permanence, les ambitions évoluent petit à petit. Je sais pas ce que Marble sera dans un an mais j’espère qu’on va continuer à grandir.

Brain t’avait interviewé avec Bobmo en 2008. A cette époque, vous étiez des petits, les "David & Jonathan de tes années clubbing". Maintenant vous avez grandi. Comment décrirais-tu ton évolution artistique depuis l’époque du Surkin de Radio Fireworks ou Easy Action ?
Surkin :
J’ai pas vraiment grandi je crois. Mais des trucs ont changé. Déjà le fait d’avoir un studio où bosser plutôt que dans ma chambre.

Teki Latex s’assoit dans le canapé avec Surkin : Ca te fait chier que je sois là ?

(Surkin reprend) : A l’époque, j’achetais pas mal de synthés, aujourd’hui je bosse plus ou moins de la même manière avec un ordinateur. Je fais a peu près la même musique, la vie n’a pas tellement changé. On a tous grandi mais le quotidien reste le même. Faire des tracks et tourner le week-end. Mais entre-temps Marble s’est créé et c’est  sûrement une nouvelle étape. L’ambiance a certainement changé parce qu’on est tous ensemble. C’est super cool, ça nous fait aller plus vite, les feadbacks sont plus rapides. On s’entraide tous. Il y a toujours quelqu’un pour dire « ça c’est cool » ou « ça craint ». Ca t’évite de devenir dingue et ça rend le processus de création plus rapide et naturel.

 

Surkin - USA (Album Teaser)

 

Quand as-tu commencé à travailler sur USA?
Surkin : Dès que j’ai commencé a faire des maxis, j’ai voulu faire un album. Mais je pense que j’en étais pas vraiment capable à l’époque. Faire un album et faire des formats courts, c’est pas du tout le même délire. Je voulais que cet album ait une esthétique marquante et qu’il dépasse la musique club.

 

Tu as eu une forme de déclic ?
Surkin : Oui et non. Un album c’est angoissant à faire. Il y a Institubes qui ferme, il faut trouver un moyen de le sortir. Marble qui sort et qui commence à marcher. Nous on décide de sortir l’album sur un label qui a juste un mois. On se dit que c’est le mieux sans savoir comment faire. S’il faut garder une licence ou non. Comment sortir l’album et à quelle échelle. USA c’est plein de remises en question.

Qu’est ce qui te fascine autant aux U.S.A ?
Surkin : C’est plus un truc d’adolescent. Quand t’écoutes du rap cainri, que tu mates des films et des séries télé… Moi, j’ai grandi à Saint-Rémy de Provence, les mecs qui revenaient de vacances de New York, ça me fascinait. Tout ce que je consommais, visuellement et culturellement, venait soit des Etats-Unis soit du Japon. J’ai toujours été fasciné par ces deux pays. Et en grandissant, c’est la house des 80’s qui m’a obsédé, une musique qui venait de Chicago, de New York ou de Miami. J’ai toujours eu du mal à être fasciné par les trucs français qui me semblaient trop proches de moi, trop simples à comprendre. J’ai limite été déçu la première fois que je suis allé aux Etats-Unis. J’avais l’impression d’y être allé mille fois, le sentiment d’avoir tellement vu ça dans les films et tout le reste.
En fait, la première fois que je suis sorti du continent européen c’était pour aller à Tokyo. Après douze heures d'avion je me suis retrouvé à Shibuya. Dans les rues, des écrans géants faisaient de la pub pour la soirée où on devait jouer. Il y avait des milliers de gens, il pleuvait et ces lumières… J’ai vraiment grandi avec une obsession pour le Japon. Je me suis ruiné en achetant des jeux japonais que je comprenais pas. Je me dis souvent que j’aurais pu avoir une carrière de DJ hyper précoce : à 14 ans j’économisais tout l’argent de noël pour m’acheter des platines sauf qu’au final, je dépensais tout dans les jeux…

 

 

Comment t’est venu ce titre d’album : USA ?
Surkin : J’avais pas mal de pistes différentes. A un moment, je pensais à Fireworks FM. Mais j’avais déjà fait plein de morceaux avec « fireworks ». Il se trouve que Gaspard (de Justice ndlr) était obsédé par le jeu de mot Surkin USA, en référence au morceau Surfin U.S.A. Il me faisait chier pour faire des t-shirts avec un montage photo de moi sur la pochette des Beach Boys. Au moment où il a vraiment fallu trouver un titre, le choix a été extrême.

