Qu'est-ce qui t'a conduite à faire ce métier ?
Desireless : Je pense que c'est le destin. J'ai toujours aimé la musique mais je n'ai jamais décidé d'être chanteuse. Avant cela j'étais styliste et j'avais des amis musiciens qui cherchaient un chanteur ou une chanteuse. Ils savaient que je grattouillais sur ma guitare donc ils m'ont invitée à travailler avec eux. Très rapidement je me suis rendue compte que ça me plaisait vraiment. C'était en 1980. A partir de ce moment là j'ai arrêté de faire de la mode, et depuis je fais de la musique.

Existe-t-il un lien évident entre ton premier métier de styliste et l'identité visuelle très marquée de Desireless que tu as créée par la suite ?
Desireless : Je n'ai jamais cherché non plus à être styliste. C'est mon père, il savait que je dessinais et il m'a amenée à suivre des cours. Je ne sais pas si le fait d'avoir fait de la mode avant d'avoir fait de la musique est vraiment significatif. Par rapport à la musique, ça m'a sûrement aidée à peaufiner mon look.
Mais quoi qu'il en soit  j'aime bien m'amuser, me déguiser. J'aime les couleurs, les tissus, les formes, les choses un peu excentriques. Je considère que s'habiller est important par rapport à sa personnalité, c'est une première peau. En 1980 j'étais attentive à ce que j'étais : androgyne, dotée d'un aspect ni rock ni punk mais brutal. J'étais dans ce trip là, dans l'idée qu'il ne fallait avoir peur de rien et surtout pas de soi-même. D'ailleurs c'est pour ça que ça a fonctionné, que les gens y ont cru, c'est parce que j'étais vraie.

 


Avant de te lancer dans ta carrière solo de « Desireless » tu faisais partie d'un groupe de musique Air 89. Qu'est-ce que cette première expérience t'a apporté ?
Desireless : Quand j'ai commencé à faire de la musique j'ai joué dans plein de groupes. Comme tous les musiciens j'allais répéter dans des caves. J'ai fait beaucoup de choses très différentes pendant plusieurs années. Beaucoup de répétitions et pas beaucoup de concerts. Air 89 n'était pas mon premier groupe donc. Chaque expérience a été enrichissante. Et sincèrement la carrière « solo » je ne sais pas trop ce que ça veut dire. J'ai toujours été entourée de plusieurs musiciens même au temps de Desireless.

Fin 1986 tu chantes ce single Voyage Voyage et tu deviens Desireless. Ce titre est immédiatement un tube quasi planétaire et te fait connaître à des millions de personnes. Quelles ont été tes principales influences pour ce nom d'artiste et cette image ?
Desireless : Ce personnage de Desireless qui s'est trimbalé un peu partout autour de la planète est arrivé comme ça, il n'y a pas vraiment d'explications. Certes j'ai adoré la New Wave et tous les groupes anglais, mais ça n'explique pas tout. Desireless signifie « dénué de désir ». C'est le détachement. Le fait de ne pas vouloir posséder absolument quelque chose. On peut faire plein de choses sans s'y attacher, juste pour le plaisir de les faire.
Et je ne sais pas pourquoi j'étais en noir moi qui adore les couleurs. C'est le destin, c'est l'aventure et c'est ça qui est rigolo. Par exemple pour ma première télé je ne savais absolument pas comment j'allais m'habiller. J'ai mis mon costume noir, mon pantalon un peu court, mes Dr. Martens, une pochette orange et des gants que j'avais achetés à Monoprix. Et les cheveux un peu plus droits que d'habitude. C'est arrivé comme ça, je n'ai pas réfléchi avant. Faire ce dont on a envie, c'est ce qu'il y a de plus important.

 

Desireless - Voyage Voyage (Italo disco edit)


Selon toi un chanteur doit-il nécessairement posséder une identité visuelle forte ?
Desireless : Ce qui est surtout très important et nécessaire c'est ce que la voix véhicule. Moi par exemple quand j'écoute Annie Lennox, je ne comprends pas ce qu'elle dit en Anglais sauf si je fais attention et que je lis les paroles. Et pourtant, je ne sais pas pourquoi sa voix, m'émeut.

En tant qu’interprète du titre Voyage Voyage, est-ce que les paroles et la mélodie t'ont plu à la première écoute ? Y as-tu vu un tube ?
Desireless : Quand j'écoute une chanson qu'on me présente, je l'accepte uniquement si j'y crois. J'ai besoin d'être en osmose avec elle. Donc oui Voyage Voyage m'a plu et j'ai su que je pourrai la chanter. Et pour ce qui est du succès je n'y ai pas pensé. Je préfère nettement mon deuxième tube John. Hormis le thème, cette chanson dévoile quelque chose de plus humain. Beaucoup de gens préfèrent aussi ce morceau à Voyage. La tonalité montre quelque chose de différent dans ma voix. D'ailleurs je l'ai enregistrée en revenant du Niger et on disait « c'est la voix du désert ».