Teki Latex (toujours assis dans le canapé) : C’est très osé quoi.
Surkin : Maintenant que j’ai un peu de recul j’en suis super content. Il vaut mieux foncer, j’ai pas l’impression que ce titre choque tellement les gens.
Teki : Quand une idée est aussi simple, que ça choque autant, que c’est trois lettres et qu’il y a un jeu de mots comme ça qui les justifie faut pas hésiter !
Surkin : Après, je me disais que les gens allaient se foutre de ma gueule à cause du jeu de mots.  Et puis je suis pas un grand fan des Beach Boys.

Teki : Les gens captent pas le jeu de mots !
Surkin : J’ai pas vraiment de passion pour les Beach Boys mais l’idée est drôle et le nom est quelque part hyper représentatif de l’album. C’est un peu une radio 90’s avec des influences de jeux vidéos.
Teki : Dans la musique électronique, les gens en général n’assument pas l’influence des Etats-Unis. C’est très de droite d’être pro U.S.A …
Surkin : Ca y’est on va commencer à me demander si je vote UMP…
Teki : Non, dans le cadre de Ben (Surkin donc ndlr), c’est juste une référence à notre adolescence, où quand tu ramenais des bonbons des U.S.A et que tu les apportais au Lycée tu disais « Ca vient des U.S.A !!! »
Surkin : Oui et t’avais les mecs qui ramenaient des chewing-gum à la cannelle …
Teki : Avec des films qui étaient pas encore sortis… Ce titre, c’est aussi une référence à la période avant internet.

 


T’aimes la disco et la funk alors ?
Surkin : La disco, je l’écoute de manière intéressée comme un producteur. Il y a des choses qui me fascinent dans la prod ou dans l’image. Après, le disco joué c’est pas vraiment ce que j’aime le plus. J’aime tout ce qui est disco et funk quand c’est fait de façon électronique. Il y a peu de trucs que j’adore avant les 80’s.

T’as pas l’impression d’être nostalgique d’une époque que t’as pas connu ?
Surkin :
J’étais pas dans les raves au début des années 90, mais j'étais déjà né lorsque ces choses se sont passées.
Teki Latex : T’en avais des bribes inconscientes.
Surkin : Je suis pas du tout fasciné par les années 60 par exemple, même si certains albums des Beatles me fascinent parce que les mecs avaient trouvé l’équation pour faire un numéro 1 avec chaque morceau.


Avec USA, est-ce que tu veux montrer que Surkin n’est pas seulement DJ ?
Surkin : J’ai pas fait cet album de manière démonstrative. Depuis le départ je suis un peu un nerd, les morceaux qui me fascinent ce sont les tracks obscurs de Chicago. Quelque part, la musique qui te fascine, c’est la musique que tu as envie de faire. Et en même temps, alors que j’ai une obsession pour le futur, l’album est rétro. J’ai tellement pas essayé de démontrer que j’arrivais à faire de la Hi-NRJ, j’en ai rien à foutre, c’est juste que c’est  la musique que j’écoute.  J’avais envie de faire un objet qui m’aurait fasciné moi en tant que spectateur.

Tu penses que tu as toujours fait de la musique rétro ?
Surkin : Je l’ai un peu fait avant avec White Night Too, un morceau hommage à Kevin Saunderson, la house de Chicago et Todd Edwards.  C’est un morceau hyper rétro. Pareil pour Kiss And Fly, qui est la face B de mon premier maxi Ghetto Obsession : c’était rétro. J’ai toujours fait des trucs plus ou moins rétro mais je le fais sûrement mieux maintenant.

 

 


La sortie de USA vient clore un chapitre de ta vie ?
Surkin : C’est juste que je dois l'avouer, dans la musique club traditionnelle de maintenant, la « beatport », autant il y a des morceaux que j’adore jouer autant je trouve ça rarement magique. Le formatage club m’ennuie à la base. Sur un single pourquoi pas, mais je voulais pas le faire sur un album. Les règles qui imposent qu’un morceau doit commencer comme ça et finir comme ça, je trouve ça relou. Ca me fait marrer de temps en temps, mais je voulais pas le faire sur mon album. Si tu te retires de ces structures club pré-établies, tu te retrouves avec un résultat comme USA.
Il y a une sorte d’hyperactivité dans mon écoute de la musique. Je me fais chier hyper vite. Peut-être à cause des huit cafés que je bois par jour… Je consomme à toute vitesse, j’ai toujours passé des journées entières à télécharger des maxis. J’écoute les morceaux dix secondes par dix secondes, et je préfère les versions radio-mix, même si je sais que c’est anti-class de dire ça.
Teki : C’est aussi dû à ta technique de mix. moi je vais chercher les extended version, Ben mixe d’une autre manière sur un ordinateur et réédite pour ne garder que le cœur des morceaux.