 


As-tu eu l'impression d'apporter quelque chose de nouveau sur la scène musicale ?
Desireless : Je ne sais pas ce que j'ai apporté. Enfin si je sais. J'ai apporté « moi », c'est tout.

Comment as-tu géré le grand et soudain engouement médiatique à ton sujet ?
Desireless : L'arrivée dans le show business, et la médiatisation télé, radio...partout, n'a pas toujours été très simple. En revanche avec le public aucun problème. Les gens ont toujours été très respectueux. Par contre avec les médias c'était beaucoup plus difficile. Il m'a fallu du temps avant de m'y faire. Mais aujourd'hui tout va bien. Je n'ai plus peur de moi, et plus peur d'eux.

Dans les clips de Voyage Voyage et John tu renvoies l'image d'une femme froide, dans un univers sombre, parfois saugrenu. Cette direction artistique vient-elle de toi ou bien du/des réalisateurs ?
Desireless : Les clips ne me ressemblent pas du tout. Ce n'est pas moi qui les ai conçus. Je me sens complètement décalée par rapport à leur univers. Mon look c'est moi, ça c'est clair. Être vêtue de noir, porter des Dr. Martens et avoir les cheveux en l'air, c'est une chose. Mais l'univers un peu ridicule et branché des clips, ça en est une autre. C'était quoi qu'il en soit un décalage intéressant. Les réalisateurs percevaient mon personnage Desireless comme ça, très froid. En tout cas le public qui me suit depuis des années a découvert le vrai fond de ma personne, qui est en totale opposition avec ce qui se dégage de ces clips.

 

Desireless - Voyage Voyage (Britmix)


Penses-tu avoir influencé des gens, des artistes ?
Desireless : Il y a eu beaucoup de petits « désirelons » à l'époque, c'était marrant. Maintenant est-ce que j'ai influencé musicalement des artistes, je ne pense pas. Ce que j'espère surtout c'est que les gens en m'écoutant se rendent compte que j'ai beaucoup d'amour à partager. Il y a une vibration d'amour qui passe dans ma voix. D'ailleurs quand je m'écoute chanter, quand j'arrive à me détacher de ma voix, parfois je m'fous les poils, je me fais pleurer ! Ce n'est pas prétentieux, c'est comme un don, je n'y peux rien.


Durant les années 80 penses-tu avoir été anti-conformiste ?
Desireless : Je le suis toujours, je n'aime pas les lois. Mais je suis une douce anarchiste et non pas une révolutionnaire. Je pense que la révolution est à faire à l'intérieur de nous même. On a tous beaucoup de boulot.

Tu as claqué la porte de ta maison de disques juste avant que ton album sorte, pourquoi ?
Desireless : Avant l'album, pendant Voyage Voyage et John j'ai eu très peu à faire avec la maison de disque. C'était mon producteur indépendant qui les voyait. Or il a bien fallu à un moment donné que je prenne contact avec tous ces gens. A ce moment là à chaque fois qu'ils disaient quelque chose c'était le contraire de ce que je pensais. J'ai essayé de tenir bon car plein de personnes s'étaient investies sur cet album. Mais finalement je me suis dit que ça n'allait vraiment pas le faire. Donc je suis partie. J'ai arrêté plusieurs fois comme ça dans ma vie. J'ai arrêté de faire de la mode quand j'ai décidé de faire de la musique, alors que j'étais au top. Je gagnais très bien ma vie, j'avais ma propre collection. J'espère pouvoir encore claquer la porte un jour, si je me lève le matin en n'étant pas heureuse d'aller faire ce que j'ai à faire. Enfin d'ailleurs ce que j'espère surtout c'est qu'il n'y ait plus de portes du tout.

 


Quels sont tes projets actuels ?
Desireless : Je change tout le temps. Je travaille avec des gens que j'aime. Par exemple dernièrement avec Alec Mansion. On a fait un album ensemble qui est un mélange de nous deux. Sinon je prépare aussi un live pour 2012. Après ? Je ne sais pas encore... Comme je le disais je n'aime pas les portes, ni tout ce qui est fermé en règle générale, moi je me sens bien sur une plage. J'aime vraiment beaucoup de choses et j'espère avoir encore plein de nouvelles expériences dans les prochaines années.


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Cosima Delamare.