T’écoutes des albums en entier en ce moment ?
Surkin :
Je trouve l’album de Justice hyper impressionnant. J’adore. Par contre, j’ai l’impression que les gens ne comprennent pas encore vraiment le truc. Sinon depuis deux semaines, j’écoute du gros mainstream US. J’ai acheté le dernier Beyoncé, certains morceaux me fascinent complètement. Je comprends pas comment ils arrivent à faire ça, ça me semble impossible. En ce moment, je veux faire des trucs r’n’b.
Récemment, Chris Brown a fait ce titre, Trumpet Lights, produit par Swizz Beatz, c’est tellement la musique du futur. Les mecs arrivent à faire la même musique que nous mais de manière plus extrême. Par exemple Love On Top de Beyoncé est un sacré hommage à Michael Jackson. 80% des morceaux de son album me font chier mais y’ a un truc qui est hallucinant : tu vois que les majors arrivent à s’adapter au temps actuel, tu as une vidéo toute les deux semaines sur Vevo. Les vidéos et chorégraphies défoncent et sont pompés sur des trucs intellos. T’as l’impression d’avoir tout le meilleur réuni devant toi : le meilleur réal, le meilleur producteur etc. Ils sont tous payés grassement et au final ils cartonnent et arrivent à faire beaucoup d’argent. Nous, on ne pourrait pas faire ça.

Tu veux que ton album soit perçu comment par le public ?
Surkin : J’ai fait cet album de manière égoïste. Je l’ai fait pour qu’il me plaise à moi. C’est pour ça que ça a mis autant de temps. J’avais pas envie d’avoir un son dance commun. J’avais envie d’avoir un son entre une cassette et un mauvais pressage vinyle mais qui soit audible. C’est le genre de problématiques que je me suis posé.
Il se trouve que l’accueil est très favorable donc je suis hyper content. C’est un projet que j’ai fait pour moi mais en même temps j’avais envie que ça marche. Je veux pas en vendre des millions sinon je m’y serais pris différemment. Artistiquement c’est ce que j’avais envie de faire, je suis allé au bout, ça a pris du temps, mais je suis content du disque.

 


Cette année tu vas encore bouger un peu partout ?
Surkin : Oui encore et toujours. J’ai joué à l’étranger après seulement 4 « gigs » en France. J’ai toujours un peu joué partout. Je vais aux Etats-Unis en décembre, au Japon avant. Quand je reste ici pendant 6 mois, je me sens un peu triste car je me suis fait des potes à force de voyager. Il se trouve que j’ai tourné de manière moins intensive cette année. J’ai refusé pas mal de trucs pour finir l’album.

On t’a déjà appelé pour une B.O de film ?
Surkin : Non pas vraiment, mais peut-être que j’aimerais bien. Ce qui m’arrangerait c’est que les mecs prennent mes morceaux pour les foutre sur un film directement. Comme ça, j’ai rien à faire, parce que ça prend du temps de faire ce genre de boulot. Après si on me propose de faire la B.O d’Avatar 2 pour deux millions de dollars, je le fais sans problème.

Quelle suite tu veux donner à ta carrière ?
Surkin : On a pas mal de projets avec Marble, on veut continuer à se développer avec Marble Players. On a une grosse liste de collaborations à venir, reprendre quelques projets solos, un morceau chanté avec Riton. Continuer à tester, à expérimenter.

Y’aura-t-il un live USA ?
Surkin : Je ne sais pas trop si je vais en faire un, j’ai un peu de mal avec cette idée d’être seul sur scène. Ce ne sont pas des morceaux que je veux jouer en Festival. Et en même temps ce sont des morceaux hyperactifs et durs à écouter chez soi mais bizarrement aussi assez durs à jouer en club. Je suis en train d'y réfléchir.


Anton Muller // Photos : Oliva Parte